EDITORIAL

Par Melhem KARAM

LA COLOMBE DE LA PAIX DANS LA MANCHE DE PERES?

La tournée de Warren Christopher a été infructueuse, cette fois, au Proche-Orient où beaucoup de questions paraissent marcher à reculons. N'est-ce pas ainsi qu'on considère la rencontre secrète entre Yasser Arafat et l'émissaire de Benjamin Netanyahu? Nous avions oublié tout cela depuis longtemps, parce qu'avec nos espoirs, nous aspirions à la paix. Jusqu'à ce que certains parmi nous aient cru que la paix devait venir cet été. Des citoyens sudistes ont écouté des paroles d'officiers et de soldats israéliens, lesquels lorsqu'ils parlent, ne se permettent pas de révéler une chose personnelle… venant d'eux! Les rencontres secrètes palestino-israéliennes se sont métamorphosées dans bien des cas, avant d'apparaître en public. Au début, la rencontre arabo-juive était considérée comme une faute nécessitant un châtiment. Avec le temps, les attitudes se sont assouplies. Il fut des jours où le Palestinien propageait des rumeurs faisant état de sa rencontre avec l'Israélien, qui démentait ces rumeurs. Puis, il y a eu des jours où le contraire se produisait: l'Israélien annonçait sa rencontre avec le Palestinien qui infirmait la nouvelle… Jusqu'à ce que Madrid eut lieu. Mais Oslo après Madrid, est resté un secret dévoilé avec les accords que le gouvernement israélien s'emploie à dénoncer dans la mesure du possible. Car le chef du gouvernement, quel qu'il soit, ne peut dénoncer, sans raison valable, un accord signé et ratifié par son prédécesseur. Sinon les Etats cesseraient de traiter entre eux. D'autant que les pactes palestino-israéliens sont garantis, internationalement, par les signatures des grands. Churchill était parti pour Potsdam avant que soient proclamés les résultats des élections britanniques en 1946, dans l'idée qu'il était gagnant et qu'aucun autre ne pouvait gagner. Il apprit à Potsdam que le dépouillage des bulletins de vote avait donné à Clement Attlee la victoire. Churchill s'est, alors, retiré et a demandé à Attlee de prendre sa place. Les pourparlers de Potsdam se sont poursuivis, quelque chose d'identique s'étant produit, ce jour-là, au niveau américain; Roosevelt a assisté à Yalta et Truman est allé à Potsdam… Les pactes sont restés et les signatures aussi. La réconciliation ne se réalise pas sur la rancune et après la réconciliation vient la paix. Netanyahu a crié, il est vrai, face à ceux qui ont protesté contre la rencontre de son émissaire avec Yasser Arafat. Mais il est vrai, aussi, que Netanyahu ne cesse de dire jusqu'à ce jour, qu'il est disposé à se réunir avec Arafat, si cela s'avère nécessaire… Il devait interpréter le nécessaire, par la suite, en précisant qu'il s'agit de la sécurité d'Israël… Si la sécurité d'Israël nécessite une telle réunion. Et le Sud libanais, qui ne le connaît, est en rapport avec la sécurité d'Israël, en permanence et toujours. Cependant, est-il permis de garantir la sécurité de l'Etat hébreu, en permanence et toujours, aux dépens de la sécurité des autres? Chaque fois que le Sud libanais était frappé, les coups touchaient les innocents. Aujourd'hui, il en est de même. Les coups affectent les innocents, sans que ceux-ci aient le droit de demander qu'est devenu le comité de surveillance prévu par "l'arrangement d'avril". De toute façon, nul n'était leurré par "l'arrangement d'avril", ni ne l'a placé dans une case autre que la sienne. Tout le monde savait que l'arrangement d'avril n'était pas plus qu'un moyen d'instaurer le cessez-le-feu, après que le coup de feu devint un danger menaçant celui qui le tire et celui qui en est la cible, mais davantage celui qui appule sur la gâchette. Ce qui se produit au Sud risque d'infirmer des paroles dont il ressort que Cana marquerait la fin des tristesses du Sud. Ces paroles ont été dites, parce que les gens ont beaucoup parié sur Shimon Pérès. Comme si Pérès cachait la colombe de la paix dans sa manche… pour la lâcher le jour où le dépouillement des bulletins de vote aurait proclamé sa victoire. Mais Shimon Pérès n'a pas réussi. Serait-ce la fin du monde? Non, naturellement, mais les choses tarderont. Tout le monde le sait, les armes étant à la portée des deux parties… arabe et israélienne. L'arme de la diplomatie, cette fois. Cela signifie que la guerre se poursuit… la guerre du Proche-Orient… même si l'arme utilisée diffère. Tout le monde sait que la paix sera instaurée; que son processus ne fera pas marche-arrière. Même s'il s'arrête et trébuche. Même si des ministres du gouvernement d'Israël refusent que l'émissaire de Netanyahu rencontre Yasser Arafat. Et même s'ils refusent que la "Maison d'Orient" à Jérusalem reste ouverte pour prouver, du moins pour la forme… que les Etats ne se gouvernent pas par les caprices, encore moins par les sautes d'humeur.