LEGISLATIVES 96
DEUX ANCIENS MINISTRES EXPRIMENT LEUR OPINION SUR LA LOI ELECTORALE ET LE SCRUTIN
SAMAHA: “JE SOUHAITE QUE MES COLISTIERS NE SOIENT PAS DE SIMPLES COMPAGNONS DE ROUTE”
DANA: “J’ENVISAGE DE FORMER MA PROPRE LISTE A BEYROUTH”
La ratification par la Chambre du projet de loi électorale, a donné le coup d’envoi de la campagne, en prévision des législatives d’août-septembre prochain. “La Revue du Liban” a recueilli l’opinion de deux hommes politiques ayant pris part aux élections générales de 1992 ou les ayant boycottées: nous avons nommé: MM. Michel Samaha et Osman Dana, anciens ministres. Que pensent-ils de la nouvelle loi électorale et des conditions conformément auxquelles se déroulera le scrutin? Et, d’abord, comptent-ils poser leur candidature, dans quelle circonscription et sur quelle base?
SAMAHA: POUR LA TRANSPARENCE
A propos des alliances dans sa circonscription, le Metn-Nord, M. Samaha émet les réflexions suivantes: “Il est prématuré d’en parler avant de connaître les réactions suscitées par la nouvelle loi électorale. Je m’engage dans la bataille avec l’idée de parachever le programme sur base duquel je m’étais présenté en 1992 et suis disposé à m’allier aux candidats qui se soucient de répondre aux aspirations des Metniotes.”
- Feriez-vous partie de la même liste qu’en 1992?
“Les circonstances ayant entraîné la formation de cette liste ne sont plus les mêmes et celle dont je ferai partie, cette fois, sera forcément différente. Il importe, à mon avis, d’assurer avant tout la transparence dans la pratique. "Or, le problème de la liste de 92 réside dans le fait que tous les colistiers manquaient de transparence au double plan politique et du développement, celle-ci devant émaner de constantes que sont l’entente nationale, la Constitution et les lois en vigueur”.
- D’aucuns s’attendent qu’une alliance soit scellée entre le Dr Albert Moukheiber, M. Nassib Lahoud et vous-même...
“En ce qui concerne M. Lahoud, j’estime que c’est le député qui a le mieux joué son rôle au parlement et s’est distingué par une transparence hors pair. C’est pourquoi, je me considère dans la même position que lui envers les Metniotes et les Libanais. “Quant au Dr Moukheiber, je ne peux que respecter sa crédibilité vis-à-vis de lui-même et des citoyens et sa transparence politique. Je m’arrête aux stations importantes de son histoire politique, notamment sa position en 1982 et en 1983, plus exactement par rapport à l’accord du 17 mai. Il est possible qu'une alliance autour d’un projet politique ait lieu entre nous, sur base de la Constitution, des constantes et de Taëf.”
DES COLISTIERS QUI NE SOIENT PAS DES “COMPAGNONS DE ROUTE”
- On dit qu’une liste a déjà été constituée au Metn, formée de MM. Michel Murr, de représentants des partis Tachnag, populaire, syrien et Kataëb. Qu'en pensez-vous?
“Avec mon respect aux partis que vous avez mentionnés et aux éléments formant la liste, je crois que les Metniotes opteront sur base de la crédibilité de la parole et de la transparence dans l’action. C’est pourquoi, ils voteront en faveur des candidats qui ne seront pas de simples compagnons de route, mais pour ceux qui peuvent constituer un front homogène au Metn et au niveau de la patrie, à travers la position et l’action politique. "Je doute que quiconque s’engage dans la bataille électorale ait la possibilité de garantir son succès à l’avance, s’il ne donne pas la preuve de sa crédibilité et de sa transparence. Les Metniotes ne se rendent pas aux urnes comme des moutons de Panurge: ils accordent leurs suffrages aux candidats qu’ils jugent réellement aptes à les représenter et à traduire leurs aspirations”.
UNE LOI ELECTORALE INIQUE
- Comment jugez-vous la nouvelle loi électorale?
“Je la rejette, parce qu’elle est inéquitable et ne traite pas tous les citoyens sur le même pied d’égalité. “Au lieu de favoriser l’entente nationale et d’en raffermir les assises, cette loi sème les germes de la division entre les Libanais.”
- Les opposants établis à l’étranger auront-ils la possibilité de rentrer au pays et de participer en toute liberté au scrutin?
"Les circonstances et la manière dont le pouvoir agit actuellement me portent à répondre par la négative à votre question. Mais cela ne doit pas entraîner au boycottage de la consultation populaire, car ceux qui boycottent les législatives font le jeu des gouvernants.”
- Le pourcentage de la participation en 1996 sera-t-il meilleur que celui de 92?
