EDITORIAL

Par Melhem KARAM

EQUILIBRE DE L'APPREHENSION

L'Amérique se comporte comme si elle désire établir un équilibre entre les Arabes et Israël… Un équilibre portant chaque partie à tenir compte de l'autre… à appréhender l'autre. Sans que cet équilibre provoque la fermeture de la porte entre les deux parties, afin de continuer à tenir l'initiative en main… Et à appeler à la reprise des négociations de paix, dès que Benjamin Netanyahu aura fini de former son nouveau gouvernement. La rencontre islamo-chrétienne sur Jérusalem s'inscrit sous ce titre. C'est pourquoi, elle paraît "favorable" à la tenue du sommet arabe et lui demande de ne pas rompre avec Israël… Comme elle a demandé aux Arabes, jusqu'ici, d'atténuer le ton de la provocation au gouvernement israélien, avant la constitution de ce dernier et avant qu'il rédige sa déclaration ministérielle sur base de laquelle il sollicitera la confiance de la Knesset et la confiance des autres parties concernées par l'opération de paix. L'Amérique, elle, demande au Likoud, de ne pas constituer un gouvernement dont la "forme" laisse penser qu'il porte l'étendard de la guerre et, la déclaration ministérielle, que les "non" ne laissent pas de place à la paix. En échange, elle encourage la rencontre turco-israélo-jordanienne. Car le temps est arrivé de laisser à l'Etat hébreu toute latitude de parvenir à des relations économiques et sécuritaires avec d'autres Etats. Parce qu'Israël a été empêché durant cinq ans, de jouir de relations naturelles dans la région. Le sommet du 21 juin… le sommet du Caire… sera le sommet du poids arabe. Le gouvernement du Likoud sera-t-il le gouvernement de la compréhension israélienne? Surtout que le poids arabe n'a pas atteint le ton qu'utilise quiconque désire guerroyer? A ce moment, on peut dire que l'équilibre de l'appréhension existe. Et à ce moment, sera davantage ouverte la porte de la reprise des paroles sur les négociations. Bien que le chemin de Wye Plantation ne semble pas ouvert d'ici à une longue échéance. Toujours est-il que l'angoisse arabe persiste… en dépit des exhortations américaines. Les justifications de l'angoisse arabe, elles aussi persistent. Parce que les propos du Likoud, avant, durant et après les élections, sont loin de la dissiper. Et parce que le peuple israélien juif… le peuple, cette fois, non l'un de ses particuliers, a porté une arme face à Yitzhak Rabin et promis à Shimon Pérès une fin pareille… le peuple israélien juif a entendu les paroles du Likoud… et élu les options du Likoud. C'est lui qui, aujourd'hui, acclame les paroles du Likoud et devient un arbitre résidant dans l'Etat d'Israël. Les propos des pilonneurs de Cana… et des vies à Cana porteront la preuve suffisante de cela le jour où on leur réclamera des comptes… Et les paroles des gens du Likoud sur le sommet arabe… les paroles prononcées en Turquie par le chef de l'Etat israélien… comme les paroles sur le Golan, il est interdit de les répéter… De même que les paroles sur Jérusalem en tant que "capitale éternelle d'Israël" et les prises de position du Likoud envers les Palestiniens. Tout cela laisse-t-il la porte ouverte, de l'avis des Américains? Naturellement, l'Amérique paraît insatisfaite de tout cela, car l'Amérique est sérieuse dans l'opération de paix, celle-ci faisant partie d'éléments utilisés par l'Amérique démocratique pour ramener son président actuel à la Maison-Blanche. Cependant, l'Amérique qui sait et veut, a perdu le troisième des piliers de la position… Est tombé pour elle le pilier de la capacité, après l'élection par Israël du leader du Likoud en tant que chef du gouvernement… Comme si de la sorte, il répliquait au sommet de Charm el-Cheikh. Nul ne dit que l'Amérique a lâché Israël, parce que les juifs d'Amérique sont engagés vis-à-vis du chef du gouvernement d'Israël. Quel que ce soit ce chef. Cela signifie qu'Israël est la métropole des juifs dans le monde, non l'Amérique… Cela signifie, aussi, que la proposition d'Israël engage les juifs dans le monde… surtout en Amérique. Nous rappelons certaines paroles partant du désir d'améliorer la lecture. L'opération du 10 mai 1996… celle du "Hezbollah" ayant causé la mort de cinq soldats israéliens… a entraîné une mobilisation générale en Israël; une mobilisation politico-militaire. Une réunion entre Pérès et Netanyahu. Et des propos de Pérès après la rencontre, dont il ressort que l'opération n'a pas violé "l'arrangement d'avril", ni les paroles des autres… des observateurs et des émetteurs d'opinion… selon lesquelles "l'arran-gement d'avril" est violé par le "Hezbollah", parce que les éléments du "Hezbollah" opèrent à partir de leurs villages… et y retournent après leur opération. Les paroles se succèdent… Uri Or, vice-ministre de la Défense, dit que l'opération des "Grappes de la colère" était quelque chose d'une liquidation de compte… Et au Liban, il n'y a pas eu un accord de cessez-le-feu… mais il y a eu une entente autour de la préservation des civils. Si ces derniers sont visés, le gouvernement se doit de riposter de manière à mettre un terme à cela… sans toucher aux civils… Il ne reste rien qu'on ne connaisse pas au Liban… Et Or se taît pour que la télévision dise: Passer sous silence la perte de neuf tués en une semaine n'est pas permis, abstraction faite de ce que "l'arrangement d'avril" a été violé ou pas. Le chapelet s'effiloche… Le ton monte et les propos durcissent. Ceux qui les prononcent sont candidats aux postes de ministres dans le gouvernement à mettre sur pied. Où sont les indices de la paix dans tout cela? L'équilibre de l'appréhension est un pas. Les Arabes l'ont franchi. Le Likoud le franchira-t-il à son tour? Et écoute-t-il les paroles sincères… les paroles de la rencontre christiano-islamique sur l'arabité de Jérusalem? Et toute autre parole sage? Le Likoud leur prête-t-il une oreille attentive ?