D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

“CANA DE L’ARMEE” A L’OCCASION DU 1er AOUT

“Cana de l'Armée”, est le nom donné à la promotion des nouveaux officiers qui recevront leurs épées le 1er août, à l’occasion de la fête de l’Armée. Ce nom a été donné à cette promotion pour confirmer le baptême du sang que la Grande Muette subit en permanence au Liban-Sud, aux fins d’étendre la souveraineté de l’Etat à l’ensemble du territoire national, en application de la résolution 425 du Conseil de Sécurité. L’Armée qui, sous le commandement du général Emile Lahoud, a pu recouvrer le halo de prestige dont elle jouissait dans le passé et consacrer l’intégration nationale au sein, de l’institution nationale garante de la souveraineté et de l’indépendance, est appelée à s’acquitter d’un rôle encore plus grand, en vue de consolider cette conception et de l’approfondir. En assistant aux cérémonies du 1er août, les citoyens ont eu, une fois de plus, la certitude que le pari sur l’Armée n’est jamais perdant...

VERS LE REPORT DES LEGISLATIVES?

Selon des milieux renseignés, les législatives n’auraient pas lieu le 18 août comme initialement prévu. Il est fort possible qu’elles soient reportées au-delà du 20 septembre prochain, surtout si le Conseil constitutionnel prenait un arrêt autorisant l’organi-sation du scrutin suivant la nouvelle loi électorale. Mais si le Conseil relève des dispositions anticonstitutionnelles dans cette loi, le gouvernement et l’Assemblée se trouveraient devant l'alternative suivante: organiser la consultation populaire selon la loi de 1992 qui prévoyait des exceptions pour une fois ou proroger le mandat de la présente législature pour un délai suffisant (8 mois ou plus) à élaborer une nouvelle loi qui ne ferait l’objet d’aucune contestation.

LA BATAILLE NORDISTE

La bataille électorale au Liban-Nord n’est pas sur le point de prendre fin, avant de commencer, pour la raison que la liste de coalition n’a pu encore être mise au point, suite à des divergences portant sur quelques candidats qualifiés “d’indésirables”. Parmi ces derniers, le ministre des Transports, Omar Meskaoui. Ce dernier semble devoir faire les frais de la rivalité opposant les présidents Omar Karamé et Rafic Hariri. Le leader tripolitain s’oppose à son inscription sur la liste qu’il est en train de constituer, en coopération avec M. Sleiman Frangié. Au cours des derniers mois, M. Meskaoui a pris le contre-pied de toute décision ou attitude adoptée par le président Karamé. Ainsi, il a fait le jeu de M. Hariri quand il s’est agi de “limoger” l'ancien conseil d'admi-nistration du port de Tripoli et celui de la foire internationale Rachid Ka-ramé…

OPINIONS DE RESPONSABLES ET DE JURISTES

A part le ministre de l’Intérieur qui a déclaré, le jour même où dix députés ont présenté deux recours en invalidation de la loi électorale, que le scrutin se déroulera aux dates prévues, quel que sera l’arrêt du Conseil constitutionnel”, un membre de l’Assemblée, M. Auguste Bakhos et un juriste, Hassan Rifaï, s’attendent que ledit Conseil rejette les recours mentionnés. M. Rifaï soutient qu’après une profonde étude de la loi électorale, celle-ci lui paraît conforme aux dispositions de la Constitution. M. Bakhos juge que l’article de la loi invoqué par les signataires de la requête en invalidation, selon lesquels les citoyens ne sont pas traités sur le même pied d’égalité, cet article dit-il, ne permet pas de dire que les Libanais sont différemment traités, car ses dispositions s’appliquent aux citoyens, non aux régions et aux circonscriptions électorales.

