LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
DIVISES SUR LA TACTIQUE, LES OPPOSANTS SE RETROUVERONT-ILS EN NOVEMBRE?
S.Em. le cardinal Sfeir a bien fait de retirer son épingle du jeu et de prendre ses distances des opposants, tant ceux de l'intérieur que de l'extérieur: désespérant de leur faire entendre raison, en les amenant à unifier leur position envers les prochaines législatives - notamment de décider de les boycotter ensemble ou d'y prendre part - l'éminent prélat s'est installé au siège estival du patriarcat à Dimane pour quelque temps, sans doute jusqu'à la fin du scrutin dans toutes les circonscriptions électorales. Ceci lui épargnera bien des tracas et le mettra à l'abri des sollicitations des uns et des pressions des autres... Ainsi, répliquant à la "troïka", (Gemayel-Aoun-Chamoun), l'oppo-sition de l'intérieur a résolu au cours d'une réunion tenue au domicile de Dr Albert Moukheiber à Beit-Méry, d'appeler les électeurs aux urnes, devançant de la sorte le décret présidentiel en ce sens devant paraître lundi dans l'édition spéciale du Journal Officiel. Il y a donc eu rupture entre les opposants de l'intérieur et de l'extérieur, ce qui indispose l'électorat, en général et chrétien, en particulier. Celui-ci est perplexe, autant que les candidats, lesquels ont besoin des suffrages des votants pour accéder au parlement, car cet état de choses favorise des candidats souvent moins représentatifs, dont l'élection aurait été moins aisée si les électeurs qui leur sont hostiles déposaient leurs bulletins en masse dans les urnes. L'électorat chrétien aurait préféré entendre un même appel des opposants que ceux-ci auraient diffusé au terme de concertations intenses, prenant en considération les intérêts d'une large fraction de notre peuple et ceux de la patrie. Car cette cassure aura pour conséquence d'affaiblir la classe politique dénonçant l'action officielle, au profit du camp loyaliste et des thuriféraires du Pouvoir. Maintenant, les opposants de l'intérieur et de l'extérieur se renvoient la balle, les premiers critiquant les seconds, pour avoir pris la décision du boycottage sans les consulter. Ce en quoi ils pourraient avoir raison, la "troïka" les ayant mis devant le fait accompli, estimant que ceux de l'intérieur ne dévieront pas de la ligne de conduite suivie en 1982. Or, le Dr Moukheiber et cinquante-deux "opposants" ont jugé préférable de participer au scrutin, cette fois, "parce que le boycottage n'a pas donné les résultats qu'on en escomptait et n'a nullement contribué à améliorer la situation intérieure qui s'est dégradée dans tous les domaines". "Puis, a dit le Dr Moukheiber, nous refusons que le peuple libanais renonce à ses responsabilités". Tout compte fait, les divergences entre les opposants de l'intérieur et de l'extérieur portent, non sur le principe, mais sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre leurs objectifs communs. Les deux parties finiront-elles par se retrouver d'ici au 21 novembre, date à laquelle la "troïka" de l'opposition rendra public son programme d'action pour l'étape future?
NOUVELLE MISE EN GARDE US CONTRE LES VOYAGES AU LIBAN...
En dépit de tous les efforts déployés en vue de rassurer les Etats Unis, pour les amener à annuler l'interdit frappant les ressortissants américains desireux de venir au Liban et empêchant la MEA de desservir de nouveau la ligne aérienne Beyrouth-New York, Washington continue à s'acharner sur notre pays d'une manière que rien ne justifie. De fait, le département d'Etat vient de renouveler une précédente mise en garde, comme il le fait chaque quelque temps - la dernière remontant à septembre 94 - pour avertir les citoyens US des dangers de venir chez nous et même de transiter par l'aéroport international de Beyrouth. "La situation au Liban est si dangereuse, assure-t-il, qu'aucun ressortissant américain ne peut se considérer à l'abri du risque d'attentats terroristes" (sic). Dans le même temps et pour décourager les Libanais désireux de se rendre aux USA, le département d'Etat indique que l'ambassade américaine à Beyrouth n'est pas en mesure de remplir les fonctions consulaires normales par mesures de sécurité et par manque de personnel... le téléphone local ne fonctionnant pas de façon fiable" (resic). Ce rappel, pour le moins gênant, indispose au plus haut point nos concitoyens, d'autant que rares sont les familles libanaises n'ayant pas des proches au pays de l'oncle Sam: la mise en garde du département d'Etat empêche ces derniers de venir au pays natal et leurs parents résidents de les rejoindre aux States, ne serait-ce que dans le cadre d'un voyage touristique. Pourtant, la situation au Liban n'est pas aussi dangereuse que dans d'autres pays du proche et lointain voisinage. Il n'y a pas eu ici des attentats au camion piégé pareil à celui qu'on a déploré, récemment, en Arabie séoudite et aucun Américain n'a été assassiné, à notre connaissance, à coups de couteau comme ce fut le cas cette semaine dans la capitale égyptienne. Washington ne peut invoquer le cas des otages kidnappés durant les douloureux événements "par des organisations qui continuent à opérer dans le pays" (!), pour la simple raison que ces dernières ont cessé d'exister. Si la capitale fédérale fait allusion au "Hezbollah", il est clair que ce mouvement limite son action à la zone frontalière et ne s'attaque nullement aux ressortissants américains ou de toute autre nationalité. Cela dit, nous constatons que, tout en s'interdisant de s'immiscer dans nos affaires intérieures et de contribuer à la formation des listes des candidats à la députation, le chargé d'Affaires US, a appelé lundi dernier les Libanais "à participer massivement aux prochaines élections législatives", tout en sachant que la "troïka" de l'opposition établie sur les bords de la Seine, a engagé l'électorat libanais à boycotter le scrutin. Il a prodigué ce conseil, après avoir transmis au chef de l'Etat un message du président Clinton relatif à ses entretiens avec Benjamin Netanyahu... Est-il possible que le chef de la droite israélienne ait susurré un tel conseil à l'oreille du chef de la Maison-Blanche, dans le but d'acroître la pagaille dans nos rangs en période électorale?
