EDITORIAL

Par Melhem KARAM
LA PAIX DE LA FORCE... OU LA FORCE DE LA PAIX?
Nul ne dévie de la ligne de la paix. Car ceci est devenu interdit. Même ceux qui disposent de tous les prétextes de la guerre, prennent prétexte de la paix et s’en servent comme d’un bouclier. Car la paix est devenue le bouclier protecteur pour ceux qui, en parlant de la paix, usent de paroles équivoques. Un exemple flagrant: ce qui s'est passé depuis peu à la mosquée Al-Aksa, s’était produit il y a quelques années à la mosquée Al-Ibrahimi. Avec la différence que l’ex-premier ministre Yitzhak Rabin n’a pas osé réclamer des comptes aux auteurs de l’attentat… Et Benjamin Netanyahu n’a pas osé empêcher l’opération d’Al-Aksa. Amnon Kapeliouk disait au “Monde diplomatique” au mois d’août 1994, que cent cinquante colonies juives aménagées sur les territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza, groupaient près de cent vingt-cinq mille colons, auxquels il fallait ajouter cent cinquante-cinq mille installés dans la partie arabe de Jérusalem. Dans la même déclaration, il était précisé que ces colonies ont été construites contre les lois et conventions internationales… Elles ont été édifiées, et cela est clair, afin de ne pas restituer les terres (appartenant aux Arabes) sur lesquelles elles se trouvent. L’attentat contre la mosquée Al-Ibrahimi en février 1994 a suscité des appréhensions quant à la menace que constituent les colonies… et les colons. Parce que l’extrémisme y réside, bien que le terrorisme soit un fait dont est responsable le gouvernant plus que les gens. Car le gouvernant, en général, juge plus facile de gagner l'extrémisme en faisant montre de complaisance à son égard. Aussi, ne s’engage-t-il pas dans le chemin rocailleux… celui du pouvoir du droit… le chemin menant à l'élimination de l’extrémisme… pour permettre aux gens de vivre paisiblement dans leurs milieux. Puis, cet extrémisme relève du tempérament; il est instinctif et inné. La modération, elle, est le fruit d’une éducation et d'une formation progressant petit à petit vers l'authenticité. L’extrémisme est le fait d’une heure, alors que la modération est une longue distance que traversent des générations persévérant dans l’épreuve. L'extrémisme n'est pas propre au Likoud en Israël. Lorsqu’on demanda un jour à Moshe Dayan pourquoi il appelait à la construction de colonies de peuplement dans les territoires occupés, comme pour laisser croire que les colons resteront éternellement en Cisjordanie, il répondit: “C’est vrai, les juifs doivent y rester jusqu’à l’éternité. Il a ajouté - et il se réclamait du parti du travail: “Je suis de ceux qui prônent l’expansion territoriale, si quelqu’un considère que l’Israélien établi en Cisjordanie n'est pas dans sa patrie. Il est dans sa patrie et sa terre. C'est pourquoi, je suis un expansionniste”. La prise de la Palestine par la force en 1948, provient de cette manière de penser; de la politique du “fait accompli”; la même politique, celle du “fait accompli” suivie par Israël au Liban… et dans la terre arabe occupée. La politique du “fait accompli” a toujours été la politique acceptable par le gouvernement de Tel-Aviv… qu’elle soit pratiquée par des gens en dehors de la Knesset, comme Gouch Emounim ou par des gens en vertu de décisions prises par le mouvement des kibboutz. La première colonie dans le Golan syrien, a été installée par le parti du “Travail”, cinq semaines seulement après la fin de la guerre de juin 1967. A la fête de Pâques, a été établie une colonie à Hébron, encouragée par un responsable du parti travailliste, Ygal Alon. Six mois plus tard, le gouvernement travailliste décidait de créer Kyriat Arbah… quartier formé de deux-cent cinquante habitations. La colonisation est une politique juive israélienne autour de laquelle se rencontrent le “Likoud” et le parti du “Travail”. L”un ne peut se prévaloir d’un mérite sur l’autre et nul n'a besoin d’encourager Ariel Sharon et Rafaël Eytan à se passionner pour la colonisation. Ici, une question se pose: Quel est le rapport de la colonisation avec la sécurité? La colonisation, au contraire, est un des moyens d’inquiéter la sécurité israélienne. Parce que l’Arabe attaché à sa terre qui lui est prise de force, comme l'est toujours l’action israélienne, n’assurera pas la sécurité israélienne, le jour où il le pourra. Ceci fait cohabiter les gens sur la non-confiance… laquelle engendre le défi haîneux, désireux de rendre le coup à celui qui a pris l'initiative de frapper. Une autre question se pose: Est-ce ainsi qu’Israël lie la sécurité à la paix? Et la sécurité d’Israël, qui est son droit, comme l'est la sécurité des autres, ne peut-elle être garantie qu’aux dépens des autres et la sécurité des autres, d’une façon spéciale? Et un peuple peut-il vivre en sécurité et en quiétude, alors que les peuples autour de lui sont angoissés et perplexes? La paix de la force est devenue une vue dépassée par le temps. Bien des gens se sont entourés d’une protection draconienne… et n'ont pas été saufs… la série moderne s’étendant de Kennedy à Rabin. Seule la force de la paix garantit la sécurité et la paix. Le gouvernement de Netanyahu agira-t-il avec un tel réalisme?