D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

POURQUOI S’EST-IL ABSTENU

La décision prise par Me Ibrahim Kanaan de ne plus poser sa candidature au Metn a été motivée par maintes raisons, la plus importante étant la division survenue dans les rangs de l’opposition dans cette circonscription. Me Kanaan n’était pas, initialement, enclin à prendre part à la bataille électorale, partant du doute émis par une haute instance religieuse quant à la possibilité pour l’Autorité d’assurer l’intégrité du scrutin. S’il avait accepté de poser sa candidature, Me Kanaan aurait fait partie de la liste Moukheiber-Lahoud.

QUEL REMEDE A L’ABATTEMENT?

S.Em. le cardinal Nasrallah Sfeir constate que beaucoup de citoyens désespèrent de voir la situation changer. “Bien des Libanais, observe le patriarche maronite, disposent de diplômes supérieurs, d’une capacité de travail et de créativité leur permettant d’aider à la reconstruction du Liban... “Malheureusement, la plupart d’entre eux qui se sont expatriés, conservent encore la fâcheuse impression qu’ils ont emportée de la guerre et de ses séquelles...”

BATAILLE ACHARNEE A BEYROUTH

La bataille électorale s’annonce acharnée à Beyrouth, les trois principaux leaders sunnites: les présidents Hariri, Salim Hoss et M. Tammam Salam voulant se tailler la part du lion dans la capitale. Aux dernières nouvelles, le chef du gouvernement serait enclin à participer aux législatives à titre individuel, ce qui lui permettrait d’obtenir les suffrages des divers milieux et groupes de tendances différentes... Aux dernières nouvelles - et M. Tammam l’a laissé entendre - la liste de coalition serait difficile à constituer, les démarches effectuées par des amis communs pour amener MM. Hariri, Hoss et Salam à composition s’étant avérées infructueuses. Il nous revient de source renseignée, que M. Hoss formera sa liste, incessamment, face à celle du président des Makassed. Si le président Hariri et d’autres candidats décidaient de participer à la bataille à titre individuel, les listes concurrentes s’exposeraient au panachage, ce qui mettrait en danger certains de leurs membres...

DAMAS POUR LA “COALITION NON CONTRAIGNANTE”...

Des ministres et députés ont insinué à leur retour de Damas, que les responsables syriens sont favorables à une “émulation démocratique” entre les candidats à la députation, d’autant qu’ils tiennent à rester à égale distance des uns et des autres, les considérant tous comme des alliés ou des amis. Damas serait en faveur de “listes de coalition entre alliés, mais non contraignantes”. Ainsi, les dirigeants syriens ont tenté, vainement, de rapprocher MM. Walid Joumblatt et Talal Arslan. Ceux-ci s’affrontent à Aley, tout en laissant vacante la place du second candidat druze, afin de ne pas rompre les ponts entre les Yazbakis et les Joumblattis...

TRACTATIONS PERSISTANTES ENTRE “AMAL” ET LE “HEZBOLLAH”

Les tractations persistent entre “Amal” et le “Hezbollah” en vue de définir les principes sur base desquels les deux groupements chiites formeront une liste de coalition, à l’instar de celle qu’ils avaient constituée en 1992. Mais jusqu’ici, ils ne sont parvenus à aucun accord, en dépit du fait que des responsables militaires syriens, en l’occurrence les généraux Ghazi Kanaan et Ibrahim Safi, prennent part à leurs conciliabules. Les rencontres vont se poursuivre entre MM. Nabih Berri et Hassan Nasrallah, mais les observateurs pensent que bien des obstacles restent à aplanir, notamment celui concernant la “répartition des parts”.

