BLOC-NOTES

VOTEZ, NOUS FERONS LE RESTE

ça n'a pas traîné. Vite fait. Emballé, ficelé. Enlevez, c'est pesé. Que ceux qui ne sont pas contents aillent paver la mer. Merci. La mer est déjà en train d'être pavée, non pas par ceux qui ne sont pas contents, mais par ceux qui ne le sont que trop. Le reste peut bien aller au diable ou bien aux urnes, ce qui, au Liban, est du pareil au même. Tout le monde est contre, nous dit-on. Le patriarche maronite, cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine, le président Hoss, le président Berri, le président Karamé, ceux du Nord et ceux du Sud, ceux de la Békaa et ceux de Beyrouth, ceux de la Montagne et ceux en exil. Sans compter le chef de l'Etat qui s'est engagé, à plusieurs reprises et publiquement, à ne pas signer une loi électorale qui ne serait pas la même sur l'ensemble du territoire libanais. Mais voilà, l'homme propose et… ou plutôt, Michel Murr propose et le ministre de l'Intérieur dispose. Résultat: une loi électorale à la va-comme-je-te-pousse, bancale, déséquilibrée, indéfendable, anticonstitutionnelle, dont personne ne veut, mais qui a l'insigne mérite de nous rassurer quant à la réélection de messieurs Murr et Joumblatt. Evidemment, chacun sait que sans l'un ou l'autre sur les marches du pouvoir, le Liban se retrouverait orphelin, la république veuve, la carte du Moyen-Orient serait à refaire, les priorités internationales à reviser et Benjamin Netanyahu ne trouverait plus à qui parler du Golfe à l'Atlantique. Dans ce cas, nous l'avons échappé belle. Rien que d'y penser, on en a des frissons! Bien sûr, bien sûr, il y a plein de grincheux qui ne cesseront de ronchonner. Il y a ceux qui prétendent que cette loi est sans précédent dans l'Histoire et même dans la préhistoire, qu'elle est ségrégationniste et antidémocratique. De plus illégale. C'est curieux, hein, qu'une loi puisse être illégale? Et ne vous avisez surtout pas de dire que cette loi (puisqu'il faut l'appeler ainsi) lèse telle ou telle communauté. Vous seriez mis à l'index, traité d'affreux confessionnaliste, d'isolationniste mesquin, de sombre fanatique, de crétin congénital et de paranoïaque. Passons… Passons sur un registre plus digne. Celui de la Constitution dont l'accord de Taëf, qui en fait partie intégrante, stipule que les législatives devront se faire sur la base des mohafazats. Donc, violer l'esprit et la lettre de cet accord est anticonstitutionnel. Même si l'on devait verser dans le sens de messieurs Murr et Joumblatt et dire que les textes ne sont ni l'Evangile, ni le Coran et qu'on peut les reviser, il n'en existe pas moins un processus légal pour le faire. Il faudrait, dans un tel cas, amender la Constitution par un vote des deux tiers de la Chambre des députés. Sinon… Eh! bien sinon, il y a quelque part, quelque chose qui s'appelle le Conseil constitutionnel qui peut - entre autres - être saisi par le chef d'une communauté religieuse ou par dix députés. On se demande si quelqu'un va oser franchir le Rubicon, en passant outre aux ukases venus d'ailleurs. Surtout que le ministre tutélaire de l'Intérieur ne l'entend pas de cette oreille, ni d'aucune autre oreille, puisque - comme sans doute vous l'avez déjà deviné - il a, lui, l'oreille de qui vous savez. Alors? Alors, allez voter, nous invite M. Murr. Pour qui? Pour la différence que ça fera vous pourrez tout aussi bien voter pour Sharon Stone, Mère Thérésa ou le Dalaï Lama. Ceux qui sortiront des urnes ont probablement été déjà "élus". Ne vous y trompez pas. Le mot "élu" ne signifie pas autre chose que "choisi". Et rien ni personne ne peut obliger un dictionnaire ou un ministre de l'Intérieur à dire par qui, et certainement pas par vous ou par moi. Nous, nous sommes priés de voter, ce qui est tout à fait autre chose.

ALINE LAHOUD.