D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

LA SITUATION LOCALE ET REGIONALE PREOCCUPANTE

M. Rouchaid el-Khazen, député du Kesrouan, ne cache pas son inquiétude quant à l'évolution de la conjoncture régionale après l'accession du chef du Likoud au pouvoir en Israël. Aussi, a-t-il comparé la situation au Liban à celle d'un navire allant à la dérive, dont le moteur est tombé en panne. Le parlementaire kesrouanais se préoccupe, surtout, de l'état du Trésor, disant que les fonds de l'Etat s'amenuisent, avançant comme preuve le retard mis par les entrepreneurs de travaux publics à percevoir le montant de leurs factures…

LA CHAMBRE TRAVAILLERA AU RALENTI…

Dès la ratification par la Chambre de la nouvelle loi électorale, le parlement réduira ses activités, pour la raison que ses membres devront préparer leur campagne en prévision des législatives de l'automne, ce qui les contraindra à regagner leurs circonscriptions respectives.

Les éventuels candidats s'emploieront, alors, à engager des contacts en vue d'alliances susceptibles de garantir leur retour Place de l'Etoile.

CONTACTS PRE-ELECTORAUX

Avant de s'assurer que les législatives auront lieu dans le délai constitutionnel et de prendre connaissance de la nouvelle loi électorale, les futurs candidats multiplient les contacts et les rencontres dans la plus grande discrétion, en prévision de la formation des listes, abstraction des divergences ou même des rivalités politiques qui les opposent à leurs interlocuteurs. Les personnalités acquises au courant aouniste sont les plus sollicitées, même par des éléments se réclamant des courants intégristes, ce qui ne manque pas de surprendre. Il est de notoriété publique que les hommes politiques s'allient, parfois, à des parties ne partageant pas leurs principes, mais avec lesquelles ils sont portés à conclure un pacte momentané, comme le font des "compagnons de route", quittes à se combattre par la suite sous l'hémicycle…

EN MARGE DES ALLIANCES ELECTORALES A BEYROUTH

Il se confirme que le président Rafic Hariri n'envisage pas de poser sa candidature aux prochaines législatives et reste déterminé à rester au-dessus de la mêlée, spécialement à Beyrouth. Cela pose plus d'un point d'interrogation autour des alliances électorales dans la capitale, certaines d'entre elles pouvant réserver des surprises de taille, notamment celle que le président Salim Hoss compte sceller avec M. Tammam Salam, président de l'Association des Makassed.

VISITE INOPINEE DE BACHAR ASSAD

La visite inopinée que le Dr Bachar Assad, fils du chef de l'Etat syrien, a faite vendredi dernier au siège du commandement de l'Armée à Yarzé, où il a été reçu par le général Emile Lahoud et des officiers supérieurs, a retenu l'attention des observateurs. Ceux-ci se sont perdus en conjectures quant à l'objet de cette visite et aux sujets évoqués au cours de l'entretien entre le Dr Assad et le général Lahoud. Cette entrevue devait être suivie d'un déjeuner offert en l'honneur de l'hôte syrien au cercle des officiers, à Kaslik.

MISE EN GARDE DU PATRIARCHE

S. Em. le cardinal Nasrallah Sfeir a mis en garde contre d'éventuels développements de la conjoncture régionale, suite à l'élection de Benjamin Netanyahu en tant que chef de gouvernement israélien à la place de Shimon Pérès. "Ceci, dit-il, peut se répercuter négativement sur le processus de paix et, partant, sur la situation intérieure. "Aussi, conclut l'éminent prélat, les responsables sont-ils appelés à consolider le front interne pour faire face à toutes les éventualités, les Libanais ayant réaffirmé leur indéfectible attachement à la patrie, à l'occasion de la dernière agression israélienne".

LA DEMISSION DE N. ZAHR REJETEE

Le Conseil continental africain de l'ULCM siégeant la semaine dernière à Beyrouth, a rejeté la démission de son président, M. Najib Zahr, présentée en mars dernier, ce qui avait provoqué le report du congrès prévu pour avril-mai à Abidjan. M. Zahr avait pris sa décision en signe de protestation contre les ingérences dans les affaires dudit conseil et des colonies libanaises d'Afrique qu'il a considérées préjudiciables à sa personne. Le Conseil continental a décidé de convoquer ses membres pour le mois de novembre toujours à Abidjan, la date définitive du congrès devant être fixée à la lumière des consultations que M. Zahr doit effectuer avec les autorités ivoiriennes.

