Disciple du célèbre De Bakey et cardiologue de l'ancien Président Peron

LE MINISTRE ARGENTIN D. LIOTTA:

"Diamante, la ville où je suis né, dans la province argentine de "Entre Rios" compte environ 50% de sa population d'origine libanaise".

En visite au Liban et en Syrie pour participer à la première rencontre américano-arabe de professionnels universitaires, le Dr Domingo Liotta, actuellement ministre de la Science et de la Technologie de la République d'Argentine, est visiblement enchanté de découvrir notre pays dont - selon ses dires - il a toujours rêvé de venir le visiter.

ELOGE A NOS EMIGRES

"Depuis ma tendre enfance, explique-t-il, je connais des Libanais. C'est bien simple, la ville où je suis né, Diamante, dans la province argentine de "Entre Rios", compte environ 50% de sa population d'origine libanaise. Et je suis fort aise de vous dire que nous aimons beaucoup les Libanais. Ce sont des professionnels, de grand-pères en pères et fils. Des travailleurs acharnés qui ont le grand mérite de s'être faits seuls - souvent à partir de moyens modestes - par un labeur continu afin d'assurer, en premier lieu, des études supérieures à leurs enfants. Ce sont des citoyens intelligents, courageux, travailleurs et patriotes qui ont largement contribué au développement de l'Argentine. Ils ont aussi un autre mérite: celui d'avoir conservé leurs traditions familiales et leur esprit d'entraide et de solidarité. Aujourd'hui, ils œuvrent pour préserver ces mêmes valeurs au Liban et l'unité de son peuple". Et le professeur Liotta de nous citer à l'appui cette pensée de l'écrivain argentin José Hernandez dans "El Martin Fierro": "Les frères sont unis entre eux. C'est la loi originelle. Car, si entre eux, ils se disputent, ils seront dévorés par ceux qui sont dehors". La carrière du professeur Domingo Liotta est des plus brillantes. Docteur en médecine de l'Université de Cordoba (1949). Il devient rapidement une sommité de la chirurgie cardiovasculaire après avoir été assistant des hôpitaux de Buenos Aires, Madrid, Lyon et Paris, et après avoir travaillé pendant onze ans (de 1960 à 1971) avec les pionniers de cette révolutionnaire discipline chirurgicale, les professeurs Michael E. De Bakey et Denton A. Cooley, à Houston (Texas). Médecin personnel du Président Juan Péron, il a été son ministre de la Santé en 1974 (c'est sous son autorité qu'a été élaborée la loi sur le système national de la Santé Publique). Il est l'auteur également de plus de 150 articles et communications ainsi que d'une trentaine d'ouvrages médicaux. Aujourd'hui, il est de nouveau ministre mais rattaché à la Présidence de la Nation pour la Science et la Technologie, tout en remplissant les hautes charges de président du Conseil National de la Recherche Scientifique et Technique (CONICET) et de chef du service de chirurgie cardiovasculaire de l'Institut national de cette même chirurgie, à Buenos Aires. Avec la chirurgie cardiovasculaire, l'autre passion du professeur Liotta est la recherche scientifique. Il nous en parle après avoir constaté que dans notre pays, et aussi en Syrie, il reste beaucoup à faire dans le domaine de la Science et de la Technologie. "Cela peut paraître paradoxal mais ce sont les pays en développement qui ont besoin d'entreprendre cette recherche. le sage Gandhi aimait à répéter à son peuple: "Parce que nous sommes pauvres, nous devons faire des investigations scientifiques et technologiques". En Argentine, c'est notre prix Nobel de Médecine, Dr Bernardo Houssay qui créa en 1958 le "Consejo Nacional de Investigaciones cientificas y Tecnicas" (CONICET) qui regroupe plus de 9.000 chercheurs avec un budget annuel de 230 millions de dollars fournis par le Trésor national, plus 50 millions de dollars assurés annuellement par des organismes de coopération internationale. Le CONICET avec l'"Instituto Nacional de Agropecuario" et l'"Instituto de Tecnologia Industrial" forment le "SINACYT" qui dispose d'un potentiel de 17.000 chercheurs et d'un budget annuel de 700 millions de dollars! C'est dire combien dans ce domaine nous pouvons aider le Liban, soit par la formation de techniciens, soit par des échanges de chercheurs ou de technologies scientifiques et même aussi de techniques d'investigation. Nous sommes disposés à signer des accords de coopération dans ce but. Cela est très simple et d'autant plus facile que nous sommes un organisme national et pouvons concrétiser ces accords au niveau de nos deux états. Nous sommes d'autant plus heureux de le faire, parce que nous aimons le Liban."

L'ambassadeur Fouad Turk retrouve avec joie deux grands amis d'Argentine où il avait été en poste: le ministre Domingo Liotta et le Dr Horacio Munir Haddad.

"ICI, NOUS NOUS SENTONS EN OCCIDENT"

Prié de livrer ses impressions de voyage, le Professeur Liotta déclare: "Cette visite en Syrie et au Liban est une expérience très enrichissante. Tout cela grâce à mon ami le Dr Horacio Haddad que je voudrais remercier ici. Il a été la cheville ouvrière de toutes ces rencontres dans les deux pays, organisant notre périple avec compétence et persévérance. D'ailleurs, il se dépense sans compter pour aider le Liban et la cause arabe. Sans vouloir faire de comparaison entre les deux pays que nous avons visités, je dois cependant dire que le Liban a plus d'ouverture sur le monde. Ici, nous nous sommes sentis en Occident. L'élément humain est plus dynamique et plus ouvert tant dans les milieux intellectuels qu'au niveau des services ou de l'homme de la rue. Mais aussi, à la tête de l'Etat: j'ai pu rencontrer le même jour les trois présidents, Hraoui, Berri et Hariri (que j'avais déjà connu en Argentine), ainsi que le ministre Abdel Rahim Mourad et l'administrateur de la Békaa; tous dans divers lieux et régions différentes! C'est là, à mes yeux, un autre symbole de cette ouverture."

REVENIR AU LIBAN AVEC MENEM

L'éminent scientifique est doublé d'un grand humaniste. Ce qui explique que le professeur Liotta tient - avant de mettre un terme à notre entretien - à communiquer un "message de paix" à ce trop petit pays mais grand par sa dimension universelle et à son peuple intelligent qui a trop souffert. "Ce que je voudrais qu'on sache, c'est que nous autres, Argentins quand nous sommes au Liban, nous nous sentons comme en Argentine. Il n'y a pas de dépaysement parce que la collectivité libanaise est très forte en Argentine et que, nous aussi, nous sommes un pays des cèdres!". Et, il nous quitte sur cette promesse: "Je ferais tout pour que le Président Menem vienne au Liban. Ce sera facile de le convaincre et je serais très heureux de l'accompagner!"

JEAN DIAB