L’Homme et l’ordinateur.

Univers onirique où se mêlent aventure, action, culture, et autres découvertes fascinantes...

Véritable compagnon de l’Homme -entendez le mâle-, l’ordinateur personnel lui est devenu indispensable. Plus son volume et son poids diminuent plus il s’immisce facilement dans nos vies.

Conçu à l’origine pour nous simplifier les choses, l’ordinateur peut s’avérer être une véritable source de tracas. Son architecture, bien qu’évoluée le cantonne parfois à des messages d’erreur causant sa paralysie pure et simple. Désagréable lorsqu’on travaille sur un document depuis plusieurs heures sans avoir effectué d’enregistrements. Mais l’utilisateur confirmé est un familier de ces aporismes. Les nuits blanches passées à “récupérer” un dossier disparu dans les entrailles du disque dur lui ont enseigné l’expérience des sauvegardes régulières. Le nez collé à l’écran, il se jure d’éteindre “dans cinq minutes...” Et c’est se faire violence que d’appuyer enfin sur le bouton OFF.

L’ordinateur est censé être notre serviteur dévoué ; mais les retournements de situations ne sont pas rares et l’utilisateur de devenir l’esclave de la machine... Cet asservissement est un trait caractéristique des années 90, où l’on devient prisonnier de la technologie qui envahit notre quotidien.

A quoi sert de vivre quand on n’a pas le temps de vivre ?” Triste constat de Douglas Coupland dans son dernier livre “Microserfs”. Ou bien est-ce là une simple affirmation réaliste et désabusée ?

Douglas Coupland, auteur de Génération X” et “Microserfs”.

Les “héros” de l’œuvre de Coupland ne sont autres que des employés de la multinationale de Bill Gates : “Microsoft”. Ces Nerds (passionnés d’ordinateurs), petits génies en herbe se vouent corps et âme à saint Bill, gagnent des millions, habitent les endroits huppés de la Silicon Valley (la Mecque de la technologie informatique) et rêvent en assembleur (1) voire en HTML (2)... Ils sont l’archétype de la réussite couplée d’une faillite sociale et sentimentale. Douglas Coupland, déjà auteur de “Generation X” est un bon romancier, mais ici, il n’a pas eu besoin de se creuser trop la tête car ayant lui même travaillé chez Microsoft, il parle en connaissance de cause. “Je suis célibataire. J’en attribue partiellement la cause au fait que Microsoft n’incite pas aux relations soutenues. L’année dernière, j’ai rencontré une fille à la Conférence Mondiale des Développeurs Apple à San Jose. Elle travaille près d’ici, chez Hewlett-Packard sur l’A90, mais l’affaire n’a pas eu de suite. De temps en temps, j’ai une petite histoire, mais le travail me prend toute ma vie. J’annule les rendez-vous et la romance tombe à plat.” Terrifiant microcosme qui borne ses employés à travailler pour travailler et non plus travailler pour vivre, la vie étant en option, à moins - et c’est le cas de Coupland, qui a quitté ses employeurs après quelques mois - de s’en affranchir.

Alors, quelle est la raison de cet engouement international pour les micros ? L’explication est élémentaire. L’ordinateur est un outil qui décuple la créativité. Et un moyen d’épanouissement à utiliser en doses homéopathiques. Passé le cap du Nerd et autres Geek (3) on comprend aisément l’augmentation de la fréquence d’utilisation d’un micro. Des études ont démontré que les accros du Net (4) sont autant de clients en moins du petit écran. Ce fait n’a pas manqué d’éveiller l’intérêt des publicitaires qui ont aussitôt transféré une part de leur budget sur le Web (5).

Nous laissons des traces...

Gestionnaire de notre quotidien, l’ordinateur sait tout de nos faits et gestes, de nos préférences de consommations. Il est en mesure de révéler le jour et l’heure exactes de ces habitudes. En somme, l’ordinateur bien que dépourvu d’âme, contient nos vies... Notre Histoire est stockée dans des mémoires gigantesques. Nos émissions favorites, nos automatismes d’achats, notre assiduité à visiter les salles de cinéma, ainsi que notre consommation d’électricité, d’essence également... L’introduction et la multiplication de l’informatique représenteraient-elles une menace pour notre vie privée ? Nul ne peut l’affirmer. En revanche, étant fichées depuis des décennies, nos existences sont des numéros dans une base de données mondiale...

Les ordinateurs portables sont aujourd’hui dotés d’une puissance égale à leurs homologues de bureau.

Quand on commence à idolâtrer la machine, la catastrophe sociale n’est jamais loin”, déclare Paul VIRILIO, dans son ouvrage “Cybermonde, la politique du pire”. Preuve d’un vide important qui se trouve comblé par la machine. Mais sa soif d’emprise la révèle plus habile qu’elle n’y paraît. Cinéma, presse, télévision, le PC (Personnal Computer) tend à supplanter les autres médias en s’accaparant l’attention exclusive de l’homme, d’où les recherches en matière de reconnaissance vocale destinées à permettre à l’utilisateur une concentration limitée voire périodique. Ce dernier "dialoguera" avec l’ordinateur qui exécutera les tâches au doigt et à l'oeil. La rédaction d'une lettre et son impression correspondra ainsi à un idiome tel que "typrinfi" pour "type and print file".

