D'UNE SEMAINE A L'AUTRE
LA POSITION DU PATRIARCHE SFEIR
Les milieux officiels et politiques se sont arrêtés longuement devant l'homélie que le cardinal Nasrallah Sfeir a prononcée dimanche dernier, par laquelle il a défini sa position envers le projet de la nouvelle loi électorale. Ces milieux n'ont pas été surpris par la teneur du sermon patriarcal et s'y attendaient, d'autant que le projet gouvernemental ne tient pas compte des observations émises par l'éminent prélat, que le chef de l'Etat avait promis de satisfaire, lors de sa récente visite à Bkerké. "Comment, s'est demandé Sa Béatitude, prétendent-ils traiter les citoyens sur le même pied d'égalité, alors que le découpage des circonscriptions n'est pas pareil partout? Ainsi, les électeurs dans les cazas du Mont-Liban auront à choisir dix députés, dont l'élection n'exige pas plus de 10.000 voix, alors ceux des mohafazats doivent élire près d'une trentaine de parlementaires, chacun de ces derniers ayant besoin de plus de 100.000 voix pour accéder à la chambre. "On peut donc en déduire, a ajouté Mgr Sfeir, qu'il existe deux sortes d'électeurs et de députés". Le patriarche s'est, également, élevé contre l'intention prêtée au gouvernement de porter de 128 à 132 le nombre des membres de l'Assemblée... Mais le Conseil des ministres s'est prononcé lundi contre l'accroissement des effectifs de la Chambre sous "prétexte que "la conjoncture politique ne s'y prête pas"...
MISE AU POINT MINISTERIELLE A PROPOS DE ENFEH
Suite à la polémique instituée autour du port de Enfeh (Liban-Nord), dans laquelle les ministres des Transports et de l'Information sont impliqués directement, M. Michel Eddé, ministre de la Culture et de l'Enseignement supérieur, a fait une mise au point pour tirer les choses au clair. M. Eddé indique que l'UNESCO a dépêché deux de ses experts, à l'effet d'inspecter la région de Enfeh. Ceux-ci ont accompli leur mission et présenté un rapport au ministère de la Culture en charge des fouilles et des vestiges archéologiques. M. Eddé a, également, demandé à l'UNESCO de confier à un expert de renommée mondiale, le soin de préparer un rapport scientifique sur la question. Le ministre de la Culture dément les informations et rumeurs faisant état d'une prétendue intervention du ministre de l'Information. "M. Makari, précise-t-il, a tout simplement recommandé l'aménagement d'un port de pêche s'espaçant pour tous les pêcheurs qui se trouvent à l'étroit dans le port actuel. Mon collègue a agi partant de son souci de préserver la richesse archéologique dans cette région nordiste". M. Eddé précise, d'autre part, que des constructions ont été bâties et des cimetières aménagés dans le secteur, le ministère se préoccupant, actuellement, de mettre en valeur les vestiges de Enfeh, en coopération avec les experts de l'UNESCO".
L'ACTIVITE ELECTORALE DE HARIRI
En dépit de sa décision de ne pas poser sa candidature aux prochaines législatives, le président Rafic Hariri a formé une "équipe de travail" ayant pour tâche de maintenir le contact avec les candidats à la députation dans les différentes circonscriptions. Et ce, en prévision d'éventuelles alliances à conclure avec ceux qui sont assurés d'accéder au parlement. Le président du Conseil se préoccupe de garantir le soutien du plus grand nombre possible des futurs parlementaires, afin d'assurer son maintien au Sérail le plus longtemps possible…
L'OPINION DES KATAEB
Invité à émettre l'opinion des Kataëb à propos de la nouvelle loi électorale et de la participation aux prochaines législatives ou de leur boycottage, Me Mounir el-Hajj, vice-président du parti, s'est prononcé en faveur de la "participation". "Le projet gouvernemental, dit-il, ne porte pas à l'optimisme. Toujours est-il qu'à l'instar de l'Etat, l'opposition est appelée à jouer un rôle dans la consultation populaire… Il semble que les opposants ne traitent pas cette affaire avec positivisme et rationalisme".
L'AMBASSADEUR D'ITALIE AU SUD
M. Carlo Calia, ambassadeur d'Italie, a effectué une visite au Liban-Sud et s'est arrêté à Cana où il a fleuri les tombes des martyrs. Le diplomate italien, dont le pays a un contingent au sein de la FINUL, s'est prononcé en faveur d'une action intensive visant à instaurer la paix au Proche-Orient dans le plus bref délai. De plus, il a réitéré l'appui du gouvernement de Rome à la résolution 425 du Conseil de Sécurité exigeant le retrait inconditionnel de "Tsahal" des portions du territoire libanais que ses troupes occupent illégalement.
PROCHAINE TOURNEE DE BERRI AUX USA
Selon des sources informées, le président Nabih Berri se propose d'effectuer une tournée aux Etats-Unis, dès la fin des élections législatives. Ce sera le premier voyage du chef du Législatif depuis plusieurs années, ce qui le reposera des soucis parlementaires. Le président Berri profitera de sa présence aux USA pour rencontrer les Libanais qui y sont établis, dans le but de les engager à contribuer à la reconstruction de la mère-patrie, partant de sa conviction que "les Libanais d'outre-mer constituent un potentiel important dont on peut et doit tirer profit, dans l'intérêt du Liban tant résident qu'émigré".
ECHOS EN MARGE DES LEGISLATIVES...
