LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Saisi de deux recours en invalidation de la nouvelle loi électorale par dix députés, le Conseil constitutionnel les a admis quant à la forme. Puis, a confié à l’un de ses membres le soin de les étudier et de présenter un rapport sur base duquel cette haute instance juridique examinera les deux recours quant au fond, demain samedi, M. Wajdi Mallat, président dudit Conseil (notre photo) s’est limité à déclarer que l’arrêt sera rendu dans un délai de 25 jours, soit avant le 18 août, date à laquelle aura lieu le premier “round” des législatives au Mont-Liban.
EN ATTENDANT L’ARRET DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL...
En attendant certains politicards déblatérer contre les dix députés ayant présenté au Conseil constitutionnel deux recours en invalidation de la nouvelle loi électorale, un retentissant article de notre grand confrère, le regretté Georges Naccache écrit le 9 avril 1945, sous le titre: “Faites taire Monsieur Chamoun!”, nous est revenu à l'esprit. L'ancien chef de l’Etat, alors ministre plénipotentiaire auprès de la Cour St-James à Londres, était affligé d’une loquacité qui avait irrité l’éditorialiste. “C'est un novice en diplomatie; il apprendra, disaient certains pour excuser le bonhomme… Si à 45 ans, un diplomate libanais n'est pas maître de sa langue, ce diplomate devient un péril national… Il faut donc, pendant qu'il est temps de limiter les dégâts, faire taire M. Camille Chamoun”, avait notamment écrit Naccache qui était contrarié par les sentiments francophobes de ce diplomate, du reste talentueux, qui devait accéder dix-sept ans plus tard à la magistrature suprême. Ainsi, certains de nos politiciens, se prenant pour des “constitutionnalistes” invétérés, - dont deux membres du gouvernement - ont préjugé de la décision que prendra cette haute instance juridique et donné des leçons à ses éminents membres, tous connus pour leur savoir et leur compétence. L’un d’eux soutient que “la loi électorale n’est pas anti-constitutionnelle”. L’autre croit bon d'affirmer: “Les élections auront lieu dans les délais prévus, même si le Conseil constitutionnel opte pour la révision de la loi incriminée” (pour vice de forme ou de fond). Un troisième, en l'occurrence le ministre des Transports (!) réfute l’allégation de ceux - dont son collègue des Affaires étrangères - qui justifient le recours en invalidation de la loi électorale “parce qu’elle viole l’accord de Taëf”. Quel gâchis, vraiment! Ces membres du gouvernement auraient été mieux inspirés s’ils avaient attendu l’arrêt du Conseil constitutionnel. Or, en acceptant les recours des dix parlementaires, quant à la forme, cette instance reconnaît que les arguments invoqués par les signataires de la requête sont défendables. Ceux-ci invoquent, entre autres, l'article 7 de la Constitution qui stipule: “Tous les Libanais sont égaux devant la loi. Ils jouissent, également, des droits civiques et politiques. De ce fait, ils sont assujettis aux charges et devoirs publics, sans distinction aucune”. De ce principe de l’égalité devant la loi découle le principe de l’égalité des suffrages, principe que le Conseil constitutionnel de France a eu, maintes fois, à réaffirmer. Dans une décision datée du 1er juillet 1986, il affirmait que “la délimitation des circonscriptions ne devra procéder d’aucun arbitraire”. Selon “La jurisprudence du Conseil constitutionnel français, p. 251", et en vertu de ce même principe, cette haute instance juridique est tenue “de veiller au respect de la loyauté du découpage”. L'accord de Taëf retient le mohazat comme circonscription électorale; c'est ce qu’a fait le gouvernement Hariri pour cinq districts, le sixième (le Mont-Liban) ayant été découpé, arbitrairement, en cazas… A notre modeste avis, le Conseil constitutionnel a pour tâche pour le moins délicate de ne pas encourager l'arbitraire, dans lequel l’Exécutif semble se complaire! Et ce, pour éviter d’autres abus!…
Désespérant de se faire entendre (et comprendre) par Paris, la “troïka” de l’opposition installée sur les bords de la Seine, a décidé de transposer son action à Washington où doit se rendre l’ex-président Amine Gemayel (notre photo) “pour des consultations avec les responsables US”, Fait à signaler: l’ambassadeur de France à Beyrouth a prononcé, cette semaine, un vibrant plaidoyer en faveur de la ... participation!
