LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Des députés ont attribué mardi au chef de l'Etat, à l'issue de l'audience présidentielle, des propos dont il ressort que. "Baabda ne tolérera pas des exceptions même pour une fois, dans la nouvelle loi électorale qui sera la même pour tous les Libanais". Cependant, la question du découpage des circonscriptions a été reportée jusqu'au retour du chef du gouvernement de Pékin.

ELECTIONS: OU LES 5 MOHAFAZATS OU LES CAZAS PARTOUT

Après ce qui vient de se passer aux élections israéliennes, il devient de plus en plus impérieux de renforcer, en l'unifiant, le front; intérieur sur des bases stables et les constantes libanaises, à savoir. la liberté, la démocratie, l'équité et l'égalité des chances. Cela suppose le déroulement des législatives dans un climat de liberté, afin de permettre aux Libanais de choisir leurs véritables représentants. Ce qui ne peut se réaliser sans une loi électorale juste et équilibrée, Or, celle loi n'a pas encore été élaborée, alors qu'elle aurait dû l'être depuis longtemps. De plus, on continue à se perdre en conjectures autour de la manière dont il sera procédé au découpage des circonscriptions. Et on entend dire dans certains milieux proches du Pouvoir, que la tendance est en faveur du mohafazat dans quatre des cinq districts. L'exception à la règle "pour une fois" (sic) se fera au Mont-Liban, afin de satisfaire M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés qui est en faveur de la petite circonscription, autrement dit le caza.

On peut lire la déclaration du leader du PSP ailleurs dans cette livraison où il émet ces réflexions, pou, le moins étranges: ".... Oui, Michel Murr est notre ami et allié... Mais si nous formions une liste MM. Murr, Bouez. Hobeika. A. Khalil et moi-même, notre échec sera garanti..."

On peut en déduire que Walid bey n'est pas rassuré d'engager la bataille électorale en ayant comme colistiers ces quatre noms... Aussi, insiste-t-il pour la petite circonscription et dans son optique, le Mont-Liban devrait être partagé en trois circonscriptions: Chouf-Aley, Jbeil.Kesrouan. Baabda-Metn-Nord. Ainsi, le "maître de Moukhtara" croit être sûr de l'emporter dans son patelin, en prenant ses distances de ses "amis et alliés" du Metn et du Kesrouan. En dépit de cela, le ministre de l’Intérieur se prête à son jeu. En effet, il a déclaré dimanche en quittant Bkerké (littéralement): "Nous respectons le point de vue du patriarche.., mais il ne faut pas aussi mécontenter Walid bey qui est acquis à la petite circonscription".

Oui, mais si d'autres leaders du Nord, du Sud ou de la Békaa posaient des conditions pareilles à celles du ministre des Déplacés, le ministre de l'Intérieur se soucierait-il de leur donner satisfaction? Dans l'affirmative, le loi électorale serait élaborée à la mesure d'une poignée de personnalités, même aux dépens de l'intérêt supérieur de la patrie... Non, ce n'est pas de cette façon qu'on assurera la liberté, la démocratie, l'équité et l'égalité des chances. Il faut que la loi électorale soit juste et équilibrée et le ministre des A-E-, pourtant proche du Pouvoir, l'a affirmé en quittant le siège patriarcal maronite dimanche dernier: "Pour être juste, le scrutin devra être organisé sur base des cinq mohafazats et, dans l'impossibilité d'opter pour cette formule, qu'il ait lieu sur base du caza dans tous les districts". La solution est aussi éclatante que la lumière du soleil... Cessons donc de chercher midi à quatorze heures .

LA DECENTRALISATION ADMISTRATIVE, NOUVEAU SUJET DE DIVERSION ?

S'agit-il d'une opération de diversion, destinée à détourner l'attention des citoyens du problème électoral ou d'une tentative visant à accroître la confusion autour de problème pour noyer le poisson? Et s'il s'agissait d'un à celui de la cane électorale? Le fait pour le ministre de l'Intérieur d'avoir annoncé la mise au point du projet relatif à la décentralisation administrative en moment précis, pose plus d'un point d'interrogation...

