CLIN D'ŒIL AU PLACEBO ILLUSOIRE MAIS EFFICACE
La médecine moderne nous étonne de plus en plus, surtout quand elle devient parfois un véritable paradoxe. Ainsi se présente le placebo, un faux médicament qui aboutit quand même à une vraie guérison. Avec ce curieux phénomène à la fois subjectif et irrationnel, nous sommes loin du remède qui suggère en général une rigueur et une efficacité absolues. Expliquons, tout d'abord, ce qu'est un placebo. C'est une composition dénuée d'effet pharmacologique et dont l'aspect est strictement identique à celui du médicament actif. Dans le Vidal, le dictionnaire de la pharmacopée en France, il se compte par centaines. Les gélules sont à base de sucre ou d'amidon, alors que les ampoules des piqûres contiennent tout simplement de l'eau distillée. Les médecins n'hésitent pas à les prescrire quand la nécessité s'impose. Leur choix est alors guidé par le seul souci d'éviter des médicaments actifs à double tranchant que les malades ne supportent pas.
L'utilisation de placebos permet de diminuer les remèdes toxiques.
QUE GUERIT LE PLACEBO
Différentes études ont démontré que le placebo contribue à améliorer les maladies psychosomatiques comme l'anxiété, l'asthme, l'ulcère ou la migraine. Cependant, il peut également modifier le rythme cardiaque ou respiratoire et encore faire baisser ou s'élever la tension artérielle. Chose remarquable aussi, le placebo a le pouvoir de changer les paramètres biologiques en affectant le taux le lipides sanguins. Parfois et comme tout autre médicament, le placebo peut avoir des effets secondaires. Il se transforme, alors, en nocebo et à l'encontre de l'effet attendu, il donne des nausées ou rend la bouche sèche. Toujours est-il que de récentes statistiques montrent que soixante pour cent des personnes réagissent favorablement et que les quarante autres répondent différemment selon les circonstances. Précisons que dans la seconde catégorie, il s'agit d'individus susceptibles d'influencer leurs sensations, tels les artistes et les créateurs.
L'AVIS DE DEUX MEDECINS
Voici ce que pensent deux professeurs français du placebo. Selon le professeur Quentin Debray, de l'hôpital Laennec, ce médicament illusoire est "une projection", une sorte de mie de pain porteuse d'espoir. Si le malade y croit, il peut être effectivement guéri. Cependant, l'efficacité de ce pseudo remède dépend en grande partie de la relation de confiance qui s'établit entre le médecin et son patient. Insistant sur ce point, le professeur Debray déclare: "L'effet du placebo est double. Il contient ce que le médecin recherche et ce que le malade attend. Plus le médecin a de la conviction et du charisme, plus le résultat sera accentué et prolongé." Pour le professeur Alain Puech, chef de service à la Salpêtrière, le placebo n'est pas un médicament mais un traitement. Il explique: "Ce traitement comporte de simples conseils d'hygiène, un régime, une intervention". Il souligne aussi: "Je conçois qu'un médecin puisse, s'il ne s'agit pas de soigner une maladie grave ou une souffrance majeure, commencer par donner volontairement un placebo plutôt qu'un médicament actif qui aura des effets secondaires. Surtout si le placebo a une efficacité de cinquante pour cent et le vrai médicament de soixante-dix seulement!"
Le placebo est particulièrement efficace pour soulager la migraine.
UN ROLE DANS LA RECHERCHE
Actuellement, le placebo participe à une étude dont le but est d'évaluer l'efficacité d'un nouveau médicament. Par exemple, deux groupes de patients recevront l'un le nouveau médicament, l'autre un placebo. Après un certain temps, on pourra établir le verdict suivant: plus ou moins efficace qu'un placebo. De là, le laboratoire pharmaceutique pourra déduire si la nouvelle molécule est apte à être commercialisée ou s'il faut la condamner. "Ces essais sont nécessaires, car ils permettent d'apprécier la différence entre le produit actif et le placebo", affirme le professeur Puech. Rappelons le fameux précepte qui dit: "Il n'y a pas de maladies, il y a des malades". Ainsi, quand les conditions s'y prêtent, quand la cause est justifiée, les médecins sont enclins à pour prescrire un placebo. D'ailleurs, beaucoup plus que le médicament lui-même, c'est surtout la confiance du malade en son médecin qui aura finalement gain de cause pour une bonne guérison n
GLADYS CHAMI