EDITORIAL

Par Melhem KARAM

LA PAIX EST PLUS FORTE QUE LES DEUX

Nous écrivons la veille des élections en Israël, ce qui importe d'elles, étant ses retombées sur la paix. Pour qui votent les juifs arabes? Ce n'est pas le fait essentiel. Ils ont leurs considérations et orga-nisent leurs campagnes à partir de ces considérations. Pour nous, Israël reste Israël. Il reste le même par rapport à sa vue sur le Liban, la Palestine et les Arabes. Les propos des pilotes israéliens ayant frappé le centre des Nations Unies à Cana suffisent. Ils ont dit de ceux qu'ils ont tués intentionnellement, que ce ne sont qu'une poignée d'Arabes. Est-il utile de le répéter? Israël est Israël… et le temps nous a appris à ne pas attendre le résultat des élections israéliennes… ni celui des élections américaines… Car chaque fois que nous attendons ces deux résultats, nous nous voyons encore debout dans la salle d'attente. Nous avons attendu beaucoup… Israël a été gouverné par le parti du "Travail" jusqu'à la guerre du 6 octobre 1973. Et cette guerre fut l'occasion de parler de la victoire négative arabe. C'est-à-dire que ce jour-là, on pouvait dire que le mythe de l'armée invincible est tombé. N'entrons pas dans les détails. Ce qui s'est passé à Suez ce jour-là et au Golan, suffit pour dire qu'une armée égyptienne et une armée syrienne ont fait face à l'armée israélienne. Ce ne fut pas un fait politique… ce qui eut lieu dans le Déversoir et, par la suite, sur le Golan. Ce qui s'est produit durant la guerre du 6 octobre n'est pas un fait ordinaire. Preuve en est que l'état d'âme général en Israël a voulu la "négligence" comme point de départ pour le changement. Ceci était le véritable Déversoir. En 1974, le parti du "Travail" échoua et le Likoud réussit aux élections. Ce fut un changement en Israël qui était gouverné par le premier depuis 1948, le 14-15 mai 1948, c'est-à-dire le jour de sa création. Cependant, il n'y a pas eu de changement vers le monde arabe, du point de vue libanais, palestinien ou arabe. Oui… il y a eu un changement vers le pire du côté libanais. Il y a eu l'invasion du Sud le 14-15 mars 1978… et l'invasion de Beyrouth, à travers le Sud, le 4-6 juin 1982. Du côté palestinien, il y a eu les trois "non" de Begin qui ont été emportés par le temps, même avant le départ de Begin… même si Yitzhak Shamir et Ariel Sharon lui ont succédé. Bien plus, avec Benyamin Netanyahu, les "non" ne peuvent être maintenus. Du côté arabe, il y a eu Camp David, la division des Arabes… les coups et le tribut du Liban imposés au Liban… Nous n'avons plus vu un jour de bien, même après la réintégration de la maison arabe par l'Egypte après vingt ans. En 1989, les coups battaient leur plein chez nous… le Liban ayant subi ce que la patience de Job n'aurait pas supporté. Nous avons beaucoup attendu. Le Likoud s'en va et le parti du "Travail" revient. Begin est tombé à cause de ce qui s'est passé au Liban et de la maladie de son épouse. Il a résigné ses fonctions et Shamir, son successeur temporaire, n'était pas habilité à assumer le commandement, la présidence du Conseil. Oui, le commandement… On ne peut en dire autant de Shimon Pérès qui se mesure à son prédécesseur, Yitzhak Rabin. Tout cela… et pas de changement, car le changement des vi-sages ne change pas l'essence. Et le changement de la façade n'a été aucun jour une preuve du changement de la vérité qu'elle cache. Les guerres israéliennes, surtout contre le Liban, sont restées des guerres féroces… Au point qu'il n'y a pas de différence entre elles, sauf sur le point de savoir laquelle d'entre elles était la plus féroce… Les guerres du parti du "Travail" contre nous ou les guerres du "Likoud"? Aujourd'hui, on parle d'autre chose… de la paix. Mais la paix israélienne, nous dit l'Amérique, est Shimon Pérès. C'est pourquoi, Pérès a mérité la manifestation de Charm el-Cheikh, sous le commandement du chef du monde libre, le président américain. Aussi, selon l'optique américaine, Pérès doit-il revenir; pour que Clinton revienne et que la paix soit instaurée. Pourtant, Bob Dole dit aux gens… en Amérique et dans le monde… le président américain étant le pape politique universel, comme le pape spirituel universel assis au Vatican, capable de s'adresser à la "ville" et au "monde"; Bob Dole leur dit que Bill Clinton n'est pas appelé à rester à la Maison-Blanche après le 4 novembre 1996… Mais à rassembler ses valises et à la quitter après cette date. Que signifie cela? Que la paix reste l'otage de personnes, ainsi qu'il a été dit la veille de Camp David? Nous écrivons à propos des élections israéliennes la veille de leur déroulement. Et elles auront eu lieu quand paraîtra ce numéro de "La Revue du Liban" où il aura été dit toute chose. Une course aura opposé Pérès à Netanyahu sur la paix… et jusqu'à la négociation avec la Syrie. Tous deux l'auront dit… et tous deux ne redoutent pas l'impact de leurs paroles sur les extrémistes parmi leurs partisans et électeurs. Qui est préférable parmi les deux? La paix les vaut tous. Et le maintien de la situation en Israël ou son changement n'influera que peu sur le processus de paix. C'est pourquoi, une fois encore, les noms des deux se valent chez nous. Que la volonté des gens s'exprime… Et que le peuple israélien, le peuple d'Israël assume sa responsabilité face à la paix… et disons, aussi, face à l'Histoire. Car la paix est une station de base dans l'Histoire de la fin du second millénaire de l'ère chrétienne.