LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

JUIN, MOIS DE LA LOI ELECTORALE?

Il en était temps et les responsables semblent, enfin, avoir décidé de s'attaquer au problème des législatives, assurant que le mois de juin sera celui au cours duquel sera mise au point la loi électorale. Le chef de l'Etat l'a réaffirmé une fois de plus lundi, à l'issue d'un entretien avec le chef du législatif: "Rien ne justifie le report des élections générales'. De son côté, le président de la Chambre proposait la convocation de cette dernière à une session extraordinaire durant les mois de juin-juillet, à l'effet d'entreprendre l'étude de la loi en question et de la ratifier, partant de deux principes: organiser la consultation populaire dans le délai constitutionnel et élaborer une loi juste et équilibrée. Il en discutait l'après-midi du même jour avec trois députés du Mont-Liban: MM. Talal Arslan, Pierre Hélou, Fouad el-Saad et Marwan Abou-Fadel, les trois derniers ayant été les colistiers de M. Walid Joumblatt aux législatives de 92. On sait qu'en plus du découpage électoral et des listes d'électeurs sujettes à contestation, (surtout depuis que les nouveaux "naturalisés" ont été inscrits dans des circonscriptions où ils n'ont jamais mis les pieds) une troisième difficulté reste à surmonter, en rapport avec le Cabinet à qui sera confié le soin de superviser le scrutin. L'opposition réclame la formation d'un gouvernement neutre dont les membres ne seraient pas candidats. Ou, tout ou moins, que le portefeuille de l'Intérieur soit confié à un titulaire ne briguant pas un siège sous l'hémicycle. Le Pouvoir continue à faire la sourde oreille à cette réclamation. Le président de la République et le chef du gouvernement pensent avoir rassuré les opposants en affirmant: le premier, que ni ses fils, ni aucun de ses proches ne poseront leur candidature; le second, qu'il restera au-dessus de la mêlée, niant toute intention qu'on lui prête d'envisager de se présenter à Beyrouth ou ailleurs... Cela dit, les ministres ou certains d'entre eux, affirment que "la question des législatives est définitivement tranchée, seuls quelques points de détail restant en suspens", pour reprendre les propres termes du ministre d'Etat de le Réforme administrative. Cependant, tout en abondant dans le même sens, le ministre des Transports a insinué dimanche dans sa déclaration hebdomadaire faite à Tripoli, que "le scrutin pourrait être reporté pour maintes considérations d'ordre local et régional", avant d'ajouter: 'Les élections sont un acte politique. Puis, nos portes et nos frontières sont ouvertes; aussi, des surprises pourraient-elles toujours se produire..." (sic) Reste le découpage des circonscriptions: le Parti socialiste progressiste préconise l'adoption du caza... Plus d'un ministre appuie le PSP et celui de la Défense propose cette formule "pour une fois au Mont-Liban, en attendant le retour des déplacés à leurs villages". Ainsi, les Libanais ne sont pas au bout de leurs préoccupations et de leurs craintes, d'autant que "la loi électorale, comme l'a dit le cardinal Sfeir dans sa dernière homélie dominicale, aurait dû être prête depuis longtemps".

Le président Hraoui l'a redit une fois de plus, cette semaine, après une longue entrevue avec le président Nabih Berri: "Rien ne justifie le report des législatives qui auront lieu dans le délai constitutionnel, sur base d'une loi électorale juste et équilibrée". Cependant, certains ministres entretiennent le suspense lais-sant entendre que "d'éventuels développements de la conjoncture régionale pourraient tout remettre en question". Mais les Libanais veulent continuer à espérer que juin sera le mois décisif...

