DOSSIER ECOLOGIE

L'INTELLIGENTSIA LIBANAISE ET LA JOURNEE MONDIALE DE L'ENVIRONNEMENT

Le ministre Chawki Fakhoury au cours de sa remarquable intervention.

Un auditoire des plus attentifs.

Le comité central de l'Environnement des Lions et l'Association pour la protection du consommateur libanais (APCL) ont célébré le 5 juin des écologistes du monde entier par une conférence illustrée présentée à l'hôtel Riviera. L'assistance nombreuse et avertie comprenait surtout des membres de l'intelligentsia libanaise, des ténors de l'information, et des membres du corps médical, tous réunis autour du ministre de l'Agriculture, Me Chawki Fakhoury ainsi que l'ancien ministre Béchara Merhège, du représentant du Commandant en chef de l'Armée, de plusieurs députés "écologistes de cœur" dont M. Elias Skaff, président de la commission parlementaire de l'Environnement, de l'Agriculture et du Tourisme; le député Samir Aoun représentant le ministre Walid Joumblatt, les députés Mohammed Kabbani et Ibrahim Asmar.

L'INVENTAIRE DES FACTEURS DE POLLUTION

Le Dr Marcel Abinader, président de l'APCL et de la Commision centrale de l'Environnement des Lions a développé sa conférence intitulée: "Réalité de l'Environnement au Liban et son incidence sur la Santé publique". Il a commencé par citer les facteurs de pollution émanant de l'extérieur qui menacent toujours le Liban, terre et hommes. D'abord un souvenir ému pour les déchets industriels toxiques transfrontières jetés en 1987 sur les côtes libanaises et en mer, libérant des substances très dangereuses identifiées et citées dans un rapport complet présenté à l'Etat par le secrétaire de l'APCL, officiellement mandaté avec deux autres experts universitaires. Epaulés par le procureur Joseph Freiha et tout l'appareil judiciaire libanais, ils ont pu dans une première phase renvoyer à l'expéditeur italien au moins 6.000 barils des plus dangereux. Le conférencier a ensuite cité les déchets toxiques industriels rejetés en mer par Israël, menaçant gravement les côtes libanaises et syriennes, en particulier. La presse internationale ayant relevé l'inquiétude du roi Hussein de Jordanie sur les dangers de la vétusté de la centrale nucléaire de Dimona, le conférencier a proposé que le futur comité de surveillance, Liban, Syrie, USA, France et Israël soit habilité, en plus du contrôle du front chaud du Liban-Sud, à aller inspecter la ville industrielle de Haïfa, très polluante, ainsi que le site d'enfouissement des déchets nucléaires enterrés, au moins depuis 30 ans, dans le désert du Negev.

Beyrouth recouvert de sa chappe nocturne d'épaisses fumées asphyxiantes.

LA SANTE PUBLIQUE EN DANGER PAR LES INCINERATIONS ABUSIVES

Le Dr Abinader aborda ensuite les facteurs internes de pollution, et surtout l'absence des procédés modernes pour traiter les déchets ménagers et industriels jetés dans les décharges géantes (et à ciel ouvert) de Bourj-Hammoud et du jurd de Ouyoune el Simane où leur incinération quotidienne et anarchique crée des nuages très épais et âcres qui asphyxient surtout les habitants de la banlieue Nord de notre capitale ainsi que ceux de Faraya, Hrajel et Meyrouba... Et cela, à part les lyxiviats d'incinération noirs et épais surtout à Ouyoune el Simane, s'infiltrant dans le sol perméable, menaçant les sources sous-jacentes de Nabh el Assal et Nabh el Laban, et même, en fin de parcours, la puissante source de la grotte de Jeita qui alimente Beyrouth... Le Dr Abinader cite les maladies pulmonaires dues à l'air enfumé et vicié émanant actuellement dans la capitale suite à l'incinération abusive nocturne des masses géantes des déchets solides puants de la décharge de Bourj-Hammoud. Quant aux eaux traitées potables, elles sont de plus en plus issues d'eaux brutes de sources ou de rivières polluées par des infiltrations continues d'eaux d'égouts saturées, le plus souvent par des toxines et des virus dangereux ne pouvant être détectés au Liban, dépourvu d'institut de virologie. A noter aussi que depuis 4 à 5 mois, l'extraction effrénée de sable marin le long des côtes libanaises, de 18 à 30 mille mètres cubes par jour, pour des remblayages stupides, a éliminé les immenses prairies marines et notre richesse piscicole. D'après les études du pharmacien Pierre Malychef, cela se traduit - à part une destruction systématique des flores et faunes marines - par une raréfaction littorale de l'iode ambiant indispensable au corps humain qui doit en absorber par ses poumons, ou par le sel, ou encore de l'absorption d'aliments marins. La carence d'iode se traduisant surtout par des maladies de la glande thyroïde et par une mauvaise croissance chez les enfants. Le pharmacien Pierre Malychef a projeté ensuite une centaine de diapositives traitant des diverses pollutions dont la pollution marine émanant d'Israël, le danger des stations nucléaires vétustes, l'achat massif par Israël de farines contaminantes de vaches folles anglaises et des décharges malsaines et enfumantes...

Un exemple édifiant de décharge d'ordures dans le jurd d'Ouyoune el Simane.

UN PLAN QUINQUENNAL DE REBOISEMENT

A son tour, le ministre de l'Agriculture, M. Chawki Fakhoury a pris la parole mettant en relief la pauvreté actuelle de notre richesse forestière réduite à 6% du territoire national. Il a dénoncé vigoureusement les incendies criminels déclenchés par des bûcherons et certains propriétaires de carrières avides d'augmenter leurs surfaces d'exploitation aux dépens de nos belles forêts. Il a ensuite présenté son plan quinquennal de reforestation pour l'an 2.000, en utilisant les millions de plants d'arbres offerts et ceux produits par les pépinières de l'Etat. Pour l'exécution de ce vaste projet, il a cité le potentiel dynamique des écologistes libanais, des scouts, des élèves et étudiants, des éléments de la Défense civile et surtout de l'Armée libanaise qui depuis des années réhabilite notre patrimoine et procède à des campagnes de reforestation dans tout le pays. A titre de sanction, le ministre a proposé de "Sectionner la main qui coupe nos arbres", et cela par l'application de mesures très sévères. Clôturant la réunion, l'ancien ministre Béchara Merhej propose de réglementer sévèrement l'exploitation des carrières, surtout en les prohibant définitivement autour du Grand Beyrouth. Son slogan final: "Notre meilleure arme est de dire toujours la vérité quoiqu'il arrive, car c'est elle qui triomphera".

Ce navire-pompe projette sur la côte remblayée d'Antélias 24.000 mètres cubes par jour de sable marin souvent pollué de boues noires d'égouts.

Cet incendie provoqué, à plusieurs foyers, des forêts, surplombant les carrières de Bsalim-Roumié, a coûté la vie à deux soldats libanais luttant pour ciconscrire la catastrophe.