LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Jugeant “anticonstitutionnel” le refus du ministre de l’Intérieur d’accorder l’autorisation légale à cet organisme, 30 intellectuels ont adhéré à l’Association libanaise pour la démocratie des élections. M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président syrien, a assuré en rendant visite dimanche au chef de l’Etat en sa résidence de Zahlé (notre photo), que “la Syrie se tient à égale distance de tous les candidats à la députation et est garante de la liberté du scrutin et de sa régularité”.

LEGISLATIVES 96: TRANSPARENCE ET DEMOCRATIE

Parce que des juristes, des chercheurs, des professeurs d’université et des journalistes ont demandé l’autorisation de fonder une association pour la démocratie des élections ayant entre autres tâches de promouvoir une éducation électorale; autrement dit d’informer les citoyens sur la manière d’accomplir leur devoir d’électeur, le ministre de l’Intérieur a menacé de ses foudres les signataires de la requête. De plus, accusant ces derniers “de vouloir se substituer à l’Etat”, il a refusé de leur accorder l’autorisation requise. Cette étrange affaire a été, dimanche dernier, au centre d’un débat télévisé auquel ont pris part un membre de l’Assemblée, un avocat et un journaliste, notre confrère étant l’un des fondateurs de l’association mentionnée. Le parlementaire a qualifié “de surprenante” la réaction du ministre de l’Intérieur. “Si j’étais à sa place, dit-il, j’aurais accordé l’autorisation à une association de cette nature et encouragé sa création, en posant comme unique condition qu’elle se distingue par sa neutralité”. Le membre du Barreau a, quant à lui, observé que le contrôle des élections aurait eu, forcément, avec ladite association, un caractère moral... “Une telle association ne peut d’aucune manière se substituer à l’Etat; ni présenter aucun risque, du moment que ses membres doivent faire l’objet d’une enquête de la part des organismes officiels qualifiés ,sur base de leur casier judiciaire et d’un extrait de leur état civil”. Enfin, le journaliste s’est demandé si lui et ses collègues étaient des hors-la-loi, pour que leur requête suscite une telle réaction, du reste injustifiable, de la part d’un responsable censé encourager une pareille initiative, susceptible de consolider le régime démocratique auquel notre peuple est fermement attaché. Il nous revient que plusieurs membres de l’association ont démissionné du comité fondateur, dès le moment où un de leurs proches a décidé de poser sa candidature aux prochaines législatives, donnant ainsi la preuve de leur neutralité. Si l’Etat, par l’entremise du ministre de l’Intérieur, appréhende l'action d’une association pour la défense de la démocratie, c’est qu'il n’a pas confiance en sa capacité de garantir la liberté du scrutin et son intégrité. Sinon il aurait invité des observateurs locaux et internationaux, à superviser la consultation populaire. En faisant montre de transparence, le Pouvoir obtiendrait un certificat d’appréciation et prouverait qu’un Cabinet dont la plupart des membres et, peut-être, même leur chef, sont candidats aux législatives, peut assurer au Liban le déroulement du scrutin dans les meilleures conditions et un climat démocratique, à l’instar des pays évolués.

Deux responsables français et américain: MM. Hervé de Charette, chef du Quai d’Orsay et Dennis Ross, coordonnateur des négociations arabo-israéliennes, ont entrepris cette semaine une tournée proche-orientale, en vue de sortir le processus de paix de l’immobilisme. D’aucuns y voient la relance de la rivalité franco-US. Mais d’autres pensent qu’elle constitue un test de la volonté de Washington et Paris de coopérer pour prévenir un regain de tension et tenter de régler le conflit israélo-arabe.

MISSION DIFFICILE POUR DE CHARETTE ET ROSS AU P.O.

