AU TERME D'UN LONG PROCES
LA COUR DE JUSTICE ACQUITTE SAMIR GEAGEA DANS L'AFFAIRE DE L'EGLISE DE ZOUK
SETHRIDA: "Je n'ai jamais douté de son innocence"
La surprise s'est mêlée à l'émotion
dès la diffusion, par une station de télévision, d'un
flash annonçant que la Cour de justice avait acquitté le
Dr Samir Geagea, dans l'affaire de l'attentat à l'explosif contre
l'église Notre-Dame de la Délivrance de Zouk, le 27 février
1994. "Geagea est innocent"! La nouvelle a produit l'effet d'un
tonnerre en plein été, dans la maison du "Docteur".
Les dizaines de personnes qui attendaient autour de son épouse le
prononcé du verdict, n'ont pas cru leurs oreilles. Tous étaient
persuadés de l'innocence de l'ex-chef des Forces libanaises, mais
continuaient à appréhender un autre coup dur…
Sitt Sethrida n'a pu retenir ses larmes de joie et le moment de surprise
passé, elle s'est adressée aux personnes présentes
en ces termes: "Mes amis, la terre peut trembler, mais ne tombe pas.
Puisse ce qui s'est produit ce matin ouvrir la voie à une action
destinée à faire éclater la vérité et
à rouvrir tous les dossiers lourds de preuves accablantes à
l'encontre de personnes qui n'ont pas encore été inquiétées
jusqu'à ce jour…" Depuis que son époux a été
emmené un jour d'avril 1994, poursuivi sous l'inculpation d'avoir
fait dynamiter l'église et tenté de renverser le régime
(!), Mme Geagea a usé de diplomatie autant que d'intelligence, conseillée
par des avocats rompus à la tâche et les anciens camarades
de lutte de son conjoint. Tout en continuant à recevoir les partisans
et amis du "Docteur", elle n'a jamais désespéré
de voir rétablir la vérité, puisant la force dans
la prière qu'elle récitait, le visage tourné vers
le sanctuaire de la Vierge proche de son domicile dans la région
du Christ-Roi. Tôt ce matin-là, le cellulaire n'a cessé
de sonner chez elle, ses interlocuteurs étant des proches ou des
membres du Barreau qui tenaient à la rassurer quant à l'issue
d'un procès ayant traîné pendant plus de deux ans.
Invitée à commenter le jugement ayant acquitté son
époux, Mme Geagea s'est excusé de ne pouvoir rien dire, mais
a adressé un vibrant appel au président de la République,
"gardien de la Constitution et des lois", ainsi qu'à tous
les responsables, leur demandant d'améliorer les conditions de détention
du "Docteur" au ministère de la Défense, à
Yarzé où il est enfermé dans une cellule mal aérée
où ne pénètrent jamais les rayons du soleil. "J'espère,
s'est-elle limitée à dire, que ce jugement ouvrira une nouvelle
page pour faire prévaloir la vérité au Liban".
Et d'enchaîner: "Si j'ai pu tenir le coup jusqu'ici, c'est parce
que je n'ai douté à aucun moment de l'innocence de mon mari".
Mais si elle est heureuse de l'issue du procès, Mme Geagea ressent
une certaine amertume: son époux a réclamé l'acquittement
de ses compagnons de lutte et a pris leur défense lui-même,
lorsque ses avocats ont renoncé à accomplir leur devoir,
en signe de protestation contre les conditions dans lesquelles se déroulait
cette affaire. Mais il a été innocenté, alors que
certains membres des ex-Forces libanaises ont été condamnés
à de sévères peines de prison, quelques-uns par défaut.
Ceci attriste Sitt Sethrida qui rappelle un passage de la requête
présentée par son époux à la Cour de justice,
par laquelle il assumait sa défense: "Il est préférable
de passer un long temps en enfer en ayant été injustement
condamné, que de vivre un moment au paradis tout en ayant commis
une injustice".
Y.H.