SEPT MOINES MARTYRS SONT TOMBES EN ALGERIE

Les moines trappistes dans leur monastère.

Cela ne s'était pas passé depuis 1978, date de la mort de Jean-Paul 1er. Dans les 40.000 églises de France, on a simultanément sonné le glas à la mémoire des sept moines trappistes martyrs, tombés le 21 mai en Algérie, pays qu'ils ont aimé et servi en dépit d'une situation à hauts risques qui leur recommandait de toute urgence de le quitter. Le 27 mars, apprenant l'enlèvement des sept moines trappistes au monastère de Tibérihine dans la région de Médéa au sud-ouest d'Alger, le cardinal-archevêque de Paris Mgr Jean-Marie Lustiger avait allumé sept cierges à la cathédrale Notre-Dame de Paris. A l'annonce de leur mort, il les avait éteints, lors d'un office religieux où il avait annoncé que l'"on ne peut pas tuer au nom de Dieu" et qu'au "nom de Dieu il faut respecter la vie". Mais, en ce dimanche de la Pentecôte qui annonce une renaissance, il les a rallumés estimant que "l'amour pour lequel ils ont vécu est plus fort que la haine" et qu"ils ne sont pas morts pour rien, mais pour la résurrection." Le père Rivalleau qui était un ami de l'un des moines assassinés, le père Brunot dont il avait reçu une lettre deux jours avant son enlèvement, a déclaré: "Nous ne prions pas pour eux, c'est eux qui prient pour nous". Le même jour devant 50.000 pélerins, Jean-Paul II a exalté la vie et invité les hommes à ne pas tuer au nom de Dieu. "Jamais ces crimes ne seront effacés de nos mémoires. Et la mémoire de la France est longue" a indiqué le ministre des Affaires étrangères Hervé de Charette. Le président Chirac a exprimé sa peine à la suite de l'assassinat de ces "hommes de la paix qui prêchaient la paix et la confiance. Alain Juppé a dénoncé cet "acte de barbarie totale". Le Front islamique du salut l'a condamné, tous les musulmans de France l'ont vivement réprouvé.

Le cardinal Lustiger éteignant les sept cierges allumés en mémoire des sept moines.

Le département d'Etat américain a rejeté vigoureusement "acte particulièrement odieux de violence politique." Partout, l'émotion est bien vive, d'autant qu'il s'agit d'un massacre des innocents qui pourrait bien représenter la face cachée du démon et que le GIA Groupe islamique armé, le plus radical des mouvements armés a revendiqué. Dans un communiqué "numéro 44" datant du 21 mai signé de leur chef présumé Abou Abdelrahmane Amine, alias Djamel Zeitouni délivré à la radio marocaine Médi-I de Tanger ainsi qu'à l'AFP, le GIA annonçait: "Le président français et son ministre des Affaires étrangères ont déclaré qu'ils ne négocieraient pas avec le GIA, tranchant ainsi le fil du dialogue. Et nous avons, de notre côté, tranché la gorge des sept moines conformément à ce que nous avions promis de faire. "Le 30 avril 1996, ajoute le communiqué numéro 44, nous avons envoyé un messager à l'ambassade de France porteur d'une cassette audio confirmant que les moines sont toujours vivants et une lettre qui précise la façon de négocier s'ils souhaitent retrouver leurs prisonniers vivants. "Ils (les Français de l'ambassade) se sont, dans un premier temps montrés disposés et nous ont écrit une lettre signée et cachetée affirmant qu'ils voulaient préserver cet accord. Nous avons donc pensé qu'ils tenaient effectivement à la vie des sept moines". En échange de la libération des moines, le GIA désirait obtenir celles d'Islamistes se trouvant dans les géôles françaises. On en compte quelque 200 dont quatre à cinq éléments de premier plan. Une éventuelle prise de contact entre le gouvernement français et les membres du GIA aurait fortement indisposé les autorités algériennes lesquelles avaient entrepris de battre la campagne pour localiser les moines. "Mais les tyrans impies, lit-on, dans le communiqué ont été incapables, grâce à Dieu, de parvenir à eux, voire de les rechercher en raison des coups de nos frères Moujahidine, que Dieu les préserve." A la suite de cet odieux assassinat, dans une "réaction de stupeur, d'indignation et de condamnation, "le ministère des Affaires étrangères a exhorté "solennellement" tous les Français à quitter l'Algérie. Déjà 39 Français dont 18 religieux ont été tués dans cette sale guerre qui a fait 50.000 morts depuis 1993. Un millier de Français dont 300 religieux disséminés à travers le pays et soutenant la population refusent toujours de quitter le pays. L'église catholique d'Algérie compte quatre évêques et entend servir le Dieu de tous. Ce Dieu au nom duquel certains barbares, en mal de campagne médiatique, enlèvent et exécutent leurs semblables. Les retombées de cet assassinat continuent à faire des vagues. Le père Gérard, prieur de l'abbaye cistercienne de Notre-Dame d'Aiguebelle à Montjoyer dans le Drôme dont sont originaires plusieurs des 7 moines, a affirmé que quelques jours avant leur assassinat, les captifs auraient rencontré un émissaire du gouvernement français qui leur aurait porté la communion. Révélations démenties autant par le Quai d'Orsay, que par le supérieur hiérarchique du père Gérard. Quant au GIA, il promet d'autres "révélations".

Vue générale du monastère Notre Dame de l'Atlas à Tibérihine où vivaient les sept moines trappistes.

Evelyne MASSOUD.