PERES V/S NETANYAHU: LE SUSPENSE EST TOTAL

10% d'indécis sur près de 4 millions d'électeurs. C'est sur cette tranche de citoyens que comptent les deux candidats Shimon Pérès et Benyamin Netanyahu, sortis presque à chances égales du match télévisé de dimanche soir, pour arracher la victoire. Auparavant, les sondages donnaient 5 points d'avance au chef des travaillistes. Mais l'écart semble s'être réduit de moitié sinon plus et avoir placé les deux challengers au coude à coude. On est loin de l'exaltation nationale qui avait suivi l'assassinat de Yitzhak Rabin et de la remontée spectaculaire de la cote de popularité de Shimon Pérès. A la suite du 4 novembre, celui-ci planait tant dans les sondages qu'il songea avancer la date des élections. Mais il y eut en février-mars une vague d'attentats - suicide soldés par 62 morts et qui ont changé l'équilibre des forces par le jeu machiavélique des extrêmistes palestiniens et israéliens. Aussi Pérès a-t-il tenté sa chance en orchestrant au Liban-sud l'opération "Grappes de la colère" qui a fait 174 morts et 351 blessés, tuant des innocents, laissant intacte l'infrastructure du Hezbollah. Le débat télévisé avait rivé les Israéliens sur le petit écran où s'est réellement déroulée la campagne. Car, en vertu d'un accord écrit, le Likoud et le Parti travailliste avaient décidé de renoncer aux manifestations autant à Jérusalem qu'à Tel-Aviv, pour des raisons financières et sécuritaires.

Une solide poignée de main avant le duel.

UN MATCH TRES SERRE

A la suite du match télévisé très serré et qui constitue le temps fort de la campagne électorale, les pronostics étaient fort contradictoires. Selon le "Yedioth Ahronoth" Netanyahu serait crédité de 45% des intentions de vote et Pérès de 41%. Par contre, "Maariv" donnait l'avantage à Shimon Pérès avec 42% contre 32% à Benyamin Netanyahu. Dans l'ensemble, chacun des candidats annonçait sa prochaine victoire. Et c'est à juste titre que le principal chroniqueur du "Yedioth Ahronoth" a pu relever, déjà avant ce débat: "Si l'on en croit les sondages effectués par les deux partis, Israël va avoir deux Premiers ministres." Le face-à-face télévisé animé par le journaliste Dan Margalit, comportait neuf questions auxquelles ont répondu les deux protagonistes, sans s'adresser la parole, tentant chacun une opération de charme en direction du public à 20h40, heure de grande écoute. Tout y est passé, la politique générale comme les affaires privées. Encore une fois Netanyahu a rejeté l'idée d'un retrait du Golan, de Jérusalem-Est tandis que Pérès, fidèle à sa ligne de conduite a prôné la réconciliation entre Israël et son environnement arabe et nié vouloir diviser Jérusalem-Est. Positions traduites par les affiches électorales diffusées par le Likoud: "Netanyahu est bon pour les Juifs, "Pérès est bon pour les Arabes". Les infidélités conjugales de Netanyahu comme son profil politique à l'américaine sont passés au tamis tandis qu l'âge de Pérès a été évoqué. Ce qui a fait sourire ce dernier "s'il fallait élire un mannequin comme Premier ministre, mon âge serait sans doute un problème." L'âge serait-il un handicap? Pérès oppose ses 72 ans aux 46 ans de Netanyahu dans un défi similaire à celui du candidat républicain Bob Dole face à Clinton, rayonnant de jeunesse. L'impression d'ensemble qui s'est dégagée du débat télévisé, sans grand relief, aurait avantagé Netanyahu qui semblait plus positif ou plus souriant que son adversaire. Mais le sort des deux candidats va se sceller mercredi 29 mai dans les urnes.

Quelques instants avant le débat, Pérès et Netanyahu fourbissent leurs armes.

Campagne médiatique à coup de spots télévisés et d’affiches.

Six partis arabes présentent leur candidats aux législatives.

POUR LA PREMIERE FOIS AU SUFFRAGE UNIVERSEL DIRECT

C'est munis de deux bulletins, l'un blanc pour les 120 députés de la Knesset, l'autre jaune pour le Premier ministre lequel sera élu pour la première fois au suffrage universel direct, que les Israéliens se sont dirigés aux urnes. Parmi eux 450.000 électeurs arabes soit 17% du corps électoral qui devraient porter à Pérès, en dépit de l'opération "Grappes de la colère, la majorité de leurs voix. A la Knesset, ils ont leurs propres candidats affiliés à six partis. D'autres voix particulièrement convoitées: celles des petits partis religieux sans lesquels aucun des candidats victorieux ne pourra gouverner, celle de l'électorat russe composé de savants et de chercheurs, et de l'immense vivier des jeunes auxquels les juifs orthodoxes veulent inculquer, par l'éducation, les valeurs fondamentales du judaïsme. Le sort du processus de paix est tragiquement lié au résultat du scrutin du 29 mai. Si le président Bill Clinton a soutenu sans équivoque son ami Shimon Pérès, c'est dans le but de mener à terme ce processus et d'y puiser le dynamisme d'un second mandat. Le réalisme politique commande à tous la prudence. Les règles du jeu ne sont pas définitives. C'est bien le Likoud qui a signé l'accord de paix avec l'Egypte en 1978 et c'est bien lui qui a prôné en 1991 la conférence de Madrid. Pérès ou Netanyahu ne sont que les deux faces d'une même réalité, appréhendée selon des styles différents, mais dans une seule perspective: la pérennité de l'Etat d'Israël n

Ev. M.