LA CHRONIQUE
OUI A LA RIVALITE DEMOCRATIQUE; NON AUX TROMPERIES TRIOMPHANTES
De tout temps, la vie parlementaire au Liban, fut semée d’embuches, entachée de lacunes et d'abus. Aussi est-elle un tremplin, pour arrivistes et colistiers qui entreprennent la course au pouvoir, dont la devise est: “Moi, à être servi en premier!” En dépit de son apparente cohésion, il a manqué peut-être à l’opposition, un certain pouvoir catalyseur pour affronter au plus vite les nombreux défis, - le seul qui lui aurait été nécessaire et à défaut duquel, les autres talents ne lui servent à rien, dans ce brouillamini inextricable, à tout point de vue. Certes la passion politique s’use, les rivalités passagères aussi, la fureur du débat tôt ou tard cessera, seuls les fruits et les comportements rationnels font la matière de l’histoire, rien d’autre. Au Liban, nous sommes tous malheureusement embarqués à bord d'un vieux navire de pêche, traînant ses filets dans les bien-fonds humains. Nous avons beau scander qu’il y a certain usage de l'homme comme un moyen et non comme une fin. Ce n’est certes pas à nous de nous résigner et de nous rallier à une action aussi vilaine, et nous ne permettrons jamais que d’autres le fassent en notre nom. La démocratie représentative, puisque c’est de celle-ci qu’il s’agit à l’heure actuelle, telle que nous l’avons élaborée à la mesure de ce pays, ne peut que triompher, aussi menacée soit-elle. Il est vrai, presque partout, que le parlementarisme est malade, et qu’il ne survivra que dans la fiction et le souvenir de son ancien éclat. Le Liban n'en est pas exclu, et pour cause: la démocratie tend à s’incarner dans les citoyens plutôt que dans les "assemblées”. Le suffrage universel, lui, ne se porte pas mieux. L’abstentionnisme va “crescendo”, le suffrage mérite de moins en moins l’épithète d’universel. Puisse le Liban d’aujourd’hui, et celui de demain, ne pas vivre cette périlleuse expérience, cette arme à double tranchant. Reputé souverain, le scrutin est-il devenu un monarque débonnaire et lointain, aussi étranger aux intérêts du Liban que le “Doge” à ceux de la Venise d’antan? Nous voilà revenus à la “distinction” chère à De Gaulle, entre “citoyens actifs et citoyens passifs”! Les élus, n’ayant qu’un lointain rapport avec le peuple, ne sont guère aujourd’hui, plus nombreux à constituer la classe politique où se recrutent gouvernants et administrateurs intègres et crédibles, politiques conscients et responsables. Puisse le nouveau scrutin démentir cette triste réalité. Quant aux partis politiques, ou ce qu’il en reste, n’en parlons plus; ce sont les gâteux de la République, fussent-ils, de Gauche ou de Droite!
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Au moment où les Libanais, loyalistes et opposants confondus, dénoncent à cor et à cri, les anomalies du processus électoral, d’aucuns se barricadent et passent à la contre-offensive, ramant à contre-sens de l’histoire, car le vote constitue un témoignage de civilisation. La grande question est de savoir quel cours prendra le processus électoral, alors que le ferment de discorde entre Libanais agite de plus en plus les esprits chagrins et les mauvaises consciences à la fois. L'opinion internationale se demande: quel sera l’avenir de la démocratie au Liban dont la situation s’avère chaque jour plus difficile? “L'ambition dont on n’a pas le talent, est un crime” dira Platon à ses disciples. Il fut un temps où la politique au Liban, était un pôle d’attraction parce qu’elle était libérée de toute entrave. Aujourd’hui, tous les signes de la démocratie sont renversés. Voulez-vous avoir une transparence du réel, les vices les moins avouables dont est atteinte notre démocratie? Voulez-vous un équivalent de cet univers politique, avec les cerveaux reptiliens, les diables et les cerbères qui nous guettent au quotidien? Voulez-vous voir en direct tout ce qui se passe autour de nous, à notre insu?... Alors, allez-vous promener dans tous les services d’une administration pourrie où fourmillent les margoulins de tous genres; autour des urnes électorales, de l’avis même des responsables, où morts et vivants se disputent le droit de vote sous le regard impassible d’un observateur mercenaire! Faut-il encore des preuves à cette dégénérescence politique qui sévit au Liban, à l’orée du troisième millénaire, laissant les Libanais se dégoûter de la démocratie avant d’en avoir joui?
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Toutefois, et malgré tout, il n’y a pas lieu de s'inquiéter. Au Liban, tout peut arriver. Le puissant souffle de liberté qu’il exhalait jadis, a-t-il quelque peine à retrouver sa forme la plus parfaite de notre démocratie représentative? Serait-ce possible que celle-ci soit tenue pour immuable? C’est aux Libanais, à l’opposition démocratique en premier, de revaloriser le parlementarisme, de ramener les Libanais aux urnes sans aucune contrainte, de restaurer l’Etat dans sa dignité. Nous ne voudrions jamais croire que toute autre conduite serait plus adéquate et plus effective pour la sauvegarde de la démocratie au Liban. A tout bon entendeur: nous ne sommes pas en train de prêcher une nouvelle utopie liberticide, encore moins, l'illusion folle d’une quelconque apolitique. Les deux attitudes sont rigoureusement révolues. Nous voudrions seulement dire avec Montaigne que la plupart de nos vocations sont “fallacieuses”, principalement nos vocations politiques et nous commençons à nous en ressentir plus que jamais. Le grand secret, le seul que nous croyons avoir découvert après de longues et dures expériences de l’univers politique du Liban, c’est que celui-ci ne sert à rien, disons pour être plus précis, à presque rien, mais sa capacité de nuire est infinie. C’est aux générations montantes, électeurs et élus, de faire preuve de maturité, et d’être plus utile, de mieux servir les intérêts du pays et le mener enfin à bon port. C’est à l’opposition démocratique, même dans la rivalité, de faire le jeu, de nous persuader qu’elle est en mesure d’agir en faveur d’un parlementarisme à l’air du temps. Il y va de son honneur, de sa crédibilité et de sa survie. Faute de quoi, elle perdrait sa raison d’être. Exemplarité, et mérite devraient servir d’enseigne. Des médiocres et des retardés, le Liban, en a marre.
“La démocratie est le stade suprême de la politique, celui, après lequel, il n’y a rien d’autre que le dépérissement de la politique elle-même. Voilà la vérité de l’avenir qui se déroule sous nos yeux incrédules.”
Francis Fukuyama (La Fin de l’histoire)
José M. LABAKI.