INCENDIE DANS L’ANTARCTIDE
1)2)
3)
1) Le 12 avril 1982. L'incendie à la station "Vostok".
2) La station polaire "Vostok" située à 3500 mètres au-dessus du niveau de la mer.
3) L'atterrissage d'un avion "AN-12" à la station "Vostok".
En février dernier, 40 ans se sont écoulés depuis le début des recherches soviétiques et russes dans l'Antarctide.Une soirée consacrée à cet anniversaire s'est déroulée à l'Institut de l'Arctique et de l'Antarctique de Saint-Pétersbourg. Il a été dit, pendant cette soirée, que nos exploits scientifiques dans l'Antarctide sont comparables à nos réalisations spatiales. Que 20 stations permanentes et provisoires ont fonctionné durant la période écoulée sur le continent de glace. Et qu'il n'en reste que 4 (!) à ce jour. Qu'à cause des difficultés financières a été mise en veilleuse, en janvier dernier, la station "Vostok", unique en son genre, ouverte en 1957 juste à l'emplacement du pôle magnétique de la Terre. C'est dans cette station qu'a eu lieu, en 1982/83, un événement qu'il est impossible de classer parmi les réalisations historiques, mais a montré qui et comment on travaille dans l'Antarctide. C'était un incendie. Avant d'être découvert, il a détruit la centrale diesel, source unique de chaleur, de lumière et d'énergie. Cela au moment où il faisait moins 79°C en dehors. A cause du gel, on ne pouvait pas espérer qu'une aide viendra du continent: l'air était si raréfié que personne n'oserait envoyer un avion aux sinistrés. Il était impossible non plus de les joindre sur des traîneaux tractés, car la station soviétique la plus proche se situait à 1500 km. Il ne restait qu'une chose aux hivernants de "Vostok": compter sur eux et attendre le prin-temps. Attendre 8 mois, dont quatre dans la nuit polaire. Qu'avaient-ils à leur disposition? Des aliments, des réservoirs de combustible restés intacts parce que le vent a changé de direction, entraînant la flamme du côté opposé. Après l'incendie, il restait encore une heure et demie pour les réflexions et les travaux dont dépendait la survie. Il fallait sauver l'émetteur-récepteur (une fois engivré, il serait inutilisable, ce qui signifierait la perte totale de la liaison avec le reste du monde); il fallait sauver les aliments (le gel pouvait pétrifier des pommes de terre et les oignons, faire sauter les boîtes de conserves en verre); il fallait vider l'eau des batteries de chauffage. Tout cela a été fait... De plus, un four à pétrole de la marque "Alma-Ata" a été déniché dans un entrepôt à ciel ouvert. Par bonheur, une neige peu dense la recouvrait. Deux réchauds à pétrole dont personne n'avait besoin autrefois ont été également découverts. Mais "Alma-Ata" était, quand même, le plus précieux de tous. Avant tout à cause de son plateau supérieur sur lequel on pouvait mettre une bouilloire et une casserole...
C'est là que se situe l'emplacement du pôle géomagnétique de la Terre.
Le météorologiste de la station "Vostok" Vello Park.
La station "Molodiojnaïa". L'estacade longue de 180 mètres sert à transporter la fusée météorologique jusqu'à la plateforme de lancement.
LE MERCURE MAINTENU A - 30°
"Alma-Ata" a été installé au milieu du "salon". On a apporté les aliments des entrepôts plus près du four. Des gens grelotants se massaient autour de lui. Ceux qui étaient tout près voyaient s'empourprer leurs visages; ceux qui étaient plus loin avaient leurs vêtements soudés aux murs par la gelée. Dans les coins, le mercure se maintenait à - 30° C. Il fallait se réchauffer à tour de rôle… Un autre four a été placé à la station radio. On brûlait de l'huile solaire, carburant qui ne se consume pas totalement même dans les conditions normales. Et à plus forte raison quand l'oxygène manque. Les fours irradiaient peu de chaleur, des flocons de suie flottaient en l'air. Ils se déposaient sur les visages, recouvraient la neige autour de la station. Il semblait que toute l'Antarctide s'était imprégnée de l'odeur de l'huile solaire brûlée. Le cuisinier Anatoli Kalmykov a fait bouillir la première portion d'eau, préparé le premier petit déjeuner et dit, après ces "expériences", qu'il saurait nourrir tout le monde trois fois par jour. Après cette déclaration, la majorité des explorateurs ont renoncé à l'idée de demander une aide d'urgence du continent. Néanmoins, les disputes à ce sujet se poursuivaient et un groupe voulait même essayer d'atteindre tout seul la station-mère… l'atteindre à pied! Le problème de la liaison restait brûlant lui aussi. Dans les conditions normales, il y avait 10 séances par jour. Mais dans la nouvelle situation, l'émetteur-récepteur sauvé n'avait pas de source d'énergie. Une fois de plus, le hasard a voulu nous aider. Les foreurs des expéditions précédentes avaient apporté à "Vostok" un petit groupe électrogène. Ils avaient l'intention de s'en servir pendant les sondages de la glace suivant l'itinéraire, mais ont ravisé. Ce moteur a aidé les explorateurs à passer des messages sur les ondes deux fois par jour. "Nous comprenions aussi, dit Piotr Astakhov, chef de la station "Vostok", que notre salut dépendait du dosage rationnel du travail habituel. Même dans les conditions normales, ce travail n'était pas facile, la teneur de l'air en oxygène est ici deux fois plus faible, tout objet est deux fois plus lourd, on ne peut pas se déplacer en vitesse… Dans la nouvelle situation, les hommes ne pouvaient pas se bien reposer, se bien réchauffer. De plus, les aérologistes et les foreurs restés sans sources d'énergie ne pouvaient par remplir leurs programmes. Ils ont dû changer de profession. Certains sont devenus aides - cuisiniers… - Quel ordre avez-vous donné aussitôt après l'incendie? ai-je demandé à Astakhov. - Organiser une permanence autour des fours allumés.