GROUPE DE SURVEILLANCE ET ELECTIONS ISRAELIENNES

Selon le porte-parole du département d'Etat, les représentants des cinq pays membres du groupe de surveillance (Liban, Syrie, Etats-Unis, France et Israël) devaient reprendre leurs travaux hier jeudi à Washington, une fois terminées les élections générales israéliennes. Et ce, à l'effet d'aplanir les obstacles retardant la constitution du groupe, à savoir: la présidence tournante entre la France et les Etats-Unis et les modalités du vote (à la majorité ou à l'unanimité des membres). Cela suppose la victoire du parti travailliste à la consultation populaire de la veille, ce qui n'était pas garanti à cent pour cent. De fait, d'après les derniers sondages, Shimon Pérès était supposé l'emporter sur Benyamin Netanyahu, le premier devant obtenir 51 pour cent des suffrages, contre 49 pour cent à son concurrent. Mais il y avait 2 pour cent d'indécis qui pouvaient faire pencher la balance en faveur du Likoud. Or, dans ce cas, et d'après le chef du gouvernement israélien sortant, "il faudrait s'attendre à une catastrophe: le processus de paix serait compromis et l'Intafada reprendrait de plus belle" (sic). Au moment de mettre sous-presse, on n'était pas encore fixé sur l'issue de la bataille acharnée qui opposait le parti du "Travail" au "Likoud". On ignorait pour qui allaient voter les 4 millions d'Israéliens appelés aux urnes: ceux-ci devaient, pour la première fois élire leur premier ministre et les 120 membres de la Knesset. Cependant, on pouvait s'attendre qu'aucun parti ne disposerait de la majorité absolue à la Chambre: si Pérès ou Netanyahu devait l'emporter, l'un ou l'autre serait obligé de composer avec d'autres formations - les partis religieux, surtout connus pour leur radicalisme - ce qui laisse prévoir une période de grande instabilité politique en Israël et cela se repercuterait, négativement, sur les négociations de paix. Pérès aurait une plus faible marge de manœuvre, alors que Netanyahu n'a cessé d'affirmer au cours de la campagne électorale qu'il négocierait avec les Arabes sur de nouvelles bases, "sans leur faire des concessions"… tout en insinuant que le retrait de "Tsahal" des hauteurs du Golan et d'autres territoires occupés ne peut ni ne doit être considéré comme une chose acquise. De plus, le chef du "Likoud" répétait à longueur de temps: "Un Proche-Orient avec Pérès, est une région d'où les juifs seraient exclus…" Tout compte fait et de l'avis de la plupart des observateurs, Pérès et Netanyahu sont les deux faces d'une même monnaie; autrement dit, l'un vaut l'autre et suivent des stratégies différentes pour défendre les intérêts de l'Etat hébreu. Il y a lieu de signaler que Washington n'a jamais caché son soutien à Pérès. Invitant les Israéliens à voter "pour celui qui leur apportera la sécurité". Le président Clinton a dit la veille du scrutin: "Les Etats-Unis se tiendront aux côtés d'Israël, tant qu'il favorisera le processus de paix". Or, tout un monde sépare Pérès et Netanyahu: le premier n'exclut pas un Etat palestinien confédéré avec la Jordanie et paraît acquis à la restitution des territoires occupés. En revanche, le second s'oppose à la création d'un Etat palestinien et à tout retrait du Golan. Malheureusement, le chef de la Maison-Blanche ne peut influer sur les électeurs israéliens quand ils préparent leur bulletin de vote dans le secret de l'isoloir…

Le porte-parole du département d'Etat annonçait mardi que les "cinq" du groupe de surveillance reprendront leurs conciliabules jeudi (hier), au lendemain des élections israéliennes. Cela suppose la victoire de Shimon Pérès à qui le président Clinton (notre photo) n'a jamais caché son soutien. "Ce que les Israéliens sont appelés à choisir, a-t-il déclaré, c'est l'homme qui leur apportera la sécurité et la paix. Les USA seront aux côtés d'Israël, tant que ce pays œuvrera pour atteindre est objectif".

