APPEL DE LA "TROIKA" DE L'OPPOSITION AUX LIBANAIS:

"VOTRE BOYCOTTAGE DES LEGISLATIVES EST UN DEVOIR ET LE REFUS DE L'HUMILIATION"

Au lendemain de la promulgation de la nouvelle loi électorale dans une annexe du Journal Officiel, la "troïka" de l'opposition, formée de M. Dory Chamoun, du président Amine Gemayel et du général Michel Aoun, appelle au boycottage du prochain scrutin, dans un communiqué dont lecture a été donnée au cours d'une conférence de presse, tenue par M. Dory Chamoun, vendredi 12 juillet au siège du PNL à Beyrouth. Le communiqué affirme que "les Libanais sont détenus dans une immense prison, l'échéance électorale qui va décider de l'avenir de l'entité, ne pouvant que surprendre dans cette "période cruciale". M. Chamoun poursuit: "L'expérience du parlement actuel qui ne jouit pas d'une véritable représentativité nationale, était désolante, en raison des hérésies et de ses pratiques. Cette Chambre était l'instrument grâce auquel ont été adoptés des projets visant à mettre à exécution un plan destiné à faire disparaître le Liban. Un Parlement fantoche peut-il adopter autre chose que des solutions fantoches?"

PARLEMENT IMPOSE PAR LA FRAUDE

Se référant au récent communiqué des évêques maronites ayant mis en garde contre "les pratiques d'un parlement imposé par la fraude", M. Chamoun s'attaque à la présence de certains "opposants" à la Chambre qui, selon lui, "n'a pas mis un terme à l'hérésie politique et aux pratiques humiliantes", mais au contraire a accordé une crédibilité aux décisions illégales. "Ces opposants sont devenus de faux-témoins". Le texte du communiqué poursuit: "Le prochain Parlement sera pire que le précédent. Il sera élu en l'absence forcée de dirigeants nationaux et sur des bases administratives illégales. Il sera contrôlé par une administration non libanaise, imposant son hégémonie politique et sécuritaire qui exercera des pressions pour servir ses propres intérêts, aux dépens de nos intérêts fondamentaux. "Tout cela se déroulera en l'absence de toute surveillance neutre. Peut-on accepter l'élection d'une Chambre fantoche, alors que nous sommes au seuil d'une période qui va définir notre identité nationale et notre destin?

ON VEUT RAYER LE LIBAN DE LA CARTE

"Nous sommes conscients que le but de l'organisation de ces élections dans la période actuelle et à l'ombre de ces circonstances, vise à faire disparaître le Liban. Nous mettons en garde les Libanais contre la participation en tant que candidats et qu'électeurs à la plus dangereuse opération de fraude qui vise à rayer le Liban de la carte...

..."Votre boycottage est une responsabilité et un devoir. C'est le refus de l'humiliation. ..."Nous vous donnons rendez-vous le 21 novembre 96 pour annoncer la création d'un front ayant pour but de définir un cadre pour notre lutte dans la période à venir". Après la lecture du communiqué, M. Chamoun répondit aux questions des journalistes:

ILS NOUS ONT POUSSES AU BOYCOTTAGE

- Pourquoi avoir attendu le vote de la loi par le parlement pour appeler au boycottage?

"Nous espérions un miracle de dernière minute, déclare-t-il. Nous avions déjà posé nos conditions pour une participation au scrutin: Nous réclamons une loi traitant avec égalité tous les citoyens. Nous refusons la création de citoyens de seconde zone. Malheureusement, ils n'ont pas pris en considération nos remarques comme s'ils cherchaient à nous pousser au boycottage. La nouvelle loi refuse la participation de l'opposition au pouvoir."

- Qu'est-ce que l'opposition a-t-elle accompli?

"Nous resterons à l'extérieur du Parlement sinon nous perdrons notre liberté d'action. "La surveillance internationale des élections a été refusée, sous prétexte qu'elle constituerait une intégration dans nos affaires intérieures. Comment, alors expliquer la présence d'armées étrangères sur le territoire libanais?" M. Chamoun invite les partisans de l'opposition à se réunir au sein du front qui sera proclamé le 21 novembre, "afin de mener la bataille du destin et d'éviter que le Liban devienne une sorte de "monnaie d'échange".

Ainsi, en décidant de boycotter le scrutin, la troïka de l'opposition refuse que "la décision nationale soit prise à Damas." L'appel au boycottage des élections est loin de faire l'unanimité des chrétiens: en effet, tout en contestant la nouvelle loi ("taillée sur mesure") qui prévoit un découpage électoral inégal, une partie de l'opposition qui avait boycotté les élections en 92, trouve qu'il est temps de changer de politique.

Rosine MAKHLOUF.