Les
hivernants de la station "Vostok" à leur retour dans la patrie.
On note l'absence d'Alexei Karpenko, mort dans la lutte contre l'incendie.
SUPPRIMER LE STRESS
Supprimer les stress en soi et chez les autres. Reprendre les travaux selon le programme. Dans cette situation, le caractère de Vello Park, météorologiste, est devenu salutaire pour tous. Reprenant le travail le premier, il est allé vers ses instruments et a enregistré leurs indications. Plus tard, Vello écrira dans son rapport: "Les observations étaient effectuées régulièrement, sauf les 24 heures qui ont suivi l'incendie". - "Ma famille - ma femme et mes trois enfants que j'aime beaucoup - m'attendait à Tallinn. Je ne pouvais pas les décevoir", disait Vello aux journalistes au retour dans son pays. Tous les membres de l'expédition, sauf un, le mécanicien Alexei Karpenko (il a trouvé la mort dans la lutte contre le feu), ont vu arriver le printemps, des températures plus clémentes, le secours et ont pu, enfin, revoir leurs familles. Dans leur patrie, les hivernants de "Vostok" ont été accueillis comme les premiers cosmonautes. Leurs mains et visages gardaient encore les traces de suie. Ils donnaient leurs cahiers de travail non seulement à lire, mais aussi à humer... L'odeur de l'huile solaire brûlée avait imprégné ces feuilles, évidemment pour toujours. Le Conseil scientifique de l'Institut de l'Arctique et de l'Antarctique a reconnu que, malgré les conditions extrêmes, la station "Vostok" a rempli son programme à 75%. Deux fois par jour, elle transmettait toutes les données nécessaires pour établir les bulletins météo à long et à court termes nécessaires à tous les navires et avions qui naviguaient dans la région antarctique. Les explorateurs de "Vostok" observaient les aurores boréales, les conditions de propagation des ondes radio, poursuivaient les programmes de sondage profond d'un glacier avec des "piles pour lampes de poche". La nuit de l'incendie, le foret s'est immobilisé à la cote de 2037 mètres. Le jour du départ, il a atteint 2083 mètres. Tous les centres de recherches de l'URSS qui attendaient des carottes prélevées sur les profondeurs de l'Antarctide ont reçu leurs commandes... 13 ans ont passé depuis. En janvier 1996, la station "Vostok" a été fermée à cause de difficultés financières. Cette fois-ci, les hivernants ont été évacués par les Américains. Mais déjà en février, bien qu'avec un grand retard, la 41e expédition russe est partie pour l'Antarctide. Le navire "Akademik Fiodorov" a pris à bord 151 explorateurs, ainsi que des équipements, instruments et matériaux de construction pour les cinq stations russes qui restent dans l'Antarctide: "Bellingshausen", "Molo-diojnaïa", "Mirny", "Novolazare-vskaïa" et... "Vostok". Cette station sera rouverte cette année. Les Russes ont découvert l'Antarctide, y ont débarqué les premiers et y procèdent depuis 40 ans à des recherches importantes dans l'intérêt de la science mondiale. A ce jour, 16 pays ont leurs stations sur ce continent. 39 Etats ont signé le Traité sur l'Antarctide. Quelles que soient les difficultés financières, nous devons garder notre présence dans l'Antarctide. La 41e expédition laisse espérer qu'il en sera ainsi, a dit Ivan Frolov, directeur de l'Institut de l'Arctique et de l'Antarctique, au correspondant de RIA "Novosti".
N. YAMPOLSKAYA