D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

LA POSITION DU CARDINAL SFEIR EST CLAIRE

Une source proche de Bkerké s'étonne de ceux qui s'interrogent sur la position du cardinal Sfeir, après avoir pris connaissance de ses déclarations et de ses homélies dominicales. La même source précise que l'éminent prélat est clair dans ses prises de position et, contrairement, aux hommes politiques, il n'utilise pas de mots à double sens ou si confus qu'ils deviennent incompréhensibles. "Sa Béatitude, ajoute-t-elle, est pour toutes les parties, en général et, en particulier, pour les chrétiens, qu'ils soient des boycotteurs du scrutin ou des électeurs déterminés à y participer. Le cardinal Sfeir a, maintes fois, dénoncé une loi électorale inéquitable et non équilibrée et ne cesse de réclamer l'organisation d'élections sur base des mêmes critères dans toutes les régions libanaises.

LES SOUCIS ELECTORAUX DE N. LAHOUD

Les milieux metniotes sont persuadés du fait que M. Nassib Lahoud, député de leur circonscription, pourrait difficilement former une troisième liste, face à celles que doivent constituer le Dr Albert Moukheiber et M. Michel Murr. M. Lahoud, pensent ces milieux, a le choix entre s'allier au Dr Moukheiber ou à M. Murr et, dans le premier cas, il verrait ses chances faiblir en vue des présidentielles. Car il aurait à faire face à trois adversaires avec lesquels il lui faut compter, à savoir, le président Hraoui, le général Emile Lahoud et M. Murr. Quoi qu'il en soit, les milieux qui lui sont acquis recommandent à M. Lahoud de faire liste commune avec le Dr Moukheiber, quelles que soient les réactions que cela provoquera. Il aurait, ainsi, entre autres colistiers, outre le Dr Moukheiber: le Dr Fouad Abou-Nader, William Zard Abou-jaoudé, Me Ibrahim Kanaan, Pierre Achkar, Me Georges Jabre, Wadih el-Khazen et, pour les grecs-orthodoxes, Gebrane Tuéni (si l'opposition renonce au boycottage du scrutin) et le Dr Dimitri Bitar; il resterait à choisir le candidat arménien.

AUTOUR DE LA VISITE DE HARIRI A L'ELYSEE

Il nous revient, de source diplomatique, qu'au cours de sa récente visite en Arabie séoudite et à Qatar, le président Jacques Chirac s'est employé à hâter la mise sur pied du groupe consultatif prévu par "l'arrangement d'avril", en vue de permettre l'octroi au Liban, le plus rapidement possible, de fonds l'habilitant à reconstruire les régions ayant subi de grands dégâts lors de la dernière agression israélienne. Avant de quitter Paris pour Ryad et Doha, le chef de l'Elysée a tenu à conférer avec le président Rafic Hariri à propos de la nature de l'aide dont le Liban a le plus besoin dans les circonstances présentes. Ceci explique la visite inopinée que le chef du gouvernement a faite au président Chirac la semaine dernière.

CONCERTATIONS LIBANO-SYRIENNES

Dès son retour de la capitale française, le président Hariri a rendu visite au chef de l'Etat, puis, à M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président syrien, à Bloudane. Le président du Conseil a informé MM. Hraoui et Khaddam de la teneur de ses entretiens avec le président français, qui lui a fait part de ses pourparlers autour du Liban et du Proche-Orient avec le président Clinton, lors du sommet du G7 à Lyon. Rappelons que le chef de l'Etat français a réaffirmé le soutien de la France au Liban dans tous les domaines.

VERS UNE ALLIANCE "AMAL" - "HEZBOLLAH"?

Des milieux au courant des contacts effectués depuis peu, visant à préparer la voie à une alliance entre "Amal" et le "Hezbollah" en prévision des législatives, croient savoir que les pourparlers entre les deux mouvements sont sur le point d'aboutir. D'ores et déjà, ils ont résolu d'intensifier l'échange de vues dès la ratification par la Chambre du projet de loi électorale.

J. EL-HACHEM, CANDIDAT A BEYROUTH

Selon sa coterie, M. Joseph el-Hachem, ancien ministre, poserait sa candidature cette fois au siège maronite de Beyrouth qu'occupait, naguère, feu cheikh Pierre Gemayel, fondateur des Kataëb. M. el-Hachem juge inadéquat de laisser ce siège à un parti autre que celui dont il fut l'un des membres actifs.