POURSUITE DES TRACTATIONS ENTRE “PARTICIPANTS” ET “BOYCOTTEURS”
Alors que Dimane continue à adopter une attitude neutre entre ceux qui appellent à la participation au scrutin ou à son boycottage - le cardinal Sfeir laissant aux uns et aux autres toute latitude “de voter selon leur conscience”, partant du fait que les arguments invoqués par les deux parties pour justifier leur décision se défendent - les partisans de la participation et les boycotteurs poursuivent leur campagne, au risque de plonger davantage l’électeur dans la perplexité. Alors que les premiers semblent avoir baissé de ton ces derniers jours, les seconds persistent dans leur action intensive et la concrétisent par des meetings populaires destinés à convaincre les citoyens de ne pas se rendre aux urnes. Le dernier de ces meetings a eu lieu dans le Kesrouan, sous des slogans sans équivoque: “Boycottez pour sauver la patrie et rejeter la capitulation.”. On prête, à présent, aux partisans de la participation - occupés à nouer des alliances et à complèter leurs listes - l’intention de riposter aux boycotteurs, en organisant des contre-meeting populaires. Ceci sur le plan de l’opposition de l’intérieur. Quant aux opposants de l’extérieur et alors que l’ambassadeur de France à Beyrouth, rappelant la position du président Chirac et prédisant “de vraies batailles électorales dans plusieurs circonscriptions libanaises", faisait un vibrant plaidoyer en faveur de la participation, la “troïka” de l’opposition installée sur les bords de la Seine décide de transposer sa campagne aux USA... après avoir désespéré de se faire entendre par Paris. En effet, au terme de l’aborieuses concertations avec le général Michel Aoun et M. Dory Chamoun - le “amid” Raymond Eddé étant tenu au courant par le leader du INL de ces conciliabules - le président Amine Gemayel doit se rendre à Washington “pour des consultations avec les responsables américains”... Ce qui apportera de l’eau au moulin de la rivalité franco-US sur les scènes libanaise et proche-orientale, Cette démarche de la “troïka” serait utile et convaincante, si le Conseil constitutionnel émettait un arrêt corroborant “l’anti-constitutionnalité” de la nouvelle loi électorale, sur base de laquelle sont organisées les législatives de 96.
Entreprenant une action visant à relancer le processus de paix au P.O. et désespérant de faire entendre raison au “tombeur de Pérès” en l'amenant à assouplir sa position intransigeante, le président Hosni Moubarak a effectué, cette semaine, une visite à Washington où il a tenté, vainement semble-t-il, de convaincre le président Clinton d'exercer des pressions sur Tel-Aviv - à partir de son double rôle de “parrain” et de “médiateur”…
MOUBARAK N’A PU AMENER CLINTONA FAIRE PRESSION SUR NETANYAHU…
La bataille électorale en cours, pour acharnée qu’elle soit, ne peut occulter des questions vitales ayant une portée régionale et internationale, aussi. Peut-on passer sous silence le gel inquiétant du processus de paix depuis le mois de mars et, surtout, la remise en cause, par Tel-Aviv, du principe (adopté à la conférence de Madrid) de “la terre contre la paix”? Devant l’intransigeance du nouveau Cabinet israélien dont le chef fait la sourde oreille à tous les conseils de ses amis américains, refusant de restituer les territoires occupés - le Golan, notamment - et proclamant Jérusalem comme la capitale éternelle et unifiée d’Israël, le président Hosni Moubarak a pris l’initiative d’une action destinée à convaincre Benjamin Netanyahu de la nécessité de mettre de l'eau dans son vin… Le Raïs a déjà entrepris une première tentative le mois dernier, en recevant le tombeur de Pérès à Alexandrie. Mais son hôte israélien ne paraît pas avoir changé d'attitude. Au contraire, il croit pouvoir profiter des présidentielles US pour en faire à sa tête, le président Clinton n'étant pas en mesure d’exercer des pressions sur l’Etat hébreu dans l’étape présente… Ainsi, “Bibi” pense