BLOC-NOTES
TERRORISME MADE IN USA
Clinton les attendait de l’Est, ils sont venus de l’Ouest. Plus précisément - comme l’enquête semble l’indiquer - de Belligham, près de Seattle, dans l’Etat de Washington, ainsi que du sud de la Virginie, à quelques tours de roue du Centennial Stadium, théâtre des Jeux Olympiques 96, dans cette bonne ville d’Atlanta, immortalisée par l’inoubliable Scarlett O’Hara. Malheureusement pour le président des Etats-Unis, cet acte de terrorisme sauvage n’est pas le fait de tueurs venus du Moyen-Orient, qu’il lui est si commode de désigner d’un doigt vengeur, mais celui de ses propres concitoyens. Des Américains. Non pas des Américains d’origine arabe ou sud-américaine, ni des noirs, ni des marginaux, mais des purs et durs, des WASP (White anglo-saxon people) bon teint, plus vrais que nature, garantis sur facture, en droite ligne du Mayflower. Bill Clinton, qui s’est fait le Richard Cœur de Lion de la croisade antiterroriste à travers le monde, semble ne pas en croire ses oreilles. Pourtant, il n’ignore pas que l’Amérique abrite, non loin de la Maison-Blanche, des milices ultra-nationalistes, composées de combattants d’élite, supérieurement entraînées, dotées d’armes sophistiquées, d’explosifs d’une redoutable efficacité, d’équipements électroniques performants. De plus, cette armée de la pénombre - dont le but avoué est de renverser le gouvernement fédéral - opère presque à visage découvert, puisque doublement protégée par la loi qui permet à chaque citoyen américain de porter des armes et par le 1er amendement de la constitution qui garantit le droit à la liberté d’expression. Ceci étant, on pourrait se demander si Warren Christopher ne ferait pas mieux de méditer sur ce qui se passe chez lui, au lieu d’utiliser ce qui lui reste de souffle à essayer de poursuivre la démolition du Liban, initiée par Henry Kissinger de triste mémoire. En effet, comme chacun a pu le relever récemment dans la presse, le département d'Etat a averti les citoyens américains des dangers de se rendre au Liban: “La situation au Liban est si dangereuse qu’aucun citoyen américain ne peut se considérer comme exempt du risque d’attentats terroristes”. C’est d’une mauvaise foi qui confine au burlesque! Depuis plus de sept ans, pas un seul cheveu de la tête d’un étranger n’a été touché au Liban. Les Américains peuvent-ils en dire autant? Peuvent-ils nous dire si c’est au Liban, si ce sont des Libanais qui ont fait sauter le bâtiment fédéral à Oklahoma City moissonnant 170 morts et 500 blessés? Le vol 800 de la TWA, qui s'est abîmé au large de Long Island, avec 240 passagers, après avoir décollé de Kennedy Airport, a-t-il été détruit par des “terroristes libanais”? Et le World Trade Center de New-York et l’attentat contre un bâtiment de l’armée américaine en Arabie Séoudite, et les diplomates américains tués un peu partout dans le monde, du Caire au Pakistan, de Rome à Athènes? Sans compter les centaines d’Américains et de touristes assassinés tous les ans, au cours d'une simple promenade à Central Park. Il y a deux mois, à la suite du crash d’un DC9 de la compagnie Valujet, disparu d’une façon inexplicable dans les marais des Everglades, non loin de Miami, Mary Schiavo, l’une des dirigeantes de la NTSB (National Transportation Safety Board) démissionnait de son poste, pour protester contre l’inefficacité de l’enquête, en déclarant: “Il est dangereux, désormais, de prendre l’avion aux Etats-Unis”. Dans ce cas, ne serait-ce pas plutôt à nous qu’il revient de mettre en garde nos concitoyens contre: “la situation aux Etats-Unis si dangereuse qu’aucun ressortissant libanais ne peut se considérer comme exempt du risque d’attentats terroristes”? A un groupe de députés qui réclamaient l’abolition de la peine de mort, Clémenceau, alors président du Conseil, répliquait: “-Que messieurs les assassins commencent!” Au président Clinton qui exige, sous peine de sanctions, que chaque pays, plus particulièrement ceux du Moyen-Orient, nettoient leur sol du terrorisme, nous sommes en droit de répondre, à l’instar de Clémenceau: “Que messieurs les Américains commencent”! Sinon, eh! bien, monsieur le président Clinton et pour en revenir à Atlanta, autant en emporte le vent...
ALINE LAHOUD.