L’informatique a cependant dopé bien des milieux. Du journalisme (presse informatisée, acheminement de l’information...), à la médecine en passant par l’architecture ou le marketing, il n’est plus une profession qui ne soit partiellement ou totalement investie par la trilogie : unité centrale, écran, souris.

L’ordinateur devenu complice, ami (de nos nuits blanches) ne demande rien en échange sinon quelques ajouts majeurs et un entretien aléatoire. Un peu plus de mémoire lui donnerait un coup de fouet et un disque dur de bonne capacité lui ferait le plus grand bien.

Le monde, c’est ce que vous promet le cyber...

L’avenir ?

L’ordinateur tendra à devenir de plus en plus “humain”, doté d’une réflexion accrue à défaut de sentiments. La fusion de l’Homme et de la machine fera de l’Homme un être “connecté”, toujours joignable et en contact permanent avec diverses sources d’informations. On peut déjà percevoir ce progrès sur certains véhicules de luxe, équipés d’un système de guidage électronique indiquant le chemin restant et éventuellement l’itinéraire à suivre pour éviter les embouteillages. Les ordinateurs portables sont aujourd’hui dotés d’une puissance égale à leurs homologues de bureau. Ils intègrent couleur, son, et même des modems permettant une connexion à l’Internet. L’Homme devenu un véritable nomade, sera suivi partout de son bureau ambulant... au risque de mordre sur les plates-bandes de sa vie privée.

L’arrivée d’Internet dans les foyers, n’a rien arrangé au phénomène d’accoutumance dont est victime notre mâle(heureux). Il y passe en moyenne 10 heures par semaine en plus de l’utilisation basique de son ordinateur (traitement de textes, loisirs, etc.)

La diminution de la consommation online n’est que très rare. Et l’on passe généralement plus de temps en ligne que dans la vie réelle. Cette dépendance se traduit par des insomnies chroniques et une nervosité à fleur de peau. Une fois le processus enclenché, difficile de faire machine arrière au risque de sentir un certain manque...

Présent dans tous les domaines -ludique, professionnel, économique, familial- l’ordinateur est d’une force tentaculaire. Il n’est pas question de le combattre mais plutôt de l’apprivoiser. Véritable compagnon de route , il est devenu dans certains foyers ou bureaux aussi indispensable qu’un banal téléphone. Il peut par conséquent être à l’origine de scènes de ménages. A ce sujet, quantité de femmes mariées, se plaignent de l’intérêt croissant que leur conjoint accorde à ce satané “engin”, les reléguant ainsi au second plan.

Petit aperçu du multimedia et ses variantes.

L’homme et les jeux...

Ceci est un autre problème qui peut s’avérer grave; la durée moyenne d’une partie étant de 20 minutes. Pour peu que notre aventurier soit un acharné, il y restera environ deux heures qui lui sembleront - et à lui seul - courtes... Un jeu d’aventure/action tel que DOOM, a connu un succès planétaire et peut également se jouer en réseau (plusieurs ordinateurs reliés entre eux de par le monde !). Son frère aîné se nomme DUKE NUKE’EM et s’accommode quant à lui d’une version gore qui ne lésine pas sur l’hémoglobine ! Adieu donc vie sociale et conjugale... N’en rajoutons pas. Toutefois, il est vrai que chaque évolution dans le domaine de l’informatique s’accompagne de symptômes d’obédience. Nous ne ferons nullement ici le procès des internautes... Mais il est clair que les accros du Net sont les plus représentatifs de ce phénomène.

Nombre de sites sont consacrés à ce nouveau syndrome : le “Webaholics support group”, ou encore le “Center for Online Addiction” se chargent de répertorier et parfois guérir les maux de cette nouvelle race de patients. Ne souriez pas lorsqu’une charmante jeune femme vous confie ses tracas, affectée par l’absence, tant physique que morale de son mari. C’est une CyberWidow (Cyber Veuve[6]) ; et elles sont nombreuses, ces dames lâchées par leur surfeur (7) de mari ! Les proies de l’ «Internet Addiction» ne dorment plus, se contentent de nourriture primaire, ensorcelés qu’ils sont par cet énorme espace virtuel et négligeant la R.L. (Real Life). De fait, certains utilisateurs soucieux de retourner aux «vraies valeurs» et rejetant ce monde robotisé, se séparent de leur poste de télévision et renouent avec le charme des bonnes vieilles machines à écrire.

Mais qu’importe, l’ordinateur personnel poursuit sa percée (les ventes de micro-ordinateurs augmenteront de 20% en 1997) et force est de constater qu’il a le vent en poupe.

Saër KARAM

(1) Langage machine.

(2) Langage de programmation sur le Web d’Internet.

(3) Zinzin d’informatique, moulineur de code habituellement décrit comme «potache binoclard sans nana». Dixit «Microserfs».

(4) Abréviation d’Internet.

(5) Partie graphique de l’Internet.

[6] Terme générique désignant le multimédia et l’univers des réseaux.

(7) Terme attribué aux pratiquants du Web.

Paru dans le supplément "Spécial Homme" de la Revue du Liban N°1898.