Il est curieux de constater des prises de position contradictoires entre deux leaders de l'opposition. Ainsi, le "amid" Raymond Eddé s'est prononcé pour le boycottage des législatives, alors que le Dr Albert Moukheiber, premier des boycotteurs en 92, fait part de sa décision de poser sa candidature. Il y a lieu de signaler qu'un certain nombre de personnalités politiques qui se réclamaient jusqu'ici de l'opposition, prennent contact avec la capitale syrienne proposant "d'ouvrir avec elle une nouvelle page de coopération et d'amitié". Cependant, le Bloc national, parti dont M. Eddé est le leader, fait montre d'un esprit de discipline à toute épreuve. En effet, ses membres font savoir qu'ils se conformeront, scrupuleusement, à la consigne du "amid", le Dr Salim Salhab, président conseil du parti et Jean Hawat, secrétaire général en tête.
N. WAKIM S'ALLIERA-T-IL AU "HEZBOLLAH"
Des milieux proches de M. Najah Wakim rapportent que le député de Beyrouth compte s'engager dans la bataille électorale aux côtés du "Hezbollah", à Beyrouth. Un parlementaire du "parti de Dieu" n'a pas démenti l'information, tout en laissant entendre qu'il est encore prématuré de se prononcer sur ce point...
DACCACHE SERAIT CANDIDAT
La coterie du Dr Pierre Daccache assure que l'ancien député de Baabda est déterminé à poser sa candidature aux prochaines législatives, "quelle que soit la loi électorale sur base de laquelle la consultation populaire sera organisée". "Le dernier mot est à l'électeur qui sait comment choisir ses représentants à la Chambre," dit le Dr Daccache.
INTENSITE ACTIVITE ELECTORALE A... ABOU-REMMANEH
Des Libanais revenus récemment de Damas, signalent une intense activité à la rue Abou-Remmaneh, dans la capitale syrienne, quartier où M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président de la République, sa résidence. "Abou-Jamal" (M. Khaddam) assure que les élections se dérouleront au Liban dans le délai constitutionnel, "à moins de développements graves au plan régional". Sans pour autant donner son avis personnel sur les candidats auxquels Damas accordera son soutien...
ON DIT...
- Qu'un membre de l'Assemblée paraît devoir être écarté, cette fois, de la liste électorale d'un responsable, en raison du froid qui les oppose...
- Qu'une grande liste sera formée incessamment en éliminant sept des candidats qui en faisaient partie aux législatives de 92.
- Qu'une instance spirituelle a consacré plusieurs réunions de travail à l'étude des changements démographiques survenus dans une région sensible...
...EN RACCOURCI
- M. Nassib Lahoud, député du Metn, estime que le véritable changement au Liban ne peut se réaliser qu'à travers la Constitution et les institutions étatiques, "les élections générales étant la voie idéale pour y parvenir".
- Une source gouvernementale prédit le retour à la prochaine législature de dix députés de la Chambre élus en 1972 et ayant boycotté les législatives de 92.
OPINION
L'EGALITE A LA MANIERE "NEW"- LIBANAISE!
Réjouissons-nous: nous disposons, à présent, d'une loi électorale. Plutôt d'un projet de loi qui attend d'être ratifié par la Chambre, après sa discussion, naturellement. Cette loi a exclu, l'augmentation des effectifs du parlement de quatre membres. Mais cette "innovation" pourrait être relancée sous l'hémicycle. Peut-être y existe-t-il des élus ayant intérêt que le nombre des députés soit porté de 128 à 132 et, peut-être même à 140, "dans l'intérêt national", expression qu'on assaisonne à toutes les sauces... Quand le caza a été retenu en tant que circonscription électorale dans la Békaa en 92 et dans la montagne, des députés ont accédé au parlement moyennant 41, 150, mille ou 5.000 voix dans le meilleur des cas. Alors que d'autres candidats ont eu besoin de plus de 100.000 voix et davantage pour être élus. S.Em. le cardinal Sfeir a mis en garde maintes fois et, la dernière fois, dans son homélie dominicale, contre une loi électorale non équilibrée. A ce propos, il a attiré l'attention sur le fait que la loi mise au point, partage les citoyens en deux catégories distinctes. "Où est la justice et l'égalité, lorsque le découpage des circonscriptions donne des résultats illogiques? L'Assemblée, a dit l'éminent prélat, compte 64 députés chrétiens et autant de musulmans. Au Mont-Liban, où la majorité chrétienne élirait onze députés mahométans, si ce disctrict n'était pas partagé en cazas. Le découpage adopté la prive de ce droit. "Dans les quatre autres districts, ajoute Sa Béatitude, la majorité musulmane élit 53 députés chrétiens abstraction de l'opinion que les électeurs se font d'eux". La réponse officielle à ces observations a été donnée par le ministre de l'Intérieur à l'issue du Conseil des ministres qui venait d'approuver le projet de loi électorale: "La justice et l'égalité consistent à donner à chaque candidat la possibilité d'être élu ou d'échouer en comptant sur les voix des votants et non sur le découpage des circonscriptions", a prétendu le ministre. Il pourrait avoir raison, s'il s'agissait d'une consultation populaire se déroulant en France et en Grande-Bretagne où le candidat fort est sûr de l'emporter, quel que soit le découpage administratif. Mais le ministre ne pense-t-il pas que la réponse à une question de principe ne peut être simplifiée à tel point? Des élections avaient eu lieu dans des conditions ayant entraîné leur boycottage, en dépit de l'avis émis par le patriarche Sfeir, partenaire de l'accord de Taëf, selon lequel il se-rait préférable d'ajourner le scrutin.... Malheureusement, son appel s'est perdu comme un cri dans le désert. Aujourd'hui encore, les mises en garde de Sa Béatitude et des Libanais bien pensants, semblent tomber dans des oreilles sourdes... la politique visant à imposer la volonté d'une fraction à une autre paraît prévaloir. Est-ce de cette façon que se construisent les patries?
NADIM EL-HACHEM.