RENFORCEMENT DES MESURES CONTRE LES FOUS DU VOLANT

Le tragique accident de la route ayant eu lieu la semaine dernière à Bhamdoun, faisant neuf tués et une quarantaine de blessés parmi les occupants de l'autocar d'une école de Kfarchima, a suscité de vives réactions dans tous les milieux, en particulier parmi les membres de la commission parlementaire de l'Administration et de la Justice, leur président, M. Auguste Bakhos, en tête. Ceux-ci avaient été saisis d'un projet d'amendement de la loi sur la circulation et M. Bakhos avait confié à une sous-commission constituée sous sa présidence, le soin d'apporter au texte des modifications pour le rendre le plus parfait possible, en ce qui concerne notamment les poids lourds et les autobus. "Quand l'accident de Bhamdoun s'est produit, a dit M. Bakhos, nous avons résolu de rendre la loi plus sévère. Ainsi, nous avons prévu de limiter le poids du chargement des camions et d'installer, à cet effet, une bascule sur les principaux axes routiers. "De même, nous envisageons d'interdire l'entrée en territoire libanais de tout véhicule affecté aux transports externes, dont le chauffeur n'exhibe pas un document attestant que le dernier examen mécanique du camion ou de l'autobus ne remonte pas à plus d'un semestre, le véhicule devant être assuré auprès d'une compagnie d'assurance ayant des branches au Liban. "Enfin, les chauffeurs devront se soumettre à un examen pour s'assurer de leur état de santé et, surtout, qu'ils n'ont pas bu exagérément de l'alcool avant de circuler sur nos routes".

AIDE ALLEMANDE AUX ECOLIERS SUDISTES

En dépit de la décision prise par Bonn de réduire l'assistance financière que l'Allemagne accordait jusqu'ici aux Palestiniens, pour financer des projets les intéressant à réaliser en Jordanie, le gouvernement Kohl a résolu d'augmenter l'aide aux écoliers sudistes qui ont le plus pâti de la dernière agression israélienne, en plus de l'aide fournie à un certain nombre d'établissements scolaires de Beyrouth. Et ce, dans le but de soutenir l'opération de paix dans la région proche-orientale et, plus particulièrement, au Liban.

PROFOND CLIVAGE DANS LA SOCIETE ISRAELIENNE

"Les élections ayant eu lieu le 29 mai en Israël ont montré un profond clivage au sein de la société israélienne, en ce qui concerne spécialement la paix que notre voisin du Sud se propose d'instaurer dans la région", a observé M. Nassib Lahoud, député du Metn. "Ces élections, a-t-il ajouté, se sont déroulées dans un climat nouveau, le choix du Premier ministre israélien ayant eu lieu pour la première fois au suffrage universel direct". M. Lahoud pense que la nouvelle loi électorale, sur base de laquelle a été organisée la consultation populaire israélienne, a favorisé la montée des partis religieux, aux dépens du Likoud et du parti travailliste.

POURQUOI LA DEMANDE DE JONES?

Les milieux politiques s'interrogent sur la raison ayant amené M. Richard Jones, ambassadeur des Etats-Unis, à demander aux autorités libanaises de pacifier le Liban-Sud, en attendant que la situation s'éclaircisse en Israël, suite à l'élection de M. Benjamin Netanyahu en tant que chef du gouvernement. D'aucuns pensent que Washington tente de faire assumer au Liban la responsabilité des dernières opérations de "Tsahal" au Liban-Sud, comme si l'Administration américaine voulait encourager le successeur de Pérès à entreprendre de nouvelles agressions contre les populations sudistes"…

ACCORD DE LA TROIKA AUTOUR DE LA LOI ELECTORALE? AUTOUR DE LA LOI ELECTORALE?

Selon des sources proches des présidents Hraoui, Berri et Hariri, ceux-ci seraient tombés d'accord sur la nouvelle loi électorale, la tendance étant, toujours d'après les mêmes sources, en faveur de l'adoption du mohafazat en tant que circonscription, sauf au Mont-Liban où le scrutin serait organisé sur base du caza. Pourtant, plusieurs instances politiques et spirituelles, Bkerké en tête, réclament une loi juste et équilibrée. Le découpage du Mont-Liban en plusieurs circonscriptions est qualifié "d'hérésie" par certains parlementaires. D'autres, dont le ministre des A.E, député du Kesrouan, partagent l'avis du cardinal Sfeir et se prononcent "en faveur des cinq mohafazats ou des cazas dans tout le pays".

HRAOUI SOLIDAIRE DE HARIRI

Le président Hraoui s'est solidarisé avec le président Hariri et a réaffirmé sa position en recevant, vendredi dernier, une délégation tripolitaine. Faisant allusion sans la citer nommément, à la controverse ayant opposé récemment le chef du gouvernement au "Hezbollah", le chef de l'Etat a mis l'accent sur la nécessité de préserver le prestige de l'Etat et d'étendre son autorité à l'ensemble du territoire national. Le président Hraoui a souligné l'importance que constitue la consolidation de l'unité nationale dans les circonstances présentes et, surtout, la préservation de la souveraineté, le pays tout entier devant échapper à toute volonté ou tutelle étrangère.

