EDITORIAL

Par Melhem KARAM

LE CHEMIN DES SOMMETS... EST-CE LE CHEMIN MENANT AU BUT?

Ceux qui ont œuvré en vue de tenir le sommet arabe au Caire, en sont sortis après la proclamation de la "Déclaration du Caire". Car le sommet du Caire, dans sa contexture, ses délibérations et son action, est resté à mi-chemin: il a agi aux fins de satisfaire tout le monde, en usant du langage que tout le monde accepte. Il a pris le parti de la Syrie contre la Turquie, sans oublier, comme l'a dit Esmat Abdel-Majid, secrétaire général de la Ligue, que la Turquie est un Etat ami et islamique. Il a pris fait et cause pour Bahrein contre l'Iran, sans perdre de vue que l'Iran a un rôle à jouer dans l'opération de paix au Proche-Orient. Puis, il s'est rangé du côté de la Libye, dans le cadre de la conciliation entre le colonel Moammar Kazzafi et la communauté internationale, en donnant son accord pour livrer au tribunal d'Ecosse, les deux prévenus libyens impliqués dans l'affaire de Lockerbie, parce que le sommet a confiance dans la justice écossaise". Est-ce cela le rassemblement des rangs arabes? Le sommet a fait davantage. Il a résolu de créer le marché commun arabe, la Cour de justice arabe et d'autres que ces deux institutions décidées depuis longtemps et figurant à l'ordre du jour du sommet. Mais l'adoption de ces projets n'équivaut pas au rassemblement des rangs arabes. D'autant que ces projets seront transmis aux ministres arabes des Affaires étrangères pour qu'ils élaborent les textes y relatifs. Et puissent des ministres se réunir pour mettre ces textes au point! Comme s'ils étaient toujours prêts à secourir les Arabes dans tous les projets du sommet, comme ils ont secouru le sommet du Caire, au moment où un différend a émergé autour de choses essentielles ayant nécessité leur réunion d'urgence, à l'effet d'élaborer la formule ayant satisfait, en définitive, tout le monde. Non, tout cela n'est pas le rassemblement arabe. Ni les reconciliations des souverains et chefs d'Etat. Parce que les réconciliations n'ont pas été jusqu'ici davantage que des réconciliations de complaisance, d'aménité et de largesse arabe appelées à ne pas durer. La terre contre la paix, telle est l'essence dans la position arabe. Et le droit des Palestiniens à un Etat dont Jérusalem serait la capitale. C'est pour cela que le sommet s'est tenu, car les Arabes ont été surpris par l'accession de Benjamin Netanyahu à la tête du pouvoir en Israël. Ils ont été surpris, parce qu'ils ont attaché du crédit au sommet de Charm el-Cheikh. La manifestation de Charm el-Cheikh conduite par le chef du monde libre, le président de la république d'Amérique, escorté par le monde libre et l'aura de l'Amérique, accompagnés par la présence arabe. Le sommet de Florence dont les travaux se déroulaient simultanément avec ceux du sommet arabe, a reconnu le droit arabe dans sa totalité. L'Europe était à Florence. Et l'Union européenne a souscrit, à partir de Florence, au principe de "la terre contre la paix" et au "droit du peuple palestinien à l'autodétermination" dans un Etat dont Jérusalem serait la capitale… Exactement comme s'est exprimée la rencontre islamo-chrétienne sur Jérusalem ayant tenu ses assises à Beyrouth avant le sommet; dont les résolutions ou les recommandations ont été communiquées au sommet afin qu'il les capitalise. Comme si l'Europe et Florence souhaitent que Shimon Pérès revienne à la tête du pouvoir en Israël. Il en est ainsi du rassemblement arabe, mais ceci ne s'est réalisé qu'en paroles. Et la normalisation… des paroles sérieuses ont été prononcées à son propos à la conférence du Caire. Mais ces paroles ont été précédées du "si" conditionnel et circonstantiel, rabaissant sa condition et dépendant de sa réponse… comme c'est le cas dans les livres de grammaire. Il est vrai que deux lettres sont parvenues au sommet du Caire: une lettre du président Bill Clinton et une autre de David Lévy, chef de la diplomatie israélienne. La première traitait de la normalisation, demandant que le sommet ne décide pas d'en arrêter le processus et il en fut ainsi. La seconde lettre… serait-elle davantage qu'une disposition à entreprendre des négociations sans conditions préalables… Ainsi que le disait Yitzhak Shamir avant, durant et après Madrid? Puis, les conditions préalables émanent des deux parties autour des mêmes sujets… La colonisation est une condition préalable arabe et Israël ne devrait pas la poursuivre. C'est, aussi, une condition préalable israélienne que les Arabes ne devraient pas imposer à l'Etat hébreu. Il en est ainsi de Jérusalem et du droit palestinien à l'autodétermination. Le sommet du Caire… Dirons-nous nous que le plus important par rapport à ces assises, est qu'elles ont eu lieu? C'est dommage de tenir de tels propos, après que les Arabes soient arrivés là où ils ont abouti! Malheureusement, la situation arabe est telle, que le président américain retient entre autres griefs contre le président syrien, après avoir magnifié plusieurs de ses qualités, qu'il a râté l'occasion de la paix. Puis, les deux Etats arabes les plus proches de l'Amérique, à savoir l'Egypte et l'Arabie séoudite, ne laissent pas le président syrien qui a acquis la grande popularité arabe de ses positions envers l'Amérique et Israël, car en prenant conscience de la profondeur de la crise arabe, elles appréhendent la production d'une brèche arabe, rendant impossible par la suite le rassemblement arabe et compromettant le processus de paix. Le sommet de la paix est le dénominateur commun… chez les Arabes et chez les juifs. Et le chemin des sommets n'est pas le chemin menant au but. Car les sommets ne peuvent, dans ce cas, changer la situation.