LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

ELLE VIOLE LE PRINCIPE DE L'UNIFORMITE: LA LOI ELECTORALE DANS LE SAC…

Bien que son examen ait été entamé mardi, place de l'Etoile, dans un climat hostile, après son adoption, quelques jours plus tôt en Conseil des ministres, le projet de loi électorale a été approuvé séance tenante par la Commission parlementaire de l'Aministration et de la Justice par 8 voix, contre 3 et 4 abstentions. Parmi les légers amendements qui y ont été apportés, l'un d'eux ramène à quinze jours, à compter de la date de promulgation de la loi, le délai durant lequel un fonctionnaire est tenu de présenter sa démission pour pouvoir poser sa candidature aux législatives. Deux propositions suggérant: l'une d'opter pour le caza; l'autre pour le mohafazat dans toutes les régions du pays, n'ont pas obtenu le nombre requis des voix. Tout indique que le projet passera comme une lettre à la poste, mardi prochain, quand il sera soumis pour ratification à l'Assemblée nationale siégeant en séance plénière. Car, entre-temps, le "mot de passe" aura été communiqué aux députés qui le suivront - du moins la grande majorité - sans rechigner… Qui a dit que le… panurgisme est mort et enterré chez nous? Chose curieuse: presqu'unanimement critiqué, même par des milieux proches du Pouvoir, par le chef du Législatif et le ministre des A.E. notamment, autant que par Bkerké, tous le jugeant inéquitable, transgressant le principe de l'uniformité des lois et en contradiction avec l'article 7 de la Constitution qui stipule: "Les citoyens sont égaux devant la loi et jouissent des mêmes droit, sans distinction aucune", le projet mentionné trouve encore des Libanais pour y souscrire… Pourtant, le chef de l'Etat avait promis une loi équilibrée, donnant satisfaction sinon à tous le citoyens, du moins à leur écrasante majorité… Les représentants de la Nation le voteront donc "pour des raisons politiques", l'expression ayant été avancée par le ministre de l'Intérieur qui a dit: "Le projet n'est ni idéal, ni parfait, mais c'est le fruit d'une décision politique", sans préciser laquelle, bien qu'on sache, à peu près, de qui il s'agit… Le texte gouvernemental sera donc voté, mardi prochain, à main levée - comme ce fut le cas lors de la ratification du projet portant révision de la Constitution, afin de permettre la reconduction du sexennat présidentiel - et le tour sera joué… Mais tout rentrera-t-il pour autant dans l'ordre? Rien n'est moin sûr… La "politique du rouleau compresseur" peut être poursuivie par le Sérail, mais tôt ou tard, le pays récoltera les fâcheuses conséquences d'une telle politique, en vertu de laquelle la classe dirigeante, se croit tout permis et habilitée à se comporter à sa guise, sans avoir à rendre des comptes à personne sur sa gestion de la chose publique. Voulant freiner cette volonté délibérée qui œuvre aux fins de discréditer nos institutions constitutionnelles, un groupe de députés se propose d'entreprendre une démarche collective auprès du Conseil constitutionnel, à l'effet d'invalider la loi électorale dont on "gratifie" tardivement le pays… Reste à savoir si ces parlementaires, ont quelque chance d'atteindre leur objectif… étant donné la ferme détermination des "décideurs" à faire évoluer la caravane selon leur bon plaisir, en tournant l'oreille sourde à tous les rouspeteurs…

HARIRI A TRIPOLI RAPPELLE LA RIVALITE CHAMOUN-FRANGIE A ZGHORTA...