MEETING ELECTORAL MONSTRE A DEIR EL-KAMAR

Les personnes ayant assisté au meeting de Deir el-Kamar au cours duquel Me Nagi Boustany a proclamé sa liste électorale, ont relevé le grand nombre de supporters qui s’y étaient rassemblés, évalués à 4.000. De plus, on a constaté la présence de plusieurs dignitaires druzes, ainsi que de délégations des villages d’Iklim el-Kharroub, du haut Chouf et de la région médiane de ce caza. La “Liste de la dignité et de la décision libre” est formée de MM. Nagi Boustany, Samir Aoun, du colonel Fouad Kiwan (maronites), Fayçal Hamdane, ingénieur; du brigadier Mohamed Saad (sunnites), de notre confrère Wiam Wahab, du Dr Nagi Abdessamad (druzes) et Sleiman Khattar (grec-catholique). Quant à la liste de M. Walid Joumblatt rendue publique, également à Deir el-Kamar, quatre heures après celle de Me Boustany, elle est formée des députés actuels de la circonscription, à l’exception de M. Samir Aoun. Dans son discours, Me Boustany a mis l’accent sur “la nécessité d’assurer une saine représentation de toutes les fractions de la société choufiote, par des éléments aptes à vibrer avec les citoyens et à répondre à leurs aspirations”.

K. EL-ASSAAD DANS L’EXPACTATIVE

Le président Kamel el-Assaad n’a pas encore pris de décision quant à sa participation aux législatives, à la tête d’une liste adverse à celles du président Nabih Berri, de M. Habib Sadek et, peut-être, du “Hezbollah” au cas où les tractations en cours ne parviennent pas à réunir “Amal” et le “parti de Dieu” au sein d’une liste de coalition. En fait, l’ancien chef du Législatif attend de connaître la fin des pourparlers entre “Amal” et le Hezbollah”, pour se décider, à la lumière de leur entente ou de leur désaccord.

M. AZAR RENONCE A LA “BATAILLE” PAR DEGOUT…

M. Mansour Azar a résolu de renoncer à s’engager dans la bataille électorale dans la circonscription du Metn, “en raison, disent ses proches, de la dégradation à laquelle ont abouti les milieux censés s’élever à un niveau supérieur de moralité et pratiquer la politique selon des principes sublimes réfractaires à toute compromission, de nature à répondre aux aspirations des générations montantes”. “Mon objectif, confie M. Azar, était de servir mes concitoyens sans discrimination aucune d’ordre confessionnel ou sectaire, dans le cadre d’une vision idéologique pure et saine. Cependant, la politique électorale nébuleuse suivie par certains, m’a incité à m’éloigner de ce climat, afin de ne pas porter atteinte aux fils de ma région et, encore plus, à ma crédibilité et à mon idéologie. “J’aurais voulu, ajoute-t-il, contribuer à assainir le climat électoral. Mais d’aucuns semblent agir en vue de corrompre la vie démocratique par des comportements répréhensibles, éloignés des buts que je me promets d’atteindre”.

RECONCILIATION ENTRE DAR EL-FATWA “ET AL AHBACHE”?

Les milieux beyrouthins n’ont pas caché leur surprise suite à la visite qu’une délégation de l’Association des projets de bienfaisance islamique (Al-Ahbache), dirigée par cheikh Hissam Karakira a rendue à cheikh Mohamed Rachid Kabbané, mufti p.i. de la République, à Dar el-Fatwa, en présence de M. Adnan Trabolsi, député ayant représenté cette association à la Chambre au cours des quatre dernières années. Cette visite, observe les milieux mentionnés, est la première du genre, traduisant le désir de mettre fin à plusieurs années de rupture entre Dar el-Fatwa et “Al-Ahbache, les divergences entre les deux parties mahométanes ayant atteint leur paroxysme, lorsque l'association islamique avait réclamé l’élection d’un mufti en titre à la tête de la communauté sunnite, cette haute charge étant assumée à titre intérimaire depuis l'assassinat du mufti Hassan Khaled. Il n'est pas impossible que Damas ait recommandé aux “Ahbache” de rétablir les ponts avec Dar el-Fatwa à l’occasion des prochaines législatives…

CANDIDATS SOUS LE SLOGAN DU RENOUVELLEMENT

Deux médecins sudistes, fils de deux médecins du Sud ayant représenté ce district à la Chambre durant près d’un quart de siècle, ont posé leur candidature aux prochaines législatives sous le slogan du “renouvellement et de la concrétisation des aspirations de la jeunesse libanaise”. Il s'agit, on l’aura deviné, des Drs Pierre Farid Serhal, pour le siège maronite de Jezzine, et Philippe Rached el-Khoury, pour le siège grec-catholique de Zahrani. Tous deux, assure-t-on, bénéficient d’un appui populaire certain. Cependant, il leur reste à avoir de "bonnes alliances” en vue d’assurer leur accession à la Chambre des députés.