“Je viens pour écouter, m’informer et comprendre la position des uns et des autres. La France reste à vos côtés et est, désormais, un acteur majeur dans la région. Aussi, entend-elle assumer ses responsabilités”. Cette déclaration, M. Hervé de Charette, chef du Quai d’Orsay, l’a faite mardi à son escale libanaise, dans le cadre de sa nouvelle tournée proche-orientale qui l’a conduit après Damas et Beyrouth, à Jérusalem, Amman, Gaza et le Caire. C’est la première visite du chef de la diplomatie française en Israël depuis l’accession au pouvoir de la droite israélienne. Aussi, s’est-il abstenu de se rendre à la Maison d’Orient, siège de l’OLP dans la Ville sainte, afin de ne pas contrarier Netanyahu, à qui on prête l’intention de fermer cette institution palestinienne. Dans le même temps, M. Dennis Ross, coordonnateur des négociations arabo-israéliennes, entreprenait un nouveau périple dont l’itinéaire, contrairement à celui de ministre français des A.E., ne comportait pas d’escale dans nos murs. Aussitôt, certains milieux y ont vu une relance de la rivalité franco-américaine, laquelle s’était manifestée en avril dernier, lors de l’agression israélienne contre le Liban. Cependant, la présence de MM. de Charette et Ross peut constituer un test de la volonté de Washington et de Paris de coopérer en vue de prévenir un regain de tension dans cette région du globe. D’ores et déjà, les deux capitales sont parvenues à s’entendre autour du groupe de surveillance du cessez-le-feu dont leurs représentants assumeront la présidence à tour de rôle chaque semestre. Cela dit, cette intense activité diplomatique, venant après les pourparlers du nouveau chef du gouvernement israélien aux Etats Unis et sa rencontre au Caire avec le président Hosni Moubarak, alors qu'un émissaire de Tel-Aviv, le propre conseiller de Netanyahu effectuait une visite-éclair, cette semaine, à Oman et Qatar, pour des conversations destinées à concrétiser la normalisation des relations entre l’Etat habreu et ces deux émirats du Golfe, devrait en principe, dissiper le doute qui continue à planer dans certaines sphères arabes, à commencer par Damas. En effet, au cours d’une visite effectuée dimanche au chef de l’Etat en sa résidence de Zahlé, M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président syrien, a dit en substance: “Ce qui nous est parvenu des entretiens de Netanyahu à Washington ne rassure guère et il n’y a pas lieu d’être optimiste”. La Presse damascène se montre, elle aussi, méfiante: elle met en garde ceux qui misent sur la possibilité d’engager le nouveau Cabinet israélien sur la voie de la paix estimant “qu’ils compromettent la solidarité arabe”. Pourtant, Le Caire prévoit des progrès dans les négociations au P.O. Le chef de la diplomatie égyptienne l’a affirmé la veille de son départ pour Washington où il s'est rendu pour préparer la visite du Raïs aux USA. Fait encore plus curieux: le président Moubarak a dit que “les Palestiniens ont le droit d’exercer leur autodétermination à Jérusalem... Des progrès vont intervenir sur les volets palestinien, syrien et libanais”... Peut-on en déduire qu’il a eu raison de l’intransigeance de Netanyahu en lui ayant dit que “la main des Arabes restera tendue à Israël pour instaurer la paix, autant que les Israéliens tendront leur main aux Arabes?” Le tombeur de Pérès a-t-il réussi à dissiper les craintes du chef de l’Etat égyptien, au cours de leur première rencontre? On ne tardera pas à le savoir.

Selon des nouvelles non confirmées, Israël aurait proposé de retirer ses troupes du Liban-Sud contre un engagement de la Syrie de désarmer le “Hezbollah”. David Lévy, chef de la diplomatie israélienne, aurait chargé Yasser Arafat qu’il a rencontré mardi à Gaza (notre photo), d’un message en ce sens à son homologue syrien. Le président Hariri qualifie ces nouvelles de “peu sérieuses, ne reposant sur aucun fondement”.

LE RETRAIT ISRAELIEN DU LIBAN-SUD, UN BALLON D’ESSAI?