L’OPPOSITION NECESSAIRE AU PARLEMENT

“L’opposition et le boycottage n’ont donné aucun résultat, observe Me Chaker Abousleiman”. Aussi, appelle-t-il les citoyens à voter en masse, afin de ramener la décision aux maronites qui, après avoir été marginalisés pendant quatre ans ne peuvent pas l’être pendant quatre autre années. Me Abousleiman précise que le cardinal Sfeir laisse l'entière liberté aux électeurs en leur demandant d'assumer leur responsabilité na-tionale. Cependant, il insiste sur la nécessité pour l’opposition d’être présente au sein de l’Assemblée. “Quant aux relations avec la Syrie, conclut-il, elles sont souhaitées par toutes les parties, à condition qu'elles soient basées sur le respect mutuel”.

BATAILLE FEROCE A ALEY

Les trois députés d’Aley; MM. Pierre Hélou, Fouad el-Saad et Marwan Abou-Fadel, alliés de M. Talal Arslan, engagent une bataille féroce dans cette circonscription, d’autant qu’ils ont tourné le dos à leur ancien colistier, M. Walid Joumblatt. M. Hélou se réjouit, affirment ses proches, de s’être libéré avec ses collègues d’une coalition qui aurait été établie entre les listes des deux leaders druzes. Fait à signaler: M. Arslan s’était rendu, récemment, à Damas pour expliquer aux responsables syriens les raisons pour lesquelles il ne peut coopérer avec le leader joumblatti dans les circonstances présentes... Il est probable que l’affaire du cheikh Akl druze y est pour quelque chose...

LIBAN-SUD: MEZRAANI CANDIDAT DU PCL

Notre confrère, M. Saadallah Mezraani, membre du Parti communiste libanais, a rendu visite à M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, pour l’informer de sa décision de poser sa candidature aux prochaines législatives au Liban-Sud. Il a précisé qu’en tête de son programme, figurent les libertés publiques, celle de la Presse notamment et la sauvegarde des principes démocratiques. M. Karam a formulé des voeux de succès à M. Mezraani dont il a vanté les qualités professionnelles.

JBEIL: CONSTITUTION DE LA "LISTE DES VALEURS ET DU DEVELOPPEMENT”

La “Liste des valeurs et du développement” à Jbeil, formée de MM. François Bassil, Fady Rouhana Sacre et Hassan Berro a proclamé son programme, dont les grandes lignes se résument comme suit: attachement à l’indépendance, à l’unité de la nation et à la liberté, séparation des pouvoirs et promotion d’une ère de justice sociale. Donnant lecture du programme de la liste, M. Bassil a exposé, tout d’abord, la conception que lui et ses colistiers se font de la mission du député, à savoir: représenter le peuple tout entier, contrôler l’Exécutif et contribuer à l’élaboration de lois susceptibles de profiter aux citoyens dans leur ensemble.

LISTES “OFFICIELLES” ET ELECTORAT ARMENIEN…

Le Pouvoir s’époumonne à nier l’intention qu’on lui prête “de former les listes de candidats, en prévision des prochaines législatives”. Mais certains de ses thuriféraires dévoilent ses “plans”, devenus un secret de Polichinelle! En effet, à l’issue d’une audience présidentielle, un membre du gouvernement, en l’occurrence M. Barsoumian, ministre de l'Industrie et du Pétrole, a déclaré littéralement, à sa sortie du palais de Baabda: “Traditionnellement, nous sommes (les Arméniens) avec les listes de… l’Etat. Nous ne changerons pas nos habitudes”. Il a ajouté: “Nous attendons de connaître la décision du président Hariri en ce qui concerne sa candidature afin de prendre position". M. Babikian, collègue de M. Barsoumian, a abondé dans le même sens. Dans le cadre d’une émission télévisée, le député (arménien) de Beyrouth a éludé une question qui lui a été posée, sur le point de savoir si ses coreligionnaires avaient intérêt à se mêler à des batailles électorales acharnées, comme c'est le cas à Beyrouth, au Metn-nord et dans la Békaa. Toujours est-il qu’il a émis cette réflexion, du reste judicieuse: “Les Arméniens ont leur poids plus que les autres électeurs libanais, parce qu’ils votent en bloc pour une liste et ne se prêtent nullement au jeu du panachage…"

ON DIT...