"BIBI" CHANGE DE TON APRES SON RETOUR DES USA…
Au terme de sa visite aux Etats-Unis et dès son retour à Tel-Aviv, M. Benjamin Netanyahu - qui excelle dans le système de la douche écossaise, en ce sens qu'il fait alterner les prises de position dures et conciliantes - a changé de ton et de tactique. Tout d'abord, en ce qui concerne les colonies de peuplement, le chef du gouvernement israélien dit qu'il n'a pas encore fixé sa politique sur dossier". Et tout en se réservant le droit de trancher et non un groupe extérieur, il a reconnu l'existence "d'un désaccord de principe sur le droit des Juifs à s'installer partout en Eretz Israël" (le Grand Israël) qui comprend la Cisjordanie… Cependant, il constate que "les colons se marient et ont des enfants… et qu'il est normal que les implantations grandissent aussi". Aussi, pour prévenir les heurts entre Israéliens et Arabes, envisage-t-il de percer des "routes de contournement" afin de permettre aux colons de circuler sans passer par des localités palestiniennes. Autre fait plus important: "Bibi" affirme: "Israël est prêt à avancer sur la voie de la paix, notamment avec le Liban et la Syrie". A cet effet, il devait se rendre hier jeudi en Egypte pour y effectuer sa première visite dans le monde arabe depuis son élection et reconnaît "le rôle essentiel du Caire dans le processus de paix". Il compte, également visiter la Jordanie, dont le ministre de l'Information, Marwan Moachar a déclaré lundi: "Nous donnerons à Netanyahu un délai pour admettre le principe de la terre contre la paix et le mettre en application". On sait que le Premier ministre israélien ne cesse de proclamer son intention de faire passer la sécurité d'Israël avant la paix… Enfin, David Lévy, chef de la diplomatie israélienne, a laissé entendre que les préparatifs sont entamés, en prévision d'une rencontre entre Netanyahu et le chef de l'Autorité palestinienne… Comme on le constate, le successeur de Pérès a changé de ton et même de tactique, avant même de quitter les USA, preuve en est qu'il a donné le feu vert pour l'accord en vertu duquel le groupe de surveillance du cessez-le-feu entre le Liban et Israël a été approuvé. Le texte de l'accord admet le système de la présidence tournante entre les Etats-Unis et la France - les deux pays dirigeant les réunions à tour de rôle, tous les cinq mois, celles-ci devant se tenir, incessamment, au siège du commandement de la FINUL à Nakoura (Liban-sud). Il n'est pas impossible, aussi, que Netanyahu ait mis de l'eau dans son vin et atténue de son intransigeance, à la suite de la décision prise à Mascate par les ministres des Affaires étrangères des pays signataires de la "Déclaration de Damas" - soit les six Etats membres du CCG, la Syrie et l'Egypte - de freiner le courant favorable à la normalisation avec l'Etat hébreu… Ceci risque de barrer la voie à l'établissement de relations entre Tel-Aviv et certains émirats qui ont déjà résolu d'ouvrir des bureaux de représentation commerciale dans la capitale israélienne et de signer des accords en vue de la fourniture de produits pétroliers et de gaz naturel à l'Etat hébreu.
ECHOS ET REFLEXIONS
A QUI PARDONNER?
En clôturant le débat parlementaire au terme duquel le projet de loi électorale a été ratifié, le chef du Législatif s'en est pris, sans la citer nommément, à la hiérarchie maronite, la critiquant pour avoir diffusé un communiqué au ton ferme, particulièrement sévère pour le Pouvoir, le blâmant d'avoir élaboré une loi inéquitable, sur base de laquelle sera organisé le scrutin d'août-septembre. Le président Nabih Berri qui avait, pourtant, à un certain moment tenté de se rapprocher des milieux ecclésiastiques, en multipliant les visites à Kaslik et à certains couvents du Kesrouan, - dont celui de l'Ordre des moines mariamites - a décoché ses flèches empoisonnées en direction de Bkerké, Sa déclaration quelque peu blessante, il l'a terminée par cette réflexion extraite de l'Evangile: "Pardonnez-leur mon Père, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font"... Nous ne savions pas que M. Berri était un fervent lecteur du livre saint et, aussi, qu'il maniait aussi adroitement l'art de la versatilité, capable de changer de position et de sentiments comme on change de chemises! Le cardinal Sfeir lui a répliqué, sans le nommer, naturellement, dans sa dernière homélie dominicale et, par son canal, au pouvoir, en rejetant sur ce dernier "la responsabilité du boycottage auquel appelle la "troïka" de l'opposition... dont toutes les demandes ont été rejetées ou accueillies dans l'indifférence". En effet, la nouvelle loi électorale ne traite pas tous les Libanais sur le même pied d'égalité. La consultation populaire ne sera pas supervisée par un Cabinet neutre, ni par des observateurs locaux ou internationaux; les déplacés ne sont pas mis en état de participer au vote et les candidats ne peuvent former leur liste électorale sur des bases homogènes... Ceci étant, c'est à la hiérarchie maronite, croyons-nous, de reprendre la parole de l'Evangile et de dire à l'intention de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir: "Pardonnez-leur, mon Père, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font..."
Edouard BASSIL.