“Je crois que les Libanais ont pris conscience maintenant de l’importance de leur participation. Je ne voudrais pas parler de pourcentage, mais je crois que les électeurs iront en plus grand nombre aux urnes, du moins dans certaines circonscriptions, si on leur assure de meilleures options. Dans ce cas, ils voteront pour rectifier le cours de la vie politique, voire pour sanctionner les députés qui auront failli à leur devoir”.
- Estimez-vous avoir réalisé ce à quoi vous aspiriez en posant votre candidature en 1992?
“L’expérience acquise au cours des quatre dernières années, m’incite à briguer un nouveau mandat parlementaire, afin de parachever ce que j’ai déjà entamé. Sur le plan intérieur, la pratique officielle déroge à la loi et à la Constitution. J’estime que les futurs députés auront à rectifier cet état de choses, en s’employant à édifier l’Etat des institutions, lequel doit supplanter “l’Etat des fermes” qui sévit actuellement, ce dernier poussant nos jeunes au désespoir et à l’expatriation. “Si nous voulons récupérer notre patrie et en faire une patrie pour l’avenir, il nous faut être fermes dans nos positions et dénoncer les pratiques déviationnistes du pouvoir. Le Liban doit redevenir la patrie des jeunes, non celle des désespérés et des émigrés”.
OSMAN DANA: “LA NOUVELLE LOI ELECTORALE EST INJUSTE ET INEQUITABLE”
M. Osman Dana, ancien député et ministre, pense que le climat des législatives 96 diffère de celui de 92, en ce sens que la participation sera plus importante. “Beaucoup parmi les opposants poseront leur candidature, dans l’idée d’entreprendre une action salvatrice au sein des institutions”.
- Qu'est-ce qui a changé, d’après vous depuis 92 pour qu’ils renoncent au boycottage?
“Pratiquement, rien n’a changé, mais les opposants croient pouvoir accomplir leur devoir en étant à la Chambre, qu’en dehors de l’enceinte parlementaire".
- Auront-ils la possibilité d’influer sur la décision, s’ils restent une minorité et ne joueront-ils pas, dans ce cas, le rôle de faux témoins?
“Ils feront entendre leur voix à l’opinion publique et œuvreront aux fins d’atteindre les objectifs pour lesquels ils militent. “Puis, les Libanais reconnaissent que la souveraineté nationale est bafouée et que la décision leur échappe, qu’ils boycottent ou non les élections générales. De fait, la décision en ce qui concerne les questions vitales, au double plan interne et externe, dépend de la Syrie et de la coordination avec Damas. "Quant à la présence militaire syrienne, elle est imposée au Liban et il en sera ainsi tant qu’Israël occupera des portions de notre territoire. Nous ne pouvons pas encore assurer notre sécurité sans l’appui syrien.”
- La participation au scrutin en 1992 a été de 13,6 pour cent; quelle sera la proportion en 1996?
“Elle n’excèdera pas 20 à 25 pour cent dans le meilleur des cas. Les Libanais ne feront pas montre d’enthousiasme, tant que l’ingérence dans la formation des listes se fait de manière à accroître les chances de candidats déterminés aux dépens des autres”.
LE NIVEAU DE LA REPRESENTATION PARLEMENTAIRE EN BAISSE
- Poserez-vous votre candidature?
“Je continue à examiner la possibilité de me présenter à Beyrouth où les électeurs, dans leur majorité, commencent à distinguer le bon élément du mauvais. “Je constate que le niveau de la représentation parlementaire a baissé, à tel point que je doute de faire partie d’une assemblée nullement souveraine, comme on le prétend. Des députés ayant leur poids politique ne peuvent rien changer à ce qui se planifie et se décide de la part de la troïka au pouvoir. “C’est pourquoi, les opposants ne peuvent rien changer. Puis, le ministre n’est plus ce qu’il était autrefois; même le chef du gouvernement et le chef de l’Etat ont les mains liées, la décision en ce qui concerne les questions vitales relevant des autres, au double plan régional et international.”
- Deux listes semblent devoir être constituées à Beyrouth, présidées l’une par le président Salim Hoss; l’autre, par le président Hariri ou quelqu’un de son bord. Feriez-vous partie de l’une d’elles?
"Je crois que d’autres listes seront formées par le président Rachid Solh et M. Tammam Salam. Je ne dévoile pas un secret en disant que je suis en mesure de former ma propre liste, fort d’une action politique nationale de plus de trente deux ans. “Puis, quatre d’années d’activité dans les rangs de l’opposition, m’habilitent à mettre sur pied une telle liste. Cependant, il me reste à prendre une décision, la situation n’étant pas entre les mains des responsables libanais au plan exécutif et des députés, au plan législatif. "J'invite donc mes fils et frères beyrouthins à revenir à leur conscience et à accorder leurs suffrages aux éléments les plus aptes à représenter la capitale qui est la conscience de tout le Liban”.
(Propos recueillis par GEORGES EL-HACHEM)