La coterie du chef du gouvernement n'a pas trouvé à son goût l'information parue dans notre dernière livraison, selon laquelle le président Rafic Hariri, en dépit de sa décision de ne pas poser sa candidature aux prochaines élections législatives, a formé une équipe de travail ayant pour tâche de maintenir le contact avec les candidats à la députation dans les différentes circonscriptions. La seconde partie de la nouvelle a mécontenté les milieux proches du Premier ministre: "Ces contacts, précisait-elle, sont effectués en prévision d'éventuelles alliances à conclure avec ceux parmi les candidats ayant le plus de chance d'accéder au parlement... Le président du Conseil voudrait garantir le soutien du plus grand nombre possible des futurs parlementaires, afin d'assurer son maintien au Sérail le plus longtemps possible" (sic). Le fait pour M. Hariri d'avoir renoncé à briguer un siège, place de l'Etoile, a réjoui les Libanais bien pensants - et, spécialement, les opposants parmi eux - car il se confine ainsi dans une attitude de stricte neutralité. Et ce afin d'assurer le déroulement du scrutin dans les meilleures conditions, susceptibles, de garantir la liberté de l'électeur. Moins d'une semaine après avoir explicité ses bonnes intentions, M. Hariri a changé de conduite. Effectivement, il a fait lundi dernier une tapageuse apparition à Chekka et à Tripoli: officiellement, afin d'inaugurer des projets d'utilité publique et une exposition organisée à la Foire internationale Rachid Karamé. Au quartier Kobbeh, il a posé la première pierre d'un complexe d'habitations populaires. Mais dans ses discours, il n'a pas manqué de mentionner les législatives, sans omettre de réaffirmer sa détermination "à assurer un scrutin intègre et libre, qui se déroulerait dans un climat paisible et serein"; De même, il s'est dit résolu "à parachever l'opération de la reconstruction et du développement équilibré; à profiter de toute occasion pour atteindre cet objectif" avant de conclure: "Chaque année, nous inaugurerons un nouveau projet à Tripoli" (resic). Ces propos ne corroborent-ils pas les termes de notre information du début, en ce qui concerne les alliances que M. Hariri se propose de conclure avec les futurs parlementaires, "pour assurer son maintien au palais du gouvernement le plus longtemps possible"? Cela dit, il y a lieu de signaler que les adversaires politiques du président Omar Karamé - dont le ministre des Transports, Omar Meskaoui - ont rassemblé le ban et l'arrière-ban de leurs proches et partisans, pour bisquer Omar Effendi et ses alliés... Bien des Libanais se sont posé la question suivante: Qu'est allé faire M. Hariri dans cette galère? Cette irruption d'un natif de Saïda dans la capitale nordiste et le fait pour le chef du gouvernement de combattre M. Karamé par l'intermédiaire des propres fils de Tripoli. rappelle la même tactique suivie, naguère, par le président Camille Chamoun pour rogner les ailes aux Frangié, dont leur doyen (le grand Hamid) était un concurrent à la magistrature suprême... alors que M. Chamoun projetait de faire reconduire son sexennat... La lutte sourde entre les deux hommes avait provoqué de graves remous au Liban-Nord, couronnés par le massacre ayant opposé les partisans des Frangié et Douaihy (et, à leur tête, feu le Père Semaan) à l'intérieur même de l'église de Miziara. Aux dernières nouvelles, une fusillade entre clans rivaux s'est soldée par 2 tués et 12 blessés au Akkar.

MAINTENU SOUS PRESSION, LE SUD CONNAITRA-T-IL UN ETE CHAUD?

