LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Après avoir été reçu à Damas par le président Assad, M. Walid Joumblatt a conféré mardi avec le président Hraoui à propos du projet de la nouvelle loi électorale (confectionné à sa mesure) et présenté par le chef de l'Etat comme "la meilleure formule possible". Le projet devait être approuvé mercredi par le Conseil des ministres, en dépit de l'opposition des ministres des A.E. et de la Défense. Toutefois, ceux-ci sont opposés au boycottage des législatives.

LE PROJET DE LOI ELECTORALE, UNE "HERESIE CONSTITUTIONNELLE"...

Le chef de l'Etat avait promis de s'opposer à tout projet de loi électorale comportant des "exceptions" sur le plan du découpage des circonscriptions. Or, un tel projet a été élaboré et devait être soumis, mercredi, pour approbation, au Conseil des ministres, avant d'être transmis à la Chambre des députés pour ratification. Comme on l'aura appris, le texte gouvernemental comporte une "exception" de taille: le scrutin se déroulera dans quatre districts (Beyrouth, Liban-Nord, Liban-Sud et Békaa) sur base du mohafazat et au Mont-Liban sur base du caza. Aussi, a-t-il suscité des réactions mitigées, sinon hostiles. La première ayant émané d'un proche du Pouvoir, en l'occurrence le ministre des Affaires étrangères, qui a qualifié le projet mentionné "d'hérésie constitutionnelle". Un autre membre du gouvernement, le ministre des Transports, a émis cette réflexion: "Il faut qu'il y ait un seul avis et une seule attitude au plan électoral, pour le prestige de l'Etat dans le concert des nations". Un troisième ministre, celui de la Défense, a déclaré à Bkerké mardi, à l'issue d'un entretion avec S. Em. le cardinal Sfeir: "Toute loi électorale doit tendre à assurer la représentation nationale et ceci seule la petite circonscription peut le garantir" Pourquoi dans ce cas ne pas généraliser le caza? Autre constatation d'un ancien ministre: "Le projet vise à inciter une partie des citoyens à ne pas participer à la vie politique". De plus, il a regretté que "les observations du patriarche maronite n'aient pas été prises en considération". Et qu'en pense le patriarche Sfeir: 'Le projet,. soutient-il, ne tranquillise pas les citoyens", ses nombreux visiteurs de toutes les classes et les conditions, lui attribuant des propos qui traduisent sa déception. Car on lui avait promis une loi électorale équilibrée donnant satisfaction, sinon à tout le corps électoral, du moins à l'écrasante majorité des électeurs. De Paris, le "amid" Raymond Eddé appelle déjà au boycottage des législatives, alors que la "troïka" de l'opposition (Gemayel - Aoun - D. Chamoun), ne cache par son désappointement et met en garde contre "l'adoption d'une loi qui n'assure pas aux Libanais toutes le garanties consignées dans la Constitution". Le simple fait pour le Pouvoir de ne pas prêter une oreille attentive à toutes ce opinions et observations, pourtant émises par des personnalités jouissant, quoi qu'on dise, d'une crédibilité non sujette à contestation, témoigne d'une mauvaise foi flagrante de la part de ceux qui nous gouvernent. Le chef de l'Etat avait suggéré une proposition qui n'a pas été retenue pour les raisons que l'on sait et beaucoup de LIbanais préconisent l'organisation des législatives sur base de la petite circonscription: pourquoi dans ce cas, opter pour le caza au Mont-Liban et pour le mohafazat dans le autres districts? Cette "hérésie" (Bouez dixit) aura pour première conséquence de faire élire un député au Mont-Liban par un nombre limité de voix, variant entre 30 et 50.000, alors qu'un candidat à la députation dans les autres districts devra obtenir le quintuple de ces suffrages pour avoir accès au parlement. Quelle aberration!

La "troïka" du pouvoir fait école. En effet, l'ex-président A. Gemayel, le général Aoun et M.D. Chamoun ont scellé leur alliance mardi à Paris. Au terme d'une nouvelle rencontre, la troisième en moins d'un mois, les trois hommes ont décidé d'unifier leur position et de coordonner leur action aux fins d'atteindre leurs objectifs communs qui n'ont plus besoin d'être rappelés.

