LA CHRONIQUE

UN CHOIX S'IMPOSE: SAUVER LES "CONDOTTIERIS" OU SAUVER LE LIBAN?

Nous n'avons jamais voulu biaiser, surtout quand il s'agit d'un réquisitoire aussi lourd, à l'encontre de ceux qui s'activent à désavouer au grand jour, l'autorité de l'Etat. Ce serait pécher contre la liberté d'opinion et contre le Liban, que de rester les mains croisées, et faire la sourde oreille. Il est grand temps que les Libanais sortent de leur mutusisme, que l'Etat sorte de sa réserve, à l'égard de certaines ingérences dont on connaît l'origine. Le débat politique devrait graviter autour de ce choix: "Sauver les condottieris" ou sauver le Liban". L'Etat est l'unique garant de la souveraineté territoriale, il n'a nullement besoin de suppléant. Aussi est-il le garant de tous les droits et de toutes les obligations. Il le sera d'autant mieux, une fois revêtu de la confiance de tous les citoyens. Tout le reste est littérature, dont il va falloir se débarrasser à jamais.

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Fort de cette conviction, le Président Elias Hraoui, avec le franc-parler et la sincérité qui le caractérisent, a bien défini, récemment, le rôle de la Résistance, loin de toute inspiration étrangère, d'où qu'elle vienne. Et le chef de l'Etat d'ajouter: "Le Liban en a assez de voir s'ouvrir sur son sol, des boutiques œuvrant en faveur d'autres pays voisins ou lointains. Désormais, il faudrait traiter d'égal à égal avec les pays frères et amis. On ne peut plus leur ouvrir des supermarchés à nos dépens." Il était certes grand temps de mettre l'accent sur les graves conséquences de certaines immixtions étrangères, dont le simple énoncé heurte encore quelques esprits chagrins et les tabous que tout le monde connaît. Nul besoin d'en évoquer ici les ambiguïtés qui entravent le développement du Liban, à l'orée d'un millénaire impitoyable à l'égard des retardataires. Ce n'est pas en défiant l'Etat et ses institutions que l'on prétendra servir le Liban. Nul n'est prêt à tolérer de pareilles supercheries débouchant sur un chauvinisme xénophobe, hors du temps. Si l'on cède à cette logique abatârdie du nationalisme, l'identité du Liban perdrait toute sa raison d'être. Or, il n'en est pas du tout question. Il y va de notre crédibilité et de notre honneur. Les filières de l'intégrisme rampant, deviennent, chez nous, de plus en plus influentes; leurs activités et leurs manœuvres de plus en plus menaçantes; elles gagnent de jour en jour du terrain. De telles déchirures, de l'aveu même des responsables politiques et religieux, affectent, à long terme, une certaine conception de la République et par le fait même l'avenir du Liban au point de menacer ouvertement la démocratie pour laquelle les Libanais ont opté depuis la nuit des temps!

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Dans la conjoncture actuelle, le Liban, est-il devenu, sans le vouloir peut-être, un sujet politique dépassé? Une marchandise mise à l'encan, agressé au dedans et du dehors? Au dedans, il se doit de s'identifier à l'Etat, dans sa véritable réalité, universellement reconnue et prônée. Sans doute, il ne suffit pas de brandir l'Etat de droit, celui de tous nos vœux, mais d'en faire un organisme fort qui arbitre le bien civil, garantit les droits individuels et le respect des lois. Tout désaveu de l'autorité de l'Etat, devrait être condamné, que le veuillent les "Condottieris" ou pas. Encore, faut-il l'avouer: ce n'est pas uniquement au Liban que de tels endoctrinements fanatiques se produisent. Il y a décidément dans cette fin de siècle un syndrôme qui alimente les esprits chauvins, "patriotards". La marche du siècle finissant, nous entraîne, que nous le voulions ou pas, dans un univers déroutant, où toutes les valeurs et les bonnes mœurs sont bafouées, la notion même de nationalisme, n'en est pas exclue. C'est aux Libanais d'éviter ces avalanches hasardeuses et fatales, à tous les égards. Il n'y a certes pas de fatalité historique. Car rien ne se fait sans engagement. Soyons sur nos gardes. Le Liban est engagé, bon gré mal gré, dans un triple affrontement politique, économique et culturel avec son environnement: puisse-t-il en sortir indemne! Une double tâche s'impose désormais, à cette vieille civilisation, dont nous sommes fiers d'être les artisans: sauvegarder dans le contexte régional, sa figure de proue et les avantages acquis après tant de luttes et de sacrifices. Les revers de l'Histoire, ne devraient en aucun cas invalider notre volonté de se démarquer de toutes les tutelles. Les grandes consciences planétaires œuvrent en notre faveur, soyons conscients de ce qui nous attend. Le processus de paix sera-t-il revu et corrigé à la "Netanyahu", un virage des plus osés? Soyons prêts à toutes les éventualités aussi cruelles soient-elles!

José M. LABAKI.