SCOOP INTERNATIONAL
- EXCLUSIF-
Rencontre avec l'ex-chef de la Sécurité des F.L.
GHASSAN TOUMA :
"Je réclame la constitution d'une commission comprenant un représentant du Saint-Siège, pour reconsidérer toutes les décisions prises à notre encontre"
La Revue du Liban réalise un scoop journalistique international, en publiant la première interview enregistrée avec Ghassan Touma, absent du Liban depuis plus de trois ans. Le chef de l'organisme de sécurité des ex-Forces libanaises a été condamné, comme on sait, en même temps que le Dr Samir Geagea, étant impliqué comme lui dans trois affaires: la tentative d'assassinat contre Michel Murr, ministre de l'Intérieur; l'attentat à l'explosif contre le siège de l'évêché melkite de Zahlé et l'assassinat du regretté Elias Zayek. Pour avoir cet entretien, "La Revue du Liban" a dû user de persévérance et de long souffle, tout en mobilisant ses correspondants et reporters-photographes en vue d'une action journalistique réussie, unique lien qui la rapproche de ses lecteurs. Touma, rappelons-le, a pris en charge la cellule de sécurité au sein des F.L. durant la phase de dissolution des milices; c'était le NÞ2 après le Dr Geagea. La rencontre a eu lieu en plein jour, dans un petit café situé dans la banlieue d'Oklahoma (U.S.A.). Il est arrivé au rendez-vous les yeux cachés derrière des lunettes anti-solaires, accompagné de deux personnes. Il a effectué le déplacement à bord d'une "Oldsmobile" rouge et s'est prêté aussitôt à l'interview, répondant à toutes nos questions avec courage et franchise.
PROCES A CONNOTATION POLITIQUE
A la question: "En date du 20 mai 96, la Cour criminelle de Beyrouth vous a condamné en même temps que Tony Obeid et le Dr Geagea, en tant qu'instigateurs de l'assassinat du Dr Zayek. L'arrêt du tribunal prévoyait la peine capitale; puis, l'a mutée en travaux forcés à perpétuité, en vertu de la loi 84/91 sur l'amnistie. Qu'auriez-vous à dire à ce sujet, d'autant que la Cour criminelle diffère de la Cour de justice qui a rendu son verdict dans l'affaire du regretté Dany Chamoun et des membres de sa famille? notre interlocuteur répond: "Toutes les décisions prises jusqu'à ce jour contre les Forces libanaises, leurs responsables et leurs effectifs, ont une connotation politique. Ils n'ont aucun rapport avec les procédures adoptées dans les Etats démocratiques. Nous les considérons avec beaucoup d'autres comme nulles et non avenues, juridiquement."
- Vous avez dit dans l'une de vos déclarations, que le meurtre de Zayek a été motivé par le "Captagone" et perpétré le jour où celui-ci était supposé se rendre auprès du juge d'instruction à Baabda pour faire une déposition à ce sujet. Cependant, il apparaît du verdict que le "Captagone" n'a rien à voir avec l'assassinat de Zayek. D'autant que Rafic Saadé a confirmé devant la Cour ses aveux faits devant le magistrat instructeur et les services de renseignements. Il devait dire que Ghassan Touma l'avait incité à commettre le crime...
LES F.L. N'ONT RIEN A VOIR AVEC L'AFFAIRE ZAYEK
"Je vous assure que les Forces libanaises n'ont rien à voir avec l'affaire Zayek. Après avoir parlé, précédemment, des renseignements dont nous disposions à l'époque autour du "Captagone", faisant état de l'implication de divers organismes et du parti Kataëb dans cette affaire, les "fantômes" sont intervenus pour camoufler cet aspect réel et important, en vue d'engager les procès politiques dans la voie initialement tracée, à savoir: condamner Samir Geagea et les Forces libanaises à tout prix, par n'importe quel moyen. "Je me limite à indiquer ici que l'un d'eux a touché de Zayek 25.000 dollars, par l'intermédiaire d'une personne dont je ne révélerai pas le nom. Les associés de Zayek l'avaient accusé d'avoir subtilisé une bonne partie de l'argent provenant des transactions sur le "Captagone". A la suite d'un différend survenu entre eux, il a menacé de les dénoncer, en dépit de la position de certains parmi eux, insinuant qu'il ne se laisserait pas prendre seul et les ferait tomber avec lui. Je m'excuse auprès de la famille Zayek d'être contraint de mentionner ces renseignements autour d'un des leurs aujourd'hui disparu. Mais mon devoir est de dire la vérité, même si elle est dure pour certains... "Quant à Rafic Saadé, c'est un pauvre homme et j'éprouve de la tristesse à son égard. Je comprends comment, après avoir subi des pressions et la torture, il a accepté de se prêter au jeu des promoteurs de prêts et des transactions. Il espérait sans doute et continue à espérer d'être élargi tôt ou tard, aux dépens d'une condamnation injuste des Forces libanaises et de Samir Geagea".