- Que la machine électorale d’un chef de liste dans un caza du Mont-Liban, a retenu déjà 2.500 voitures pour assurer le transport des électeurs et fait imprimer le portrait de ce chef de liste sur des T-shirts qu’elle distribue à ses supporters.

- Que des instances exercent des pressions, avec le soutien de parties régionales, en vue de favoriser la formation d’une liste de coalition à Beyrouth.

- Que deux candidats en vue dans la capitale ont remis au personnel attaché à leurs entreprises ou travaillant dans des institutions placées sous leur contrôle, des imprimés pour qu’ils y inscrivent leurs adresses et celles de leurs proches, amis et connaissances sous peine de sanctions...

...EN RACCOURCI

- M. Esmat Abdel-Magid, secrétaire général de la Ligue arabe., a émis un avis favorable à propos de l’éventuel retrait israélien du Liban-Sud, “à condition que cette opération s’inscrive dans le cadre de la résolution 425 du Conseil de Sécurité”. “Mais, dit-il, une telle éventualité deviendrait inacceptable, si elle avait pour objectif de dissocier les volets libanais et syrien aux négociations de paix”.

- Cheikh Mohamed Rachid Kabbani, mufti p.i. de la République, appelle tous les citoyens à accomplir leur devoir national en se rendant aux urnes, pour assurer l’accession au parlement d’éléments compétents et représentatifs

OPINION

LA DISCUSSION… UN NIVEAU ET UN DISCOURS

Le fait pour un texte légal du niveau de la loi électorale d’être soumis au Conseil constitutionnel pour juger de sa constitutionnalité, est une question qui se pose pour la première fois au Liban. Aussi, les citoyens la sui-vent-ils avec un intérêt soutenu, car une telle question doit être placée à l’abri de la politique; il ne peut qu’en être ainsi avec cette haute instance juri-dique. Le Liban a attendu longtemps la constitution du Conseil constitutionnel, par-ce que la constitutionnalité des lois était une demande pressante formulée, tant par les juristes que par les Libanais dans leur ensemble. Car il n’est pas facile, ni simple qu’une loi soit appliquée si elle n’est pas conforme aux dispositions constitutionnelles. La Constitution est la première loi dans le pays, la loi électorale venant en seconde position quant à son importance. De là, nous avons retenu la position adoptée par deux respon-sables du rang de ministre, à savoir: MM. Michel Murr et Bahije Tabbara, ministres respectivement de l’Intérieur et de la Justice. Tous deux se trouvent au plus haut niveau de la responsabilité politique et administrative. De plus, ils sont responsables de l’éla-boration de la loi électorale. Or, ils ont émis à propos des recours en invalidation de cette loi, des réflexions qui ne devaient pas précéder l'arrêt du Conseil consti-tutionnel. Leurs déclarations peu-vent embarrasser, alors que la controverse juridique doit rester à un niveau élevé, loin de tout ce qui peut porter atteinte à la discussion pondérée et responsable. Ici, une question s’impose: Est-il permis que deux mi-nistres disent que le Conseil constitutionnel émettra son avis dans un délai de douze jours, à compter du 30 juillet 1996" et, partant, que “les législatives auront lieu dans les délais prévus?” Ces paroles ne cons-tituent-elles pas un jugement précédent celui dudit Con-seil? On pourrait en déduire que le Conseil rejettera les recours en invalidation, pour que le scrutin puisse se dérouler dans les dates initialement fixées! Deux ministres de ce niveau auraient dû laisser au Conseil constitutionnel le soin d’étudier les deux recours présentés par dix députés, sans donner l’im-pression de vouloir influer sur les membres de cette haute juridiction. Ils savent, pourtant, que le Conseil constitutionnel ne peut être influencé que par les dispositions de la loi, ses membres émettant leur avis selon leur conscience. La responsabilité, les deux ministres le savent sans doute, doit rester au-dessus de toute interférence et à un niveau tellement élevé que même pas une rose ne puisse l’atteindre…

NADIM EL-HACHEM.