"La situation au Liban-Sud est très délicate... Cet état de choses dure depuis un certain temps et malheureusement, je crois que cela va durer". C'est M. Richard Jones, ambassadeur US qui le dit, sans laisser entrevoir une éventuelle éclaircie, du moins à brève échéance... Car il n'est nullement question de relancer les pourparlers de Washington, en vue de la mise sur pied du groupe de surveillance devant empêcher la violation de l'accord de cessez-le-feu... On doit donc attendre, selon lediplomate américain la visite de M. Benjamin Netanyahu à la capitale fédérale (le 9 juillet), afin de pouvoir procéder à une évaluation exacte de la conjoncture régionale. Comme on peut le déduire de ses déclarations, le nouveau chef du gouvernement israélien - qui excelle dans le système de la douche écossaise - va atermoyer, entreprendre des initiatives de provocation ou de défi et multiplier les entraves en vue de bloquer le processus de paix le plus longtemps possible, dans l'espoir d'avoir à l'usure les interlocuteurs arabes. Netanyahu a la partie belle, puisque le président Clinton, préoccupé comme il doit être par la campagne électorale et s'abstenant d'entreprendre quelque action de nature à indisposer la juiverie américaine à cinq mois des présidentielles, n'est pas en mesure de forcer la main à Tel-Aviv. D'ores et déjà, le nouveau ministre israélien de la Défense nous a prévenus: "L'occupation du Sud libanais sera maintenue, tant que la sécurité d'Israël l'exigera"... On se retrouve ainsi dans un cercle vicieux, confronté à une question identique à celle de la poule et de l'œuf. Autrement dit, engageant un dialogue de sourds avec l'occupant sioniste, à qui nous tenons depuis longtemps ce langage: "Evacuez la région frontalière et nos forces régulières se chargeront de la pacifier." Il rétorque: "Réduisez la résistance au silence et nous évacuerons le Sud". Israël peut ainsi, à loisir, user d'une carte de pression dont il se sert pour tenter d'imposer ses conditions à la Syrie, croyant de cette manière forcer Damas à neutraliser le "Hezbollah". Toujours est-il, qu'il ne faut pas craindre un embrasement généralisé au Sud, du moment que, même les "faucons" israéliens, sont maintenant persuadés qu'ils ne peuvent rien régler, militairement, au Liban. "Nous avons tout essayé sans obtenir de résultat ... Il nous faut rechercher un arrangement politique et, partant, nous adresser à la partie apte à trancher ce dilemme" (entendre Damas). Ces propos sont été tenus par le bras droit du général Mordechaï, ministre israélien de la Défemce. Le Sud connaîtrait-il donc un été chaud? L'ambassadeur des Etats Unis "souhaite" qu'il n'en soit pas ainsi et affirme que les efforts de Washington se poursuivent dans le sens du processus de paix, la capitale fédérale devant tout faire "pour maintenir la situation sous contrôle"... Mais le pourra-t-elle, surtout en période électorale? That is the question.

ECHOS ET REFLEXIONS

A LA DEBANDADE...

...Comme une armée en déroute. Ainsi apparaît, aujourd'hui, le camp chrétien quelques semaines avant les législatives. A peine le projet de loi électorale a-t-il été rendu public, que les ténors - résidents ou exilés - de l'opposition ont émis leurs avis contradictoires à son sujet, contribuant ainsi à semer la confusion et à l'accroître parmi leurs partisans ou alliés. Logiquement, ces ténors et leurs conseillers, auraient dû se conserter, au préalable, avant d'engager leur électorat à participer au scrutin ou à le boycotter. Devant cette déplorable pagaille, Bkerké semble prendre ses distances des uns et des autres, en tirant son épingle du jeu, afin de ne pas être déçu comme en 1992... De fait, dans sa dernière homélie dominicale et devant ses nombreux visiteurs, le chef spirituel des maronites croit avoir accompli son devoir en répétant: "Que chacun agisse selon sa conscience". Non sans dénoncer la nouvelle loi électorale qualifiée de "déséquilibrée" et "d'inéquitable"... Avant le cardinal-patriarche, un prélat qu'on croyait clairvoyant et sage, avait mis en garde contre la boycottage des élections générales, en alléguant que "le boycottagge est une chose et l'opposition au Pouvoir en est une autre" (sic)... Aussitôt, le ministre de l'Intérieur, auteur de la loi inique, s'est empressé de lui rendre visite, vraisemblablement, pour l'inciter à tenir le même discours politique... Ce prélat a comparé le comportement de ses ouailles à celui des automobilistes bloqués dans un embouteillage, certains d'entre eux rendant le trafic plus inextricable en doublant la file des voitures à l'arrêt. Or, l'archevêque lui-même se comporte à la manière de ces chauffards, en sortant des rangs, sans s'assurer si la voie est libre: Non, on n'a jamais vu autant d'irresponsabilité et d'imprévoyance parmi ceux qui prétendent être les guides des citoyens... Peut-on donc s'étonner de voir ces derniers gagnés, après le désenchantement, par la désillusion, le dégoût et le désespoir?

Edouard BASSIL.