LA CHRONIQUE

LES INCARTADES DE LA REALPOLITIK AMERICAINE AU PROCHE-ORIENT

Indiscutablement, les Etats-Unis cultivent les ambiguïtés et ravivent leur flamme, au gré du vent, sans toutefois changer de nature, que ce soit au Proche-Orient ou ailleurs. C'est déconcertant, mais c'est vrai. En plus, elles nous étouffent. De ce fait, les rapports américano-arabes sont devenus chaotiques et la méfiance à l'égard de Washington, est certes, au bout du tunnel. Les chefs d'Etats arabes réunis au Caire les 22 et 23 juin ont défini à l'unanimité, les grandes lignes de la politique proche-orientale, fondée sur l'échange de la paix contre les territoires occupés, le droit du peuple palestinien à l'autodétermination, et l'application de toutes les résolutions onusiennes relatives, au retrait inconditionnel d'Israël de tous les territoires occupés. Benyamin Netanyahu, dont le programme s'annonce nettement aux antipodes des accords d'Oslo, compte, comme à l'accoutumée, sur la connivence indéfectible de son allié américain, qui a fait de son alliance avec Israël, un principe irrévocable de sa stratégie proche-orientale, au détriment du monde arabe, faisant fi, de ses amitiés et de toutes les convenances. Toutefois, le désarroi qui a régné à Washington, lors de la victoire inattendue de Benyamin Netanyahu, témoigne des erreurs de calcul et d'appréciation dont sont capables les dirigeants américains. Même l'opération préméditée "grappes de la colère", de triste mémoire perpétrée contre le Liban et aussi outrancière qu'elle fût n'a pas atteint l'objectif que prévoyait le tandem américano-israélien. En évoquant le massacre de Cana, Bill Clinton ne pouvait cacher son mépris à l'égard du "Hezbollah", le calomniant avec la virulence qui le caractérise et prétendant qu'Israël à son corps défendant, exerçait simplement son droit légitime d'autodéfense. Depuis son arrivée au Pouvoir en janvier 93, William Clinton, de son vrai nom, était convaincu que l'alliance avec Israël, est le pilier principal de la stratégie américaine au Proche-Orient, et, qu'à tout prix, il va falloir la mettre, à l'abri de tous les défis, d'où qu'ils viennent. Et d'ajouter: "Toute politique arabe allant à l'encontre de cette stratégie, devrait être colmatée aussi fort qu'en puisse être le prix!"

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Cette sacro-sainte alliance judéo-américaine, devait plus tard se traduire, par d'importantes manœuvres simultanées, et par des traités de libre-échange, portant sur les exportations américaines vers Israël, entre 1985-95, de 1,86 milliard de dollars à 5,7 milliards de dollars; et sur les importations américaines en provenance d'Israël de 2,17 à 6 milliards. A noter que le commerce entre les Etats-Unis et l'ensemble des pays du Maghreb et du Machrek, est de loin inférieur à ces chiffres. Ce qui prouve que la coopération entre les deux alliées est stratégique, dont la dimension va de jour en jour crescendo, dans les domaines sécuritaire, économique et diplomatique, sans toutefois oublier les accords bilatéraux sur la lutte contre le terrorisme et le développement du programme antimissiles Arrow et de Laser à haute énergie contre toute atteinte à la sécurité d'Israël. Paraphrasant un haut responsable du "Pentagone", l'alliance entre Israël et les Etats-Unis, ne dépend pas de personnes aussi haut gradées soient-elles, mais d'une communauté d'intérêts vitaux. La sécurité d'Israël, ajoute-t-il, est un accès libre à "l'or noir et ses dérivés", qui demeure l'objectif inéluctable de la politique américaine au Proche-Orient. La realpolitik américaine, ainsi conçue, est-elle une mise en garde, un diktat, à l'adresse des pays arabes réfractaires au processus de paix... ou une simple incartade? L'Europe des Quinze, adoptera-t-elle désormais, sans ambages, une politique plus équilibrée vis-à-vis du Proche-Orient? Sur ce plan, l'Etat hébreu, prête-il attention à l'attitude européenne, à la France en particulier, ou leur tourne-t-il le dos? Le monde arabe, traité toujours en vaincu, va-t-il enfin se solidariser et résister aux défis pluriels, de la Pax américano-israélienne qui, les ingrédients empoisonnés aidant, semble triompher, envers et contre tous? Le mini-sommet de Damas entre l'Egypte, la Syrie et l'Arabie séoudite, le 8 juin dernier, celui du Caire le 22 et le 23 du même mois, sont catégoriques: "un recul d'Israël sur les principes du processus de paix et ses engagements, serait interprété comme une menace réelle d'un retour à la tension et à la violence dans la région." Israël, lui, va-t-il à contre-sens de ce processus? Dans ce cas, il y a lieu de s'inquiéter. Les pays arabes, le Liban inclus, vont-ils être acculés derechef à goûter la potion amère d'une nouvelle conflagration, aussi cruelle que les précédentes? Dieu veuille qu'il n'en soit pas ainsi. Ces lapidaires interrogations, mille fois réitérées, renvoient à la douloureuse évidence quotidienne que vit le Proche-Orient, le Liban en premier, dans l'attente qu'une paix juste et durable pointe à l'horizon. Certes, on a l'âge de la paix que l'on cultive et les incartades de la diplomatie américaine... on en a marre!!!

"L'opinion publique est accoutumée aux incartades de la Realpolitik américaine. Aussi, est-elle, un exemple piteux d'un homme qui vit sa seconde enfance". William Eddy (Editorialiste de "Life")

José M. LABAKI.