Une information de presse laissant prévoir un éventuel retrait de “Tsahal” de la zone méridionale, jusqu’aux frontières du Liban internationalement reconnues, a donné lieu à maints commentaires teintés de scepticisme, voire de soupçon, quant à une nouvelle tentative de notre voisin du Sud de vouloir dissocier les volets libanais et syrien des négociations. Et ce, dans un but qui n’échappe à personne: amener notre pays à signer un traité de paix avec l’Etat hebreu, à l’instar de ceux conclus avec l’Egypte, l’OLP et la Jordanie. Ou permettre l’établissement de relations pareilles à celles que Tel-Aviv entretient depuis peu avec certains émirats du Golfe, le sultanat d’Oman et Qatar, notamment. Le chef de l’Etat amené à commenter cette nouvelle, a répété ce qu’il ne cesse de ressasser depuis longtemps: “Qu’Israël évacue le Sud et nos forces régulières se chargeront de pacifier la région frontalière, en empêchant toute opération anti-israélienne à partir des zones où elles se déploieront.” L’information mentionnée, rappelons-le, lie le retrait de “Tsahal” au désarmement du “Hezbollah”. A quoi, le président Hraoui répond: “Après le retrait israélien, la résistance n’aura plus sa raison d’être.” Même M. de Charette a dit ce qu’il en pense aux journalistes: “Cela ne s’est pas produit depuis quinze ans. Si l’information s’avérait juste, ce serait parfait. Mais il ne faut pas se fier aux rumeurs qui comportent souvent des éléments d’inquiétude et d’autres positifs”. Aux dernières nouvelles; David Lévy, ministre israélien, des A.E. en aurait ouvert question à Yasser Arafat, quand il l’a rencontré mardi dernier à Gaza. Il l’aurait même chargé d’un message en ce sens à son homologue syrien... Tout compte fait, il s’agit, croyons-nous, d’un ballon d’essai, destiné à juger de la disposition des “Hezbollahis” à renoncer à leurs opérations militaires et à assouplir leur position, suite à l’échange des dépouilles et des détenus de part et d’autre de la frontière. Mais leur secrétaire général, cheikh Hassan Nasrallah, a nié tout rapport entre l’échange des détenus et des morts ou la mise sur pied du groupe de surveillance du cessez-le-feu et les nouvelles faisant état d’un retrait israélien unilatéral du Liban-Sud. De plus, il a exclu toute possibilité de conflit entre l’Etat libanais et la résistance si un tel retrait venait à se produire. D’ailleurs, le chef du gouvernement a démenti la nouvelle d’un éventuel rapatriement des forces israéliennes du Sud, disant “qu’elle n’est pas sérieuse et est dénuée de fondement”.

ECHOS ET REFLEXIONS

HEROISME OU TRAITRISE?

“Quiconque participera aux prochaines législatives ne pourra pas être taxé de traîtrise et celui qui les boycottera ne sera pas forcément un héros”. Cette réflexion qui leur permet de sauver la face, est émise par ceux qui, ayant boycotté le scrutin en 1992, jugent préférable d’y prendre part en 96. Il s'agit, comme on l'aura deviné, de l’opposition de l’intérieur, laquelle a pris le contre-pied de celle de l’extérieur. Peut-on louer les uns et blâmer les autres? A vrai dire, c'est une question de conviction et d’optique. Aux deux camps, nous répèterons avec le patriarche Sfeir: “Que chacun agisse selon sa conscience et assume sa responsabilité”. Les partisans du boycottage ont, quoi qu’on dise, de la suite dans les idées et défendent un principe avec acharnement, quels que soient le prix à payer et les sacrifices à consentir. Les autres - qui luttent pour le même objectif en usant d’une tactique différente - croient pouvoir accéder place de l’Etoile et “faire entendre leur voix de l’intérieur des institutions”. Certes, le peuple a le dernier mot. Toutefois, il s’agit de savoir si le scrutin se déroulera dans un climat démocratique, susceptible de garantir la liberté du vote et son intégrité. Ce point précis reste sujet à contestation, d'autant que le Pouvoir fait la sourde oreille à la requête par laquelle les opposants réclament la mise sur pied d’un Cabinet neutre. Or, l’actuel gouvernement ne peut se prévaloir de cet attribut, la plupart de ses membres et, probablement, leur chef, briguant des sièges sous l’hémicycle… De plus, ils semblent avoir de la prédilection, non pour le langage du dialogue en vue du bien commun, mais pour celui de la confrontation et du défi, tel que l’exige la “politique du rouleau compresseur”!

Edouard BASSIL.