OBEID A MENTI...
- Le dossier Zayek comporte les dépositions du témoin André Obeid, lequel affirme que vous lui aviez demandé d'observer et de liquider Zayek, "parce que celui-ci a dévié de la ligne". Qu'auriez-vous à répondre, d'autant que Obeid vit toujours au Liban, n'a pas été soumis à des pressions et a fait sa déposition dans un climat naturel. Pourquoi donc cette personne et Rafic Saadé ont-ils tenu de pareils propos? "André Obeid a menti; il n'est pas au Liban, il a quitté depuis un certain temps et n'y est pas revenu. Il a un ami influent qui l'a contraint à se livrer. Quand il l'a fait, il a été forcé de signer une déposition préparée à l'avance, pour obtenir sa libération en contre-partie. C'est ce qui s'est passé. Il existe une relation entre lui et la personne influente remontant au début de 1995. "Lorsque celle-ci se rendait en visite officielle à Paris, elle passait la nuit dans l'appartement d'André Obeid, en sa présence et ils veillaient ensemble. Par la suite, l'épouse de la personne influente l'a rejointe à Paris et a pris contact avec André qui a assuré ses déplacements dans la capitale française".
1.500 MEMBRES DES F.L. SE SONT EXPATRIES
- Dans le procès Zayek a été mentionné le nom d'un certain Raymond Girgis poursuivi par la Justice. Connaissez-vous cette personne et pourquoi ne paraît-elle pas pour confirmer ou démentir le fait qu'elle ait ouvert le feu sur Zayek?
"Oui, je connais Raymond Girgis et beaucoup d'autres membres des F.L. dont les noms auraient pu être inscrits dans ce dossier à l'instar de celui de Girgis. Je sais que plus de 1.500 jeunes des Forces libanaises ont quitté la patrie, certains avec leurs familles, au cours des dernières années. Et ce, après avoir été arrêtés et torturés; ou pour éviter d'être appréhendés et soumis à la torture. Raymond Girgis est l'un d'eux.
"Je n'imagine pas que quelqu'un s'attend à les voir rentrer pour tomber entre les mains de bourreaux, être contraints de signer un faux témoignage et renier leur honneur. Les pratiques policières exercées par certains organismes contre les F.L. sont maintenant connues par les instances internationales concernées. Les plus importantes organisations des droits de l'homme dans le monde ont dénoncé et condamné les pratiques des organismes de sécurité et d'autres. "Le département d'Etat US a réservé durant trois ans (1994-95 et 96) des dizaines de pages au Liban, où étaient consignées les infractions commises par les organismes précédemment dans l'émission de mandats d'arrêt signés à blanc et "remplies" postérieurement; dans la manière d'arrêter les prévenus et de les soumettre à la torture; dans les pressions politiques ou sécuritaires sur les institutions officielles, comme dans la répression des libertés politiques.
- Dans vos précédentes déclarations et dans le cadre de la tentative d'assassinat contre Michel Murr, vous avez dit qu'un jour, une personne vous a conseillé de quitter le pays; ce que vous avez fait par la suite... A votre avis pourquoi le Dr Geagea n'a-t-il pas quitté, comme d'autres responsables des F.L. comme vous, Joseph Rizk, Raji Abdo, Akram, Ghassan Ménassa, etc... Le Dr Geagea n'a-t-il pas reçu le même message? Ou bien a-t-il considéré que ce message ne pouvait pas l'atteindre, personnellement?