LA "TROIKA" DU POUVOIR ET CELLE DE L'OPPOSITION

La troïka (ou le triumvirat) du Pouvoir a fait école à l'étranger; plus exactement dans les rangs de l'opposition (libanaise)... en exil. Les Libanais connaissaient la première, celle formée des chefs de l'Etat, du Législatif et du gouvernement et beaucoup d'entre eux se formalisaient de son action, parce qu'à leur avis, elle coiffait les institutions étatiques et s'est, en quelque sorte, substituée à elles... Jugeant, sans doute, que cette forme de procéder des gouvernants leur a réussi - bien que souvent ceux-ci ont recours à Damas pour régler leurs litiges - les "grands opposants" établis en France ont, finalement, résolu de se retrouver à l'approche des législatives, aux fins de coordonner leurs activités et de s'entendre autour d'une stratégie commune susceptible de les aider à atteindre leurs objectifs. De fait, l'ex-président Amine Gemayel, le général Michel Aoun et M. Dory Chamoun intensifient leurs rencontres à Paris. Ils ont déjà tenu deux réunions à la Haute-Maison, lieu de résidence du Général, en l'espace de deux semaines. Celle de mardi dernier a porté sur les élections générales de l'automne - auront-elles lieu dans le délai constitutionnel? - et, aussi, sur le mécanisme conformément auquel l'opposition exercera son action au double plan local et international. MM. Gemayel, Aoun et Chamoun se retrouveront de nouveau dès que l'ancien chef de l'Etat et le leader du Parti national libéral retourneront, respectivement, de Rome et de Londres. En effet, le premier devait conférer avec S.Em. le cardinal Nasrallah Sfeir, patriarche Sfeir, qui se trouvait, alors, au Vatican, alors que le second était invité à exposer la situation au Liban et au Proche-Orient devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes. Dès son retour dans la Ville-Lumière, le chef des Libéraux s'abouchera avec le "amid" Raymond Eddé dans un double but: l'informer de la teneur des délibérations à la Haute-Maison et le convaincre de se joindre à la "troïka" opposée à l'accord de Taëf que le leader du Bloc national ne porte pas dans son cœur... L'ancien chef du gouvernement militaire et les deux autres membres de la "troïka" (de l'opposition) voudraient bien voir M. Eddé grossir leur rang, en raison de l'impact que son ralliement peut produire sur l'opinion libanaise. L'action des "Trois" s'en trouverait renforcée et acquerrait une plus large audience auprès des milieux étrangers, français notamment, que le "amid" a pu convaincre de la justesse de la cause libanaise et de la nécessité pour eux de la soutenir. Est-il besoin de rappeler que depuis son accession à la magistrature suprême, le président Jacques Chirac a reçu plusieurs fois le leader du B.N. à l'Elysée, la dernière audience qu'il lui a accordée ayant eu lieu une semaine avant la visite que le chef de l'Etat français a effectuée au Liban. Mais, comme on le sait, le fait pour M. Eddé d'être "allergique" à l'un des membres de la "troïka" (de Paris) - on sait lequel - l'a empêché jusqu'ici de se joindre à elle, bien que les "quatre" visent le même objectif, œuvrent en faveur du pays des cèdres et pour le bien de son peuple... Acceptera-t-il, cette fois, de mettre une sourdine à son "allergisme" et de rallier les "Trois mousquetaires"?

Investi Premier ministre par la Knesset après la formation de son Cabinet, Benjamin Netanyahu offre aux dirigeants arabes de négocier, sans conditions préalables, en vue d'une paix juste et durable. Le sommet du Caire (21-23 juin) contraindra l’énigmatique chef de la droite israélienne à révéler, enfin, ses plans et à jouer cartes sur table... Le président Weizmann (ici en compagnie du premier nonce apostolique en Israël), avait recommandé la formation d'un Cabinet d'union.

LE PROGRAMME DE NETANYAHU, POUR LA CONSOMMATION INTERIEURE?