RECONSTRUCTION: LE LIBAN COMPTE SUR L'EUROPE ET L'ONU

Le chef du gouvernement poursuit ses démarches auprès des pays frères et amis, aux fins d'obtenir leur assistance sur le plan de la reconstruction. Après s'être rendu dans plus d'un Etat du Golfe, M. Rafic Hariri a regagné au début de la semaine Bruxelles, pour des pourparlers avec M. Jacques Santer, commissaire de l'Union européenne et ses conseillers, ayant porté sur le groupe consultatif et le mécanisme de son fonctionnement cet organisme étant prévu, rappelons-le, par "l'arrangement du 26 avril, ainsi que le groupe de surveillance du cessez-le-feu toujours en cours de gestation. Mais le président du Conseil n'est pas allé dans la capitale belge les mains vides: il a soumis à ses interlocuteurs un plan de développement, sur base duquel il a réclamé une aide financière de 5 milliards de dollars pour cinq ans, à raison d'un milliard en moyenne par an. "Ce plan, a précisé M. Hariri, fera l'objet d'étude. D'ores et déjà, je peux dire que le climat est positif et je m'attends à parvenir à un accord avec les "Quinze", à propos de leur participation au financement de la reconstruction des régions libanaises et de nos infrastructures dévastées par la guerre (de 17 ans) et la dernière agression israélienne. En plus de l'Union européenne, les Nations Unies se proposent de contribuer à l'œuvre de redressement national que l'Etat libanais place en tête de ses priorités, bien qu'il doive peut-être procéder à la modification de son ordre des priorités... Nous sommes allés à Bruxelles, mais l'ONU est venue à nous: en effet, le président de la Commssion économique de l'Asie du sud--ouest (ESCWA) se trouve au Liban depuis le début de la semaine où il a effectué une tournée au Liban-Sud, à l'effet de se faire une idée sur place de l'ampleur des dégâts causés par l'opération militaire israélienne. Il a précisé que l'inventaire de ces dégâts s'étendra à toutes les régions sinistrées, les observations et conclusions du responsable onusien devant être consignées dans un rapport exhaustif qu'il adressera à M. Boutros Ghali, secrétaire général de l'ONU. Sur base de ce rapport, M. Ghali déterminera avec ses conseillers, le montant de l'aide financière dont le Liban a besoin pour remettre en état ses infrastuctureset, et partant, réactiver ses secteurs productifs. Plus d'un indice porte à penser que le pays des cèdres peut se montrer optimiste, la communauté internationale étant maintenant, naturellement portée à lui apporter son aide, du moment que les Libanais sont fermement résolus à s'aider eux-mêmes, comme ils en donnent tous les jours la preuve.

Pendant que la président Hariri soumettait mardi à Bruxelles le plan de développement, sur base duquel il réclame l'assistance des Européens en vue de hâter la reconstruction, le président de l'ESCWA, organisme spécialisé des Nations Unies, effectuait une tournée au Liban-Sud, afin de se faire une idée des dégâts causés par la dernière agression israélienne. Puis, il soumettra au secrétaire général de l'ONU un rapport lui permettant de déterminer la nature de l'aide à octroyer au Liban.

ECHOS ET REFLEXIONS

HABITAT ET EXPATRIATION

"Construire une habitation, c'est s'enraciner dans sa terre natale". Cet adage est si juste, que beaucoup de pays encouragent l'habitat, afin d'empêcher leurs ressortissants de s'expatrier. Partant sans doute de cette idée, la hiérarchie maronite a mis au point un projet visant à bâtir un millier de logements, dans un premier temps, pour les vendre à crédit aux jeunes couples désireux de fonder un foyer. Et qui ne le peuvent pas, en raison des loyers devenus inabordables. Que serait-ce s'ils voulaient s'approprier une maison? Cependant, certains gricheux ont critiqué le projet, qualifiant de rédhibitoires les conditions posées pour la vente des appartements. Nous n'avons encore eu le loisir d'en prendre connaissance que superficiellement, certains le jugeant peu pratique. En effet, les critiqueurs estiment impossible le fait pour le citoyen à revenu limité, ne disposant pas d'un excédent de 375 dollars par mois, d'acquérir un pied à terre, conformément aux conditions fixées par la Caisse sociale maro-nite chargée de superviser l'exécution de l'entreprise. En revanche, ceux qui peuvent mettre de côté cette somme, ont la possibilité d'acheter un appartement à crédit, en s'adressant à des sociétés immobilières ayant construit des dizaines d'unités de logement (de 120 m2 chacun) et offrent de les céder à des prix raisonnables. Tout en félicitant la hiérarchie maronite et en souhaitant que les autres communautés leur emboîtent le pas, nous émettons le voeu de la voir reconsidérer son projet pour le rendre plus accessible et à la portée de toutes les bourses, afin d'enraciner les jeunes dans la mère-patrie. Tout compte fait, le projet patronné par le patriarcat ma-ronite a besoin, croyons-nous, d'être explicité, chiffres à l'appui, à l'intention des bénéficiaires éventuels. Car il importe de freiner l'émigration des forces vives de la nation, celles-ci étant appelées à contribuer à remettre le pays sur les rails, au lieu d'aller trimer sous d'autres cieux.

Edouard BASSIL.