POLITIQUE DE LA CAROTTE ET DU BATON
"Tout ce qui a accompagné l'étape 1991-92: a) les diverses offres alléchantes afin de "coincer" les Forces libanaises au sein du Pouvoir, assurer sa couverture chrétienne (et uniquement cela) et dénaturer l'accord de Taëf, en application des pratiques politiques défectueuses et traditionnelles allant à l'encontre des aspirations du peuple. b) après la détection des objectifs du rapprochement de l'Etat des F.L. et le rejet réitéré d'offres assurant peut-être la sécurité de leurs institutions, matériellement, mais entraînant la trahison des buts de leur longue lutte et du sang de leurs martyrs, l'Autorité a usé de la tactique du bâton. Il a été procédé à l'assassinat de Sleiman Akiki et Nadim Abdel-Nour. Puis, ont commencé les agressions non justifiées, contre les membres des F.L. Malgré cela, le Docteur a continué à faire face à ces pressions par les contacts politiques et les procédés démocratiques. Au point qu'on a placé sous contrôle les responsables des Forces. On les a maltraités aux barrages et communiqué aux médias des informations visant à les soumettre à un chantage délibéré. On leur a même adressé des lettres de menace directes les sommant de choisir entre soit quitter le pays, soit être jetés en prison.
ATTENTATS ET ACCUSATIONS
"Nous avons compris que le but de ces lettres était de priver le Docteur de ses adjoints et des responsables essentiels, aux fins de le porter à se soumettre et à capituler. Il nous a laissés dans l'espoir que cela allègerait peut-être les pressions. Tout le monde sait ce qui s'est passé ensuite, à commencer par l'attaque contre notre commandement à la Quarantaine, pour finir par toutes sortes de pressions ayant pour but de faire avorter la tentative du Docteur d'accéder par la voie démocratique à la présidence des Kataëb, lors d'élections partisanes. "Pour votre gouverne, plusieurs parmi nous sont revenus au Liban avec l'idée d'y rester. Mais les pressions reprenaient jusqu'au moment où nous avons été empêchés, en été 1993, de revenir définitivement (les dates des entrées et sorties sur nos passeports le prouvent). "Après cela, il y a eu l'attentat à l'explosif contre la Maison centrale des Kataëb, fin 1993. Ce jour-là, ils ont essayé par l'entremise de certains détenus, de coller l'accusation aux Forces, sans y parvenir. Puis, il y a eu l'attentat contre l'église Notre-Dame de la Délivrance et ils ont "fabriqué" l'histoire que tout le monde connaît, avec les objectifs politiques qu'ils voulaient atteindre, à travers l'encerclement du siège des Forces à Ghodress. Ils ont tenté, aussi, en enroulant la corde de la potence autour du cou du Docteur, de le forcer à fuir et à voyager. Mais nous savons qu'il a refusé de s'expatrier, a préféré la prison et la potence, par respect pour sa cause et pour ses camarades martyrs.
- Le 13 juillet sera rendu le verdict dans l'affaire de l'explosion de Notre-Dame de la Délivrance qui a entraîné l'arrestation du Dr Geagea et de ses camarades, la dissolution des F.L. et l'ouverture d'autres dossiers. Qu'auriez-vous à dire à ce sujet, étant entendu que les éléments accusés d'avoir exécuté l'attentat relevaient de votre organisme? "J'ai une observation à faire autour des ordonnances d'inculpation et des jugements (qui sont, en général, une copie de ces ordonnances), du point de vue de la forme qui se répercute sur le fond. Dans chacun d'eux, on relève des préambules et des passages de caractère politique ayant uniquement pour but de justifier la parution de telles ordonnances, à travers la couverture de faits, de preuves et les plaidoiries de la défense. On y relève, également, la faiblesse des arguments et des preuves de la partie civile en s'étendant, notamment, sur la prétendue coopération avec l'ennemi israélien. Les Forces ont été accusées de chercher à torpiller l'accord de Taëf, alors que tout le monde sait qu'elles ont permis à cet accord de voir le jour, en vue de mettre fin à la guerre et d'instaurer la "paix civile" dont ils s'enorgueillissent aujourd'hui. "De même, on a accusé les F.L. d'œuvrer en vue de la partition à travers un projet fédéral, alors que tout le monde sait que le fédéralisme a été l'idée proclamée du parti des Forces libanaises, sur base de laquelle l'Etat lui a accordé l'autorisation de s'adonner à l'action politique. Eux qui sont versés dans la loi, connaissent parfaitement la différence entre la partition et le fédéralisme. Ils ont écouté la Déclaration du synode pour le Liban et ses résolutions relatives à la pluralité culturelle et civilisatrice qui sont l'une des bases du fédéralisme.
