LA TRIBUNE
PROCESSUS DE PAIX OU PROCESSUS DE VIOLENCES?
Toute l'économie israélienne et le système militaire de l'Etat juif reposent sur l'assistance américaine. Cet Etat reçoit des Etats-Unis, sous forme de prêts et de dons, 15 milliards de dollars par an. M. Clinton pourra-t-il user de cet argument pour amener M. Netanyahu à s'engager dans le processus de paix sur la base des principes posés à Madrid? Tout est là désormais. M. Clinton, comme tous ses prédécesseurs, n'a jamais râté une occasion de promettre solennellement aux Israéliens la garantie de leur sécurité en toutes circonstances. L'argent américain, les fournitures d'armes américaines et le parapluie américain ne suffisent pas à M. Netanyahu: il prétend pouvoir obtenir de la Syrie un traité de paix tout en conservant le Golan, maintenir l'armée israélienne en Cis-Jordanie et créer de nouvelles colonies dans ce territoire. "Pérès a trop fait de concessions aux Arabes. Nous ne donnerons plus rien. Il n'est plus question de "paix contre les territoires" mais de "paix contre la paix"; tel a été le thème de la campagne qui a mené le chef du Likoud au pouvoir.
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S'il se maintient sur cette position, M. Netanyahu prend beaucoup de risques. Le risque d'abord d'une nouvelle "intifada" en Cis-jordanie, beaucoup plus dangereuse que la première et la mise définitivement hors-jeu de son seul interlocuteur palestinien: Arafat. Le risque, ensuite, d'un nouvel isolement d'Israël sur le plan régional. Le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, l'Egypte et les Etats de la presqu'île arabique se verront obligés d'interrompre cette "normalisation" sur laquelle Israël avait fondé tant d'espoir pour développer son économie. Enfin, ces structures de négociations multilatérales issues de la conférence de Madrid et au sein desquelles Israël jouait un si grand rôle ne vont-elles pas être définitivement paralysées? On sait combien M. Pérès comptait là-dessus pour accélérer l'assimilation d'Israël au sein d'une économie régionale. Le Likoud traitait M. Pérès "d'utopiste". M. Netanyahu préfère prendre un pari sur une autre utopie: la paix par la force. Ce n'est plus la continuation du processus de paix qui est ainsi annoncée, mais le retour au processus de la violence. A la tête du gouvernement, M. Netanyahu pourrait modifier son optique de candidat. On peut toujours le souhaiter. Il lui faudra faire face à trois réalités incontournables: le besoin de paix de son peuple et de relations normales avec ses voisins, la pression internationale et singulièrement américaine.
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En premier lieu (et en définitive), c'est avec M. Clinton que M. Netanyahu aura à s'expliquer. Au point où il s'est personnellement impliqué, le président américain ne peut plus reculer. La crédibilité de sa démarche politique a été mise à mal aussi bien par M. Pérès, quand celui-ci avait déclenché ses "grappes de la colère", que par l'électorat israélien qui a récusé M. Pérès. Il s'agit maintenant, à la Maison-Blanche, de revoir les comptes, d'avoir sur la situation en Proche-Orient, une vision libérée des œillères du Likoud et des militaires. La "sécurité" d'Israël, qui fut le thème de la campagne électorale, n'est menacée par personne, sinon par Israël lui-même, par les phobies des extrémistes de la droite israélienne. Où se trouve l'intérêt de l'Amérique? Et quels sont ses moyens d'action sur l'opinion en Israël même? Il est temps pour M. Clinton de parler haut et clair et de mettre Israël au pied du mur (pas celui des lamentations).
RENE AGGIOURI.