LAKHDAR IBRAHIMI DEÇU…

Des hommes politiques ayant rencontré au cours de sa récente visite à Beyrouth, M. Lakhdar Al-Ibrahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères ayant tenté plus d'une médiation entre les parties en conflit au Liban, lui attribuent des propos dont il ressort que "les gouvernants libanais n'ont pas su profiter des circonstances propices qui se sont offertes après Taëf, pour redresser la situation dans le pays, en le hissant au niveau des Etats démocratiques". M. Al-Ibrahimi a dit encore: "Le Liban a besoin, aujourd'hui, d'un système socio-politique garantissant la coexistence, la tolérance entre ses fils et de meilleures conditions de vie". Aussi, a-t-il mis l'accent sur la nécessité d'opter "pour une loi électorale équilibrée, offrant l'égalité des chances à toutes les parties et les plaçant sur le même pied d'égalité".

VEUT-ON CONTRAINDRE UNE PARTIE DE L'ELECTORAT AU BOYCOTTAGE?

Une personnalité politique libanaise établie à l'étranger a, défavorablement, accueilli la nouvelle loi électorale, disant qu'elle a été élaborée pour que le Liban se tienne sur un pied, en excluant de la décision nationale une large fraction de notre peuple. "Or, ajoute cette personnalité, les Libanais ont nourri l'espoir de vivre dans un climat plus serein, au lendemain de la réunion de Taëf… Ils ont été réunifiés, momentanément, à la suite de la dernière agression israélienne - les "Grappes de la colère" - mais les gouvernants paraissent vouloir persévérer dans la même voie, obnubilés par leurs intérêts personnels et sectaires. Sinon, ils n'auraient pas mis au point une loi électorale aussi inique, comme pour pousser délibérément une partie de l'électorat au boycottage".

POUR UNE PRISE DE POSITION-CHOC DES "EXILES" DE PARIS

Un homme politique se réclamant de l'opposition, reconnaît que le Pouvoir a réussi à disperser les chrétiens acquis aux idées des leaders "exilés" en France, profitant du fait que la conjoncture locale diffère, maintenant, de ce qu'elle était en 1992. Appréhendant le fait pour l'ex-président Gemayel, le "amid" Raymond Eddé, le général Michel Aoun et M. Dory Chamoun de voir leur étoile s'estomper, s'ils décidaient de s'exclure pendant quatre autres années de la scène locale, cet homme politique émet le souhait qu'ils adoptent une prise de position de nature à produire un choc au sein de l'opinion publique et, partant, de préserver leur popularité.

LA LOI ELECTORALE ET LA POSSIBILITE DE SON ABROGATION

On ignore encore le sort des contacts effectués dans les milieux parlementaires, en vue de recueillir les signatures de dix députés sur le bas d'une requête destinée au Conseil constitutionnel, lui demandant d'invalider la nouvelle loi électorale, partant du fait que le texte gouvernemental, tel que soumis à l'Assemblée, comporte plus d'une irrégularité et des dispositions anti-constitutionnelles. On sait que le Conseil constitutionnel est habilité à dénoncer toute loi, s'il juge que certaines de ses dispositions transgressent le texte et l'esprit de la loi fondamentale, les arrêts de cette haute juridiction n'admettant aucune voie de recours…

JOUMBLATT AURA-T-IL LE NEVEU DU CHEIKH AKL COMME COLISTIER?

Selon des milieux druzes renseignés, les efforts actuellement déployés en vue de réconcilier M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés et le Cheikh Akl druze Bahjat Ghaiss, ont franchi une grande étape et pourraient aboutir dans un bref délai, dès la promulgation de la nouvelle loi électorale. D'ailleurs, M. Joumblatt a déjà reçu à Moukhtara, M. Bassam Sleiman Ghaiss, neveu du chef spirituel de la communauté druze, accompagné de Me Charles Najm. Les observateurs n'écartent pas que le parent du Cheikh Akl soit l'un des colistiers du leader du PSP et, dans ce cas, M. Marwan Hamadé poserait sa candidature à Beyrouth.

F. BOUTROS ET LES LEGISLATIVES

"L'étape que traverse la région arabe est décisive et revêt une grande importance par rapport au Liban", observe Me Fouad Boutros, ancien ministre des A.E. "Ceci, ajoute-t-il, exige beaucoup de vigilance et le renforcement du front intérieur. Il est exagéré, toutefois, de lier les élections générales à la conjoncture régionale. A moins que des opérations militaires d'envergure devaient se produire, de nature à les torpiller. "Cependant, conclut-il, les élections ne doivent pas être tributaires des développements sur le terrain.

ON DIT...