ERREURS ET CONTRADICTIONS
"D'autre part, je tenterai de résumer certaines brèches, erreurs et contradictions dans le réquisitoire du procureur général, Adnan Addoum. Il a signalé que "Geagea" a caché le matériel de l'explosion dans certains endroits et lui a posé cette question: Pourquoi avoir fait appel à Girgis Khoury pour amener certaines matières explosives (et, en fin de compte, il ne les a pas amenées) d'Israël pour faire exploser l'église? "Dans un autre endroit, le procureur général parle de la visite du Souverain Pontife au Liban et de la partie à qui cette visite causerait du tort (faisant allusion au Docteur et aux F.L. et nous n'avons pas compris pourquoi?). D'un autre côté, il n'a pas apprécié la déposition du Père Michel Awit parce qu'elle n'a pas été conforme à son désir. "Ici nous lui disons ceci: Tout le monde sait que les chrétiens ne seraient pas gênés par la visite papale. Au contraire, ils souffraient d'un état de désenchantement et souhaitaient, ardemment, la visite du Saint-Père. En revenant aux déclarations faites à une telle étape, on saura facilement dire qui était gêné par cette visite. "En ce qui concerne Girgis Khoury, l'arrestation de sa mère et de sa sœur, le procureur général a utilisé le terme "internement", lui le juriste invétéré. Cela signifie qu'il avoue, inconsciemment, que les internements se sont produits contrairement à ce qu'il affirme dans d'autres cas. Et l'internement veut dire en toute simplicité: la privation de la liberté sans motif légal. "Tout le monde se rappelle comment Girgis Khoury refusait de se faire assister d'un avocat avant la parution de l'ordonnance d'inculpation et insistait à être assisté d'un membre du Barreau après la publication de cette ordonnance. La raison est claire: ceux qui avaient promis de le faire bénéficier d'un non-lieu ont failli à leurs promesses. Girgis Khoury devait comparaître devant la Cour en tant que "témoin du ministère public", comme ce fut le cas de beaucoup de personnes impliquées dans l'affaire Dany Chamoun.
LES REUNIONS AU SIEGE DES F.L.
"Dans de tels cas, Girgis Khoury aurait accepté de maintenir sa première déposition et de faire assumer la responsabilité du crime aux F.L.. Cependant, la faute commise par celui qui a établi le scénario de la comédie, en incriminant Girgis dans l'ordonnance d'inculpation, a incité ce dernier à revenir sur sa déposition et à dire la vérité, après avoir perdu la confiance dans les "scénaristes". "Le procureur général insiste, aussi, sur la tenue de réunions au siège d'état-major des F.L., bien que les responsables de la sécurité et de la garde du bâtiment, de même que ses occupants, ont affirmé d'une manière claire et ferme, n'avoir vu aucun des accusés à l'intérieur de ce bâtiment, ne serait-ce qu'une fois. Ils ont, également, assuré que les noms des personnes qui y entraient, étaient inscrits dans un registre spécial tenu à l'entrée. Ce registre a été saisi par les Renseignements. Naturellement, si le nom de l'un des prévenus y figurait, le registre aurait été mis à la disposition du tribunal. "De plus, des documents ont été présentés attestant que Tony Obeid est parti pour l'Australie, la date de son arrivée dans ce pays et son séjour étant enregistré, de même que les dates auxquelles il a visité les cliniques de médecins ou des édifices publics. Ruchdi Raad et Jean Chahine qui se trouvent, respectivement, au Canada et en Australie ont présenté des attestations similaires. Si les autorités libanaises avaient voulu connaître la vérité, elles auraient coordonné leur action avec celle des autorités canadiennes et australiennes, à l'effet de comparer les noms des arrivants et des partants du Liban, dans la période ayant précédé l'attentat contre l'église… Mais c'est moins la vérité qu'on recherchait que la tête de Samir Geagea et les F.L., de n'importe quelle manière.
