EDITORIAL

Par Melhem KARAM

L'AMERIQUE FACE A GHALI ET A NETANYAHU

Pourquoi la campagne contre Boutros Ghali, l'Egyptien, le Copte âgé de 73 ans, le secrétaire général des Nations Unies? Est-ce parce qu'il a ordonné la publication du rapport de l'ONU sur Cana? Et pourquoi le rapport a-t-il été établi? Puis, avant la rédaction du rapport, pourquoi avoir effectué l'enquête? Est-ce pour être conservé dans les archives du secrétaire général… ou pour être publié? Ou bien tout cela s'est-il produit, après Cana, pour que le rapport soit publié s'il est favorable à Israël ou placé dans les archives du secrétaire général s'il est en défaveur de l'Etat hébreu? Naturellement, dans le monde libre, il est porté atteinte, parfois, à la liberté. Et dans les pays des droits de l'homme, les droits de l'homme s'exposent davantage que dans les autres pays. Car il existe dans le fin fond de l'homme quelque chose de caché… Ou est-ce parce que dans les pays des droits de l'homme, on se permet des passe-droits? Soyons pratiques et pragmatiques. La publication du rapport sur Cana, a-t-elle provoqué l'échec de Shimon Pérès, au point que la colère américaine provoquée par sa publication a rapproché Bill Clinton de Bob Dole jusqu'à priver Boutros Ghali du renouvellement de son mandat, à l'instar de ses prédécesseurs, les secrétaires généraux? Non, l'histoire est plus grande que l'histoire de Cana. Il a été dit de Boutros Ghali que c'est un oriental, un Arabe et un francophone; qu'il a échoué en Bosnie, dans les Balkans, en général… et en Afrique; que c'est un "indépendant"; c'est-à-dire ayant une personnalité et une opinion. Avec cela, il avoue avoir cent quatre-vingt cinq "patrons" et reconnaît qu'il exécute les ordres de ces patrons dont est formée l'assemblée générale des Nations Unies. Tous les griefs sont rayés… sauf un seul… lequel est la cause de l'opposition américaine qui place l'Amérique face au monde dans la bataille du secrétaire général, à savoir que Boutros Ghali est "indépendant", son indépendance entraînant une attention aux histoires du Tiers Monde… une attention de foi, non de complaisance ou de pitié, non pareille à celle des grands de l'Occident à l'égard du Tiers Monde… le monde des quarante-huit pays sous-développés, dont trente-trois sont en Afrique. Ici se pose cette question: Pourquoi l'Amérique ne retient-elle pas le grief qu'elle invoque contre Boutros Ghali, à savoir qu'il est "indépendant" et, partant, "gênant"… pourquoi ne retient-elle pas le même grief contre Benjamin Netanyahu? Et pourquoi détecte-t-elle dans ses "non" des positivismes? Pourquoi appelle-t-elle à l'attentisme et veut-elle donner au chef du gouvernement d'Israël du temps pour se débarrasser de son costume électoral et revêtir celui du chef du gouvernement responsable? Même le président égyptien Hosni Moubarak parle à la façon de quiconque garantit Benjamin Netanyahu et les paroles de Netanyahu. Comme si les paroles de la justice doivent passer dans les abattoirs des bourreaux. Et comme si elles devaient dans ces abattoirs faire leur purgatoire, pour devenir des paroles acceptables. Le président égyptien déclarait au début de cette semaine au journal parisien "Le Figaro", que ce qu'a dit jusqu'à ce jour Netanyahu, ne sont pas les dernières paroles de Netanyahu. Le président égyptien sait beaucoup; nul ne doute de cela. Cependant, peut-on comprendre des paroles du président Moubarak que Netanyahu négociera avec les Arabes sur la base de "la terre contre la paix"? Et le Golan… Netanyahu le restituera-t-il à la Syrie? Et Jérusalem, et les colonies qui étaient dans la liste des "non" israéliens, que Netanyahu a traités avec ses interlocuteurs américains… seront-ils traités jusqu'à ce que le "non" se transforme en "oui? Le doute en cela est grand… le résultat des paroles américano-israéliennes n'étant pas parvenues jusqu'aujourd'hui à dissiper ce doute… Tout en reconnaissant que certaines paroles israéliennes ont été dites loin de la crispation des lettres de la négation. Mais ces paroles ne rassurent pas quiconque veut se baser sur un positivisme, à partir duquel il engagerait le dialogue avec une partie ayant rempli ses papiers et ses déclarations de négativisme. Boutros Ghali n'a nullement dit ce qu'a dit Benjamin Netanyahu pour mériter les "non" américains… avec l'unanimité de toutes les parties. En dépit de cela, ils ont été dits pour lui, contre lui et pour quiconque veut entendre. Avec Benjamin Netanyahu que seront les paroles américaines? Et envers Benjamin Netanyahu, que sera la position américaine? Si elle continue à se confiner dans la position du parrain envers l'opération de paix.