Le ministre a dit mardi que le mentionné avait été élaboré de deux années d'étude; qu'il avait discuté avec le chef du gouvernement et que consultations se poursuivront semaine prochaine, en vue de mettre le texte du projet dans sa forme définitive. De plus, il a rappelé que la décentralisation administrative qui n'a rien à voir avec le découpage des circonscriptions électorale, est prévue par l'accord de Taëf, son application étant de nature à renforcer les attributions des caimacams.

De son côté, le président du Conseil a assuré que ce projet n'avait aucune implication d'ordre politique "la décentralisation administrative ayant pour principal avantage de faciliter les formalités des citoyens, en ce sens que ceux-ci ne seront plus tenus de venir à Beyrouth pour les accomplir, ce qui leur économisera beaucoup de temps et d’argent"...

Tout cela est fort instructif, mais le ministre de l’Intérieur ne précise pas le mobile qui l'a incité à annoncer la mise au point dudit projet, au moment où le pays est préoccupé par la nouvelle loi électorale, sans laquelle le citoyen reste perplexe quant aux conditions conformément auxquelles les législatives seront organisées l'automne prochain.

Au moment où on s'y attendait le moins, le ministre de l'Intérieur a annoncé, de but en blanc, que le projet relatif à la décentralisation administrative avait été mis au point au terme de deux années d'étude. Le texte gouvernemental sera rédigé dans sa forme définitive et soumis, pour approbation, au Conseil des ministres. Beaucoup en ont déduit, qu'il s'agit d'une opération de diversion visant à détourner l'attention du problème électoral...

Comme nous l’écrivons au début de ces lignes, on est porté à penser que cette annonce peut avoir pour objectif de faire perpétuer la confusion, dans un but qui n'échappe à personne. Le ministre de l'Intérieur serait mieux inspiré s'il fournissait les indications que le peuple libanais souhaite obtenir, à propos de la loi électorale et affirmait que celle-ci ne serait pas à la mesure de candidats déterminés...

Il nous a plu d'entendre des députés attribuer au chef de l'Etat, à l'issue de l'audience présidentielle, des propos dont il ressort que M. Hraoui ne tolérera aucune exception et qu'une loi unique sera élaborée pour tout le Liban... Et que ce sera le caza ou le mohafazat partout, non les deux à la fois. Naturellement, on attendra le retour du chef du gouvernement de Pékin dans la seconde quinzaine de juin pour trancher le "noeud gordien" - qui n'en est pas un, celui qui le dénouerait acquérant la stature d'un héros national, comme Alexandre devint, en le tranchant d'un coup d'épée, le maître de l'Asie.

COMMENT COLMATER LA PERCEE DIPLOMATICO.COMMERCIALE D'ISRAEL DANS LE MONDE -ARABE?

Dans son premier discours, le premier ministre israélien élu, s'est voulu rassurant et a tenté de dissiper les craintes suscitées dans le monde arabe par son élection. Ainsi, il a promis de poursuivre le processus de paix, mais sans expliciter le fond de sa pensée, ni définir les conditions conformément auxquelles il compte engager le dialogue avec ses voisins. En fait, "Bibi" est resté dans la vague, ne révélant rien en ce qui concerne, notamment, la double échéance qui l'attend avec les Palestiniens, à savoir, le retrait militaire partiel de Hébron (prévu par l'accord sur l'autonomie qu'il s'est engagé à respecter) et la fermeture de la "Maison d'Orient", représentation officielle de l'OLP à Jérusalem-est. Mais il a clairement laissé entendre qu'il n'accepterait aucun compromis sur la Ville Sainte dont les Palestiniens revendiquent la partie orientale (annexée) en tant que capitale de leur Etat... Fait à signaler: Netanyahu a parlé de réconciliation interisraélienne, "les élections générales ayant provoqué l’éclatement de notre société: c'est notre principal objectif", a-t-il déclaré en rassurant les laïcs quant à son alliance avec les groupes religieux forcément extrémistes. La réconciliation, est, justement, l'objectif prioritaire que les Etats arabes devraient atteindre dans les circonstances présentes. D'ores et déjà, le président Hosni Moubarak a entamé les contacts nécessaires en vue de la tenue d'un sommet le plus élargi possible, à l'effet d'élaborer une stratégie arabe commune, destinée à contrer toute action que le chef de la droite israélienne s'aviserait d'entreprendre, à l'effet d'imposer la paix selon ses conditions. Car il n'a pas caché ses intentions et son idée de derrière la tête: il n'envisage pas d'évacuer les territoires occupés, le Golan notamment, et n'acceptera aucun compromis sur le statut de Jérusalem. Autrement dit, il ne souscrit pas au principe de la "terre contre la paix" adopté par la conférence de Madrid. Le président Moubarak a donc bien agi en prenant l'initiative de préparer un sommet arabe: le Rais a commencé par conférer avec le président Assad lundi. Il devait rencontrer le roi Hussein et Yasser Arafat deux jours plus tard à Akaba; puis, conférer samedi avec le roi Fahd et son homologue syrien à Ryad. Il importe, aujourd'hui plus que jamais, d'assainir les relations entre les pays Membres de la Ligue et d'éliminer les obstacles qui entravent je rétablissement de la solidarité interarabe, pour que ces pays puis sent faire face, avantageusement, aux changements résultant des élections israéliennes.