- Qu'un responsable exprime ses craintes de développements graves pouvant se produire dans une région sudiste, suite à un plan séditieux que l'Etat hébreu mettrait à exécution…

- Qu'un député nordiste en vue se réclamant d'une catégorie d'hommes politiques non-acquis au boycottage des législatives, appelle à la participation massive aux élections, même si la nouvelle loi électorale n'est pas équitable et équilibrée, afin de couper la voie à l'accès des éléments extrémistes au parlement.

- Qu'un bureau d'études a été incapable d'effectuer une étude claire de la situation électorale d'une petite circonscription, en raison du grand nombre de candidats à la députation et de l'absence de forces traditionnelles actives.

...EN RACCOURCI

- Cheikh Abdel-Amir Kabalan, vice-président du Conseil supérieur chiite, a demandé à l'Etat "d'assurer un climat propice au bon déroulement des prochaines législatives". Dans le même temps, le dignitaire chiite invite les responsables" à prendre les dispositions voulues pour faire face à toutes les éventualités, les forces israéliennes et l'ALS pouvant être portées à faire embraser la situation au Liban-Sud".

- Le communiqué diffusé par l'Assemblée des prélats maronites, a eu pour conséquence d'inciter un certain nombre de candidats à la députation à différer leur décision de briguer un siège parlementaire, alors que la tendance paraît être de plus en plus en faveur du boycottage du scrutin..

OPINION

BKERKE PARLE LE LANGAGE DU REALISME ET NON DU DEFI

Parmi les propos que tient, chaque semaine, le ministre des Transports, Omar Meskaoui au cours d'une conférence de presse hebdomadaire, ceux de dimanche dernier méritent qu'on s'y arrête. "Le communiqué de l'assemblée des prélats maronites, dit-il, a créé un climat que nous prédisions en permanence, traduisant la divergence autour de la manière d'édifier un Etat et de son rôle". Le ministre détecte dans le communiqué un passage relatif aux relations entre le Liban et la Syrie, faisant ressortir une "divergence fondamentale sur l'orientation nationale vers l'avenir du pays; ce qui est très dangereux". S'adressant à Bkerké et à tous ceux qui évoluent dans sa voie, il leur demande "de placer le rôle du Liban dans son cadre régional et historique... car il n'y a de substitut à la Syrie qu'Israël. Ceux qui parlent de l'indépendance du rôle libanais de la Syrie, évoquent une entité incapable de perdurer sans une tutelle" (sic). Et d'ajouter: "Notre décision ne peut être prise indépendamment de notre contexte régional et arabe, ni de notre relation privilégiée avec la Syrie, relation qui n'est pas politique, mais historique et nationale consignée par des accords". Face à cette "leçon de patriotisme et de nationalisme," nous ne pouvons que remercier le ministre qui s'emploie, chaque semaine, à exprimer son point de vue à propos des problèmes qui se posent sur la scène locale. Même si ses élucubrations s'avèrent nocives et dangereuses, puisqu'il a poussé l'outrecuidance jusqu'à accuser le siège patriarcal, le "maître de Bkerké" et "ceux qu'ils représentent", comme s'ils étaient proches d'Israël! Qui a dit au ministre Meskaoui "qu'il n'y a de substitut à la Syrie qu'Israël" et comment a-t-il pu tirer une telle déduction? Est-ce vraiment la position de Bkerké et des maronites, comme l'Insinue le ministre des Transports? Et quand Bkerké et les maronites ont-ils renié la Syrie sœur? Est-ce de cette façon qu'il conçoit le réalisme et l'intégration nationale?" Tout Libanais a le droit, à plus forte raison un député et un ministre, d'exprimer son opinion à propos des questions nationales. Et Bkerké n'a été de tout temps qu'un centre de ralliement des nationaux exprimant leurs vues librement et d'une manière démocratique. On doit donc discuter l'opinion de Bkerké par le dialogue démocratique libre. Quant à pousser la bêtise jusqu'à placer Bkerké au même rang qu'Israël, c'est un fait que personne ne tolère. Ni le musulman, ni le druze, ni le fils de n'importe quelle autre communauté libanaise. Bkerké est à tous les Libanais. Il en a été ainsi de tout temps et sous tous les régimes; avant, durant et après l'avènement de l'indépendance. Les patriarches maronites ont pris position envers les questions nationales, en prenant uniquement en considération l'intérêt supérieur de la patrie. Bkerké a toujours œuvré en vue de resserrer les rangs et d'unifier les positions. Quand le siège patriarcal maronite critique, ce n'est pas pour le plaisir de critiquer, mais pour défendre l'intérêt national et mettre en garde contre un déviationnisme allant à l'encontre du pays et de son avenir.

NADIM EL-HACHEM.