L'AFFAIRE MALEK
"En plus des détails relatifs à l'affaire Fouad Malek, sa confrontation avec ses avocats et son fils; sa rétractation après sa première déposition pour dire toute la vérité. Sans oublier Girgis Khoury et le fait pour ce dernier d'avoir renié sa première déposition; son refus de l'ingérence d'hommes influents, en particulier Frayha et Oueydate. "Je ne m'étendrai pas davantage sur le rôle de Girgis Khoury, le citoyen ordinaire ayant pu déduire ce qui suit: comment les prévenus accusés d'avoir exécuté l'opération, ont-ils fait appel à lui pour ne lui confier, en définitive, aucun rôle hormis celui d'être témoin de leur forfait. Cela est-il logique? "Il ressort de tout ce qui précède, des arrestations, des ordonnances d'inculpation et des plaidoiries, que tout le souci était de parvenir, par tout moyen aux points ci-après: a) établir que Samir Geagea est le maître omnipotent des F.L.; b) retenir ce qui leur profite et éliminer ce qui les importune dans les dépositions des témoins, sans perdre de vue les aveux arrachés (par la menace) des prévenus; c) le fait que les accusés faisaient partie de l'organisme de sécurité des F.L. et prouver que ceux-ci avaient reçu les ordres de moi, directement ou à travers leurs chefs hiérarchiques; d) le Docteur étant le "maître absolu", les ordres parvenaient, sans doute, de lui à travers ma personne; il serait alors, possible de le juger et de le condamner.
GEAGEA HORS DE TOUT SOUPÇON
A supposer que les aveux des détenus leur ont été arrachés de divers moyens, dans les prisons suisses les mieux tenues, il nous apparaît :
1) Que la hiérarchie s'est coupée chez Tony Obeid (que je demande de m'excuser, car je suis sûr de son innocence);
2) qu'aucun des accusés n'a reçu un ordre ou une directive de moi, ni du Docteur. Ceci infirme (par deux fois et à un double niveau) jusqu'au soupçon et la possibilité pour Samir Geagea d'être impliqué dans les crimes qu'on lui impute. Quiconque a pris connaissance du dossier (à supposer que toutes ses données soient véridiques), pourrait déduire la possibilité de mon implication, moi Ghassan Touma, en tant que responsable direct de Tony Obeid (l'innocent absent aussi avec ses aveux). Cependant, j'ignore comment un homme de loi, ayant un minimum de logique, et je ne dis pas d'expérience, peut se permettre de passer outre à l'aveu d'un accusé en état d'arrestation (même en fermant l'œil sur la manière dont cet aveu lui a été arraché) et accuser le Docteur, faisant fi, en l'absence de Tony Obeid et de Ghassan Touma de leurs dépositions, uniquement pour atteindre un objectif déterminé. "En dépit de cela et pour des raisons politiques connues, on a cédé aux pressions politiques et sécuritaires ignorant, d'une manière flagrante, les faits, les attendus et les vérités, ne tenant nul compte de données, de preuves, de la logique de la défense et des dépositions d'un grand nombre de témoins".