ON DIT...

- Qu'un ministre a ouvert dans sa région un "bureau de services" considéré par les observateurs comme le prélude à la campagne électorale, d'autant que ce ministre avait pris ses distances des citoyens au cours des dernières années…

- Que l'aide européenne promise au Liban sera suspendue pour le moment pour des considérations d'ordre régional, ce qui suppose le gel de plusieurs projets d'utilité publique.

- Que deux députés de Beyrouth ne figureront pas sur une même liste lors des prochaines législatives comme en 1992 et tout indique qu'ils seront remplacés par des collègues se réclamant des formations politiques dont ils relèvent.

...EN RACCOURCI

- "Il n'y a pas de différence entre Shimon Pérès et Benjamin Netanyahu", assure cheikh Mohamed Mahdi Chamseddine, président du Conseil supérieur chiite. "Le premier, dit-il, est un criminel, alors que le second projette de commettre de nouveaux crimes". Aussi, insiste-t-il sur la nécessité pour le Liban et la Syrie de rester solidaires.

- On prête à de nombreux députés l'intention d'adresser au gouvernement une motion réclamant le gel du décret relatif aux naturalisations, suite à la polémique suscitée par les "naturalisés" enregistrés auprès des services de l'état civil dans des régions où ils n'ont jamais vécu, ni mis les pieds...

- Cheikh Mohamed Rachid Kabbani, mufti p.i. de la République, met en garde contre l'échange d'invectives pareilles à celles ayant opposé, dernièrement, le chef du gouvernement à certains responsables du "Hezbollah", disant que cela se répercute, négativement, sur l'entente nationale.

OPINION

PAR RESPECT DU DROIT ET DE L'AVIS DU PATRIARCHE

Le ministre de l'Intérieur s'active ces temps-ci en vue de mettre au point l'annexe au décret sur les naturalisations, à l'effet de supprimer ses lacunes. En même temps, il s'emploie à achever les préparatifs des législatives qui, en principe, devraient se dérouler dans le délai constitutionnel... En ce qui concerne le découpage des circons-criptions, le ministre laisse entendre que la tendance est en faveur du mohafazat, mais que le caza pourrait être adopté dans un district, celui du Mont-Liban et "pour une fois". "Si, s'est demandé le ministre, les élections avaient lieu sur base du caza dans toutes les régions, les chrétiens engageraient-ils la bataille (électorale) à Baalbeck-Hermel?", et répond à la question par la négative. La question qui se pose d'elle-même est la suivante: Pourquoi pas? Les Libanais n'ont-ils pas le droit d'être représentés dans ces régions? Nous savons que les chrétiens, comme tous les autres citoyens et les communautés, avaient leur présence active et leur mot à dire dès l'avènement du régime d'indépendance. Qu'est-ce qui a donc changé pour qu'on évoque la si-tuation dans ces régions avec pessimisme? De ce qui précède, on peut déduire que la tendance est en faveur de l'adoption du mohafazat dans tous les districts, sauf au Mont-Liban où le caza serait retenu. Il serait donc partagé en six circonscriptions. Cela signifierait que les représentants des chré-tiens seraient élus dans toutes les régions par les voix des non-chrétiens; ils seraient donc redevables à ceux qui leur auraient accordé leurs suffrages et non à leurs coreligionnaires (chrétiens) dont ils seraient les porte-parole sous l'hémicycle. Que signifie le partage du Mont-Liban en cazas? Que les électeurs dans la montagne sont en majorité des chrétiens, lesquels font pencher la ba-lance en faveur de ceux pour qui ils votent. Ce sont les chrétiens qui garantissent le succès des candidats tant druzes que sunnites. Mais dans le cas du partage en cazas, c'est M. Walid Joumblatt qui garantirait la victoire de ses candidats au Chouf et à Iklim el-Kharroub où les sunnites forment la minorité. L'unique circonscription où les chrétiens peuvent élire leurs représentants véritables, c'est celle constituée du Metn-Nord, de Jbeil et du Kesrouan. Ici, ils ont la possibilité d'assurer l'élection de seize des 35 députés, y compris le député chiite de Jbeil. De même, nous ne devons pas perdre de vue l'intégration nationale à laquelle l'accord de Taëf fait allusion, en prévision de l'adoption de circonscriptions électorale élargies, au cas où on opterait pour les cazas d'une seule couleur communautaire. Si cette logique (qui n'a pas de partisans au niveau des premières et deuxième présidences) était retenue, rien ne dit que le boycottage ne se perpétuerait pas. Est-ce de cette manière qu'ils respectent le point de vue du patriarche maronite? Et est-ce ainsi qu'on édifie les patries et les consolide?

NADIM EL-HACHEM.