Après la déclaration ministérielle de son gouvernement, dont il a donné lecture lundi dernier à la Knesset, on est porté à se demander si le programme du successeur de Pérès est destiné à la consommation intérieure! En effet, il y réitère ses trois "non" qu'il n'a cessé de ressasser au cours de sa campagne électorale, à savoir: Non à l'Etat palestinien. Non à la division de Jérusalem "qui restera la capitale éternelle d'Israël". Non au retrait des hauteurs du Golan considéré comme une "zone stratégique" pour Eretz Israël... D'autre part, on prête à Netanyahu l'intention de visiter le Caire et Amman, à l'effet de s'entretenir avec le président Hosni Moubarak et le roi Husein des moyens à mettre en œuvre pour instaurer la paix au Proche-Orient. Du côté américain, on se montre optimiste quant à la reprise des négociations arabo-israéliennes. "M. Netanyahu, a dit M. Dennis Ross, coordonnateur US, peut facilement traiter avec le président Hafez Assad et mieux que ne le ferait Shimon Pérès, la Syrie étant considérée comme l'axe fondamental de l'opération de paix" (sic). Puis, M. Warren Christopher est attendu la semaine prochaine à Tel-Aviv où il doit préparer la visite du nouveau chef du gouvernement israélien à Washington. Dans le même temps et en sa qualité de doyen d'âge de la nouvelle législature, M. Pérès a prononcé le discours traditionnel, dans lequel il a appelé la Knesset "à œuvrer en faveur de la paix, celle-ci étant le vœu de notre peuple". Le président Ezer Weizman, présent à la première séance du nouveau parlement a, quant à lui, engagé les parlementaires à mettre une sourdine à leurs conflits et à rechercher des dénominateurs communs en vue d'accélérer le processus de paix". Reste à savoir, si le nouveau Premier ministre qui dispose de l'appui de 66 des 120 députés de l'Assemblée nationale, agira dans le sens préconisé par le chef de l'Etat. Disposant de la majorité parlementaire requise - ce qui l'a incité à renoncer à son idée de constituer un Cabinet d'union nationale (avec le parti travailliste - Netanyahu serait enclin à durcir sa position. Il a, d'ores et déjà, promis, sur l'insistance des partis religieux, de renforcer les colonies de peuplement en Cisjordanie - est-ce pour rien qu'il a confié à Ariel Sharon le portefeuille de l'Habitat? - et d'utiliser l'armée partout où il le jugera nécesaire en vue de sauvegarder la sécurité du peuple israélien. Pendant ce temps, les préparatifs du sommet arabe vont bon train au Caire. Damas durcit sa position et hausse le ton, désespérant de parvenir à récupérer le Golan par le dialogue... Tout compte fait, c'est le chef du Likoud, en l'occurrence Menahem Begin qui a négocié l'accord de Camp David avec le président Sadate, accord en vertu duquel l'Egypte a signé un traité de paix avec Israël et récupéré le Sinaï. Se peut-il que Netanyahu emboîte le pas à Begin. Et dans ce cas, est-il possible que sa déclaration ministérielle soit destinée à la consommation intérieure? Le proche avenir apportera une réponse convaincante à cette question.

ECHOS ET REFLEXIONS

LA PRESSE D'EGYPTE EN EMOI...

Le sommet arabe du Caire semble devoir se tenir dans une atmosphère enfiévrée, provoquée et entretenue par nos confrères égyptiens, dont le président du syndicat, Ibrahim Nafeh, directeur d'Al-Ahram, a démissionné il y a une semaine, en signe de protestation contre la nouvelle loi sur la Presse dont le parlement a été saisi. M. Nafeh s'est ainsi solidarisé avec les douze membres du bureau de la même corporation qui s'étaient démis, collectivement de leur fonction, quelques jours plus tôt, pour le même motif. Tout en étant un proche du président Hosni Moubarak, M. Nafeh ne cache pas son hostilité à la nouvelle loi qui restreint, à son avis, la liberté d'expression. Aussi, le Raïs lui a-t-il promis, au cours d'une entrevue, d'user de ses prérogatives, afin que la nouvelle législation préserve la liberté de la Presse et efface les séquelles de la loi de mai 1995. Cette dernière avait suscité des remous l'an dernier et avait été qualifiée de "loi pour le baîllonnement du Quatrième Pouvoir", parce qu'elle portait à quinze ans de prison, la peine sanctionnant les crimes d'outrage et de diffamation... Le gouvernement avait accepté d'y apporter des amendements dans le sens souhaité par le syndicat, tout en durcissant les peines frappant vingt-deux autres délits. Autrement dit, il a pris d'une main, ce qu'il a donné de l'autre. Si le parlement ratifiait mercredi la loi en question sans la réviser, comme le réclament les journalistes égyptiens et sans satisfaire leurs revendications, ceux-ci devraient tenir une assemblée générale extraordinaire pour décider de l'attitude à adopter... Cette affaire est mal venue au moment où le premier sommet arabe depuis six ans se tient sur les bords du Nil, ce qui risque de ternir le climat serein dans lequel il doit se dérouler... ...Et surtout, suite à la décision de la Fédération des journalistes arabes de ramener son siège central à la capitale égyptienne, après l'avoir transféré il y plusieurs années à Bagdad.

Edouard BASSIL.