J'EN APPELLE AU SAINT-PERE, A LA HIERARCHIE MARONITE ET AUX JUGES
- Votre nom ne figure pas dans le dossier relatif à l'attentat contre l'église. Quelle en est la raison? L'enquête aurait dû vous impliquer comme Tony Obeid et Ruchdi Raad... Etant donné que les mêmes magistrats instructeurs ont mené l'enquête dans les affaires de l'église, de Zayek, Dany Chamoun et Michel Murr, Qu'auriez-vous à dire, étant entendu que votre nom figure dans tous les derniers dossiers? "Je ne reviendrai par sur les dépositions, les plaidoiries, les confrontations et les analyses journalistiques. Cependant, je voudrais m'arrêter un instant avant le prononcé du jugement dans l'affaire de l'attentat contre l'église (qui est la cause et la base des dossiers tombés d'où chacun sait), afin de m'adresser à travers votre revue :
1) à la conscience des juges détenant une affaire qui intéresse une large fraction du peuple libanais;
2) à S. Em. le cardinal Nasrallah Sfeir et au Conseil des prélats maronites directement concernés par l'attentat contre l'église, pour leur demander de faire prévaloir le droit, la vérité et la justice, surtout en ce qui concerne une fraction de leur communauté.
3) à S.S. le Souverain Pontife et aux instances vaticanes en charge des chrétiens du Liban, après avoir proclamé leur position claire à travers les résolutions du Synode, l'affaire de l'église Notre-Dame de la Délivrance, les concernant directement, au double plan religieux, en tant que communauté et politiquement (la visite du Saint-Père au Liban)." "Je dirai encore ceci: Etant donné que quiconque suit le cours des procès, peut déduire que le maillon fondamental perdu, permettant de juger Samir Geagea ou de l'innocenter, est Ghassan Touma, supposé constituer le lien entre celui qui donnait les ordres et ceux qui les exécutaient. "Etant donné que, jusqu'aujourd'hui, tous les observateurs neutres (au double plan local et étranger) considèrent que tous les prévenus impliqués dans les crimes imputés aux F.L., ont été retenus à cause de leur affiliation aux F.L. (et spécialement à leur organisme de sécurité); et qu'ils ont fait leurs dépositions sous la menace et la pression, de manière à satisfaire le désir de ceux qui recueillaient leurs aveux; "Etant donné qu'il a été proclamé et affirmé, à travers les documents du département d'Etat US et d'autres Etats ou organisations, que les libertés étaient réprimées au Liban, où des arrestations arbitraires étaient effectuées, les organismes politiques et sécuritaires s'immiscant dans les enquêtes, la torture infligée aux détenus entraînant parfois leur mort; "Etant donné que les décideurs ont agi de façon à atteindre les objectifs des ordres politiques donnés, en faisant fi de toutes les règles équitables et en passant outre aux dépositions, aux preuves, aux plaidoiries et aux dépositions des témoins servant l'intérêt de la défense d'une manière claire et certaine. "Etant donné la confiance absolue que nous avons en S.S. le Pape Jean-Paul II, je m'adresse à Sa Sainteté pour l'implorer de dépêcher un représentant au Liban, en le chargeant d'examiner avec les Autorités libanaises, la possibilité de former une commission comprenant des représentants du Saint-Siège, du corps judiciaire et du patriarcat maronite."
JE SUIS PRET A ME LIVRER A LA JUSTICE SOUS CONDITION
"Je me livrerai à la Justice libanaise à travers cette commission à condition :
1) que cette commission veille, en la présence personnelle et permanente du représentant du Vatican, aux conditions de vie de mes camarades les détenus politiques (moi y compris), de façon à les maintenir à un niveau humain acceptable;
2) qu'il soit procédé à de nouvelles enquêtes sur les crimes imputés aux F.L., en présence du représentant du Vatican, les investigations devant se dérouler en l'absence des enquêteurs non judiciaires, étant entendu qu'il importe de renoncer à toutes les pratiques inhumaines ayant accompagné les différentes phases des enquêtes précédentes;
3) qu'il soit permis à tous les témoins, aux avocats de la défense et aux accusés de faire leurs dépositions en toute liberté, en usant de tous les moyens pour prouver leur innocence;
4) dès que l'innocence des Forces libanaises et du Dr Geagea sera établie, tous les détenus se réclamant des F.L. devraient être remis en liberté, ce parti devant avoir la droit de reprendre ses activités sur-le-champ, en vertu de l'autorisation qui lui avait été délivrée au moment de sa fondation et d'exercer l'action politique libre. "Dans le même temps, on devra poursuivre les criminels véritables, quelles que soient leur affiliation et leur identité".