Les sommets arabes (restreints ou élargis) se succèdent, ayant pour but de resserrer les rangs et de les réunifier pour faire face à toutes les éventualités. Après la rencontre Hraoui.Assad, dimanche dernier à Lattaquieh; le chef de l'Etat syrien s'est abouché lundi avec son homologue égyptien au Caire. Puis, il y a eu la réunion Moubarak-Hussein-Arafat mercredi à Akaba et le sommet Fahd-Assad-Moubarak à Ryad.

Il faut reconnaître que les séquelles de la seconde guerre du Golfe rendent cette tâche malaisée. La Ligue arabe s'est mise de la partie et son secrétaire général, M. Esmat Abdel-Magid, a pris contact avec la Tunisie, président en exercice de l'organisme panarabe, aux fins d'examiner la possibilité de tenir un sommet élargi ou restreint. Bien des difficultés ont besoin d'être surmontées avant d'y parvenir: il faut, avant tout, rétablir les rapports entre l'Irak, d'une part, les pays du Golfe et la Syrie, d'autre part. ... Sans omettre de dissiper le froid qui caractérise les relations entre Damas, Amman et l'Autorité palestinienne, le président Assad reprochant au roi Hussein et à Abou-Ammar d'avoir signé des accords séparés avec Israël...

Il importe aussi, de colmater la percée diplomatico-commerciale israélienne dans les Etats du Golfe et du Maghreb.

ECHOS ET REFLEXIONS

LA ROUTE QUI TUE...

Déplorant l'effroyable accident de la route survenu samedi dernier à Bhamdoun, ayant causé la mort de 9 per. sonnes . dont cinq écoliers âgés entre 4 et 5 ans . et une quarantaine de blessés, le colonel Ajjaka, chef de l'organisme chargé du trafic automobile, a révélé que le nombre des accidents avait augmenté dangereusement au cours des derniers mois. De fait, on enregistre maintenant non moins de deux accidents mortels, en moyenne, par jour. En moins de 48 heures, deux poids lourds ont tout emporté sur leur passage à Bhamdoun et à Hazmleh, le second ayant occasionné, fort heureusement, des dégâts purement matériels. Ceci dénote, à n'en pas douter, une carence au ni. veau de l'organisme mention. né, probablement parce que ce dernier ne disposa pas d'un personnel qualifié et suffisant, ni de l'équipement nécessaire à l'accomplissement de son devoir. Nous pensons, surtout, à l'alcootest.

En ce qui concerne le "camion fou" de Bhamdoun, on peut dire que l'accident a été provoqué par l'une des causes suivantes: le chauffard conduisait dans un état d'ébriété ("le chauffard était ivre-mort" a titré un confrère); ou les freins du poids lourd se sont rompus en raison, soit de la vitesse extraordinaire du véhicule soit de son chargement (35 tonnes) dépassant la normale. Enfin, le colonel Ajjaka a parlé d'une quatrième hypothèse : le camion séoudien était engagé dans une course avec un autre camion... De quelque côté qu'on examine cet accident, la responsabilité des organismes... officiers est flagrante. Les représentants de l'ordre se sont contentés jusqu'ici de sévir contre les automobilistes roulant à contre-sens ou garant leurs voitures dans des endroits interdits sans plus. Tant qu'on ne retirera pas leurs permis aux chauffards conduisant en état d'ébriété et tant que les fous du volant resteront impunis, nos routes continueront à provoquer des hécatombes.

Edouard BASSIL.