avoir ses voisins arabes à l’usure… Le chef de l’Etat égyptien s’est donc rendu, cette semaine, dans la capitale fédérale, pour des entretiens avec le chef de la Maison-Blanche, officiellement, “en vue d’amener son homologue américain à agir à l’effet de sortir les négociations de paix de l’impasse… et lui rappeler son rôle de “parrain” et de “médiateur”. Le Raïs a entamé sa visite de trois jours au USA par un long tête-à-tête avec M. Warren Christopher à qui il a réaffirmé que "la Syrie ne signera la paix qu’après avoir récupéré le Golan”, le principe de base des négociations israélo-arabes devant être celui de “la terre contre la paix. Aussi, a-t-il demandé à Washington” “d'agir afin d'empêcher le processus de dérailler”. (Il y a lieu de signaler que le secrétaire d’Etat US avait échoué dans sa tentative de convaincre Netanyahu d’assouplir sa position, en le rencontrant pour la première fois fin juin dernier, depuis son accession au pouvoir). Entre-temps, Netanyahu suggérait de discuter en priorité avec la Syrie des conditions d’un retrait israélien du Liban-Sud”, proposition considérée par Damas comme “un piège mortel visant à détruire le Liban et à compromettre la solidarité libano-syro-arabe”. Aussi, le président Moubarak a-t-il pris sur lui de relancer le président Clinton, sans parvenir, semble-t-il, à le persuader de faire pression sur le premier ministre israélien, dans l’espoir de sortir les négociations de paix de l'ornière… Au lieu de cela, le Raïs a entendu M. Clinton exprimer un refus, en demandant aux pays arabes, au cours d’une conférence de presse commune, “d’être un peu patients”… pour donner à Washington une chance de remettre en marche le processus de paix”… Ceci porte à penser que le chef de l’Exécutif américain n'est pas, actuellement, en état d’intervenir - et le peut-il en période préélectorale, au risque d’indisposer la juiverie américaine? - à l’effet d'amener Netanyahu à changer de ton, pour favoriser la reprise des pourparlers avec ses voisins arabes avant la fin de son mandat… en novembre!
ECHOS ET REFLEXIONS
HOMMAGE A LA GRANDE MUETTE
Quel que soit l’arrêt du Conseil constitutionnel à propos des deux recours en invalidation de la nouvelle loi électorale, seul un Cabinet neutre, dont les membres ne seraient pas candidats aux prochaines législatives, peut assurer l’intégrité du scrutin et sa régularité. Ce n’est nullement le ministre-candidat de l’Intérieur et le dispositif “draconien” qu’il s’emploie à mettre au point, qui rassureront les électeurs, quant à la possibilité de garantir le déroulement des élections dans un climat démocratique. L’unique garantie dans ce domaine, seules l’armée et les forces de sécurité intérieure, sont en mesure de la donner aux citoyens: la Grande Muette en veillant au déplacement de ces derniers en toute liberté jusqu’aux urnes; les FSI en empêchant les irrégularités et les passe-droits à l’intérieur et aux abords des bureaux de vote, quels qu’on soient les bénéficiaires. D’ores et déjà, le commandement militaire de Yarzé a pris position dans une circulaire adressée aux officiers et hommes de troupe, leur demandant “de ne pas s’immiscer dans les questions électorales.. en prenant en considération l’intérêt de la patrie”. Plus d’une fois, le commandant en chef de l’Armée s’est engagé “à assurer le comportement de la troupe sans discrimination ni parti-pris; à garantir à tous la liberté de l’action politique, celle des loyalistes et des opposants à la fois, à condition que ceux-ci ne perturbent pas la sécurité et l’ordre public”. Ceci le grandit et lui fait honneur. Ses prises de position successives en ce sens, inspirent confiance au corps électoral qui considère cette institution comme le rempart contre lequel s’écraseront tous les complots ourdis contre le pays des cèdres par ses ennemis de l’intérieur et de l'extérieur. Nous tenons à le proclamer à l’occasion de la fête du 1er août.
Edouard BASSIL.