ON DIT...

- Que plus d’un candidat “argenté”, a commencé à se faire réserver des espaces publicitaires télévisés dans le cadre de sa campagne électorale, bien qu’en principe une telle publicité soit interdite par la loi sur l'audiovisuel.

- Que des sources parlementaires ne s’attendent pas à ce que la bataille électorale soit ouverte d’une manière sérieuse au Liban-Sud avant la mi-août.

Que selon des milieux techniques, il serait question d’instituer un contrôle sur le réseau du cellulaire...

...EN RACCOURCI

- M. Khalil el-Khalil, ancien ambassadeur ayant démissionné pour poser sa candidature aux prochaines législatives au Liban-Sud, trouve étrange le fait pour le ministère de l’Intérieur de garder secrètes les listes d’électeurs... Aussi, a-t-il demandé que ces listes soient mises à la disposition des candidats et du corps électoral.

- Mme Tracy Chamoun a renoncé à poser sa candidature aux élections, partant de son souci "de ne pas provoquer de scission au sein du même rang” disant en substance: “L’unité dans l’erreur est préférable à la division dans le droit, surtout au cours d’une consultation électorale où l’Autorité et l'argent sont rois!”

OPINION

LA MAGISTRATURE... AUTORITE DES AUTORITES

L’arrêt rendu par le Conseil constitutionnel dans les recours en invalidation de la loi électorale a prouvé deux vérités: Primo, que le Liban est riche en institutions. Secundo, que la démocratie y est enracinée, en dépit de tout. C’est que la nouvelle institution, formée de l’élite de nos juristes, s’est prononcée dans l’intérêt de la démocratie, de la législation et de la perpétuation des institutions, partant du principe de la généralisation de la justice et de l’égalité. “Les Libanais sont égaux devant la loi”, stipule la Constitution. C’est dans cet esprit que le Conseil constitutionnel a traité l’affaire dont il a été saisie, laquelle a préoccupé tous les milieux au triple plan local, rgional et international, mettant à l’épreuve la solidité de cette institution. Le Conseil constitutionnel est sorti de ce dur examen avec succès, bien qu’il était appelé à trancher la première affaire publique de cette importance. Il se devait de rendre l’arrêt responsable dont dépendent bien des questions engageant l’avenir de la patrie: d’abord, sa pérennité ou sa disparition (To be or not to be). Ensuite, le report des législatives ou le maintien des dates fixées pour leur déroulement par le ministère de l’Intérieur. Enfin, confirmer l’appartenance du Liban au monde libre ayant foi dans la démocratie et se pliant à ses institutions, ou bien la sortie du Liban du club des Etats libres, pour rallier la longue série de pays qui prétendent pratiquer le régime démocratique, alors que leur comportement prouve le contraire. Par son arrêt, ce Conseil a consacré sa crédibilité qui l’a porté, en fait, à la position qu’il occupe: la plus haute autorité judiciaire et constitutionnelle, comme c’est le cas dans les Etats démocratiques, dont le verdict est sans appel et ne peut faire l’objet d’aucun recours. L’arrêt du Conseil constitutionnel acceptant le recours en invalidation quant au fond, doit être suivi d’une décision rapide, destinée à trancher le sort des élections générales, à travers la convocation de la Chambre en session extraordinaire. Car les dates du scrutin sont maintenant liées à cet arrêt, de même que l’éventuelle reconduction du mandat de l’Assemblée, si la situation devait exiger une telle procédure. La question qui se pose, à présent, est la suivante: Le report des législatives serait-il pour quelques mois ou années? Et dans l'intérêt de qui cet ajournement serait-il effectué? Puis, les motifs ayant nécessité le report des élections, en plus de l’arrêt d’invalidation de la loi électorale, auraient-ils été aplanis dans un tel délai? La conjoncture régionale constitue une cause principale par rapport aux élections libanaises Devrait-on précipiter les législatives ou proroger le mandat de la présente législature pour la moitié de la durée constitutionnelle, comme ce fut le cas par rapport à la reconduction du mandat présidentiel, du commandant en chef de l’Armée, du directeur général des FSI et d’autres commis de l’Etat? Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que les membres du C.C. ont montré leur attachement à la hiérarchie des règlements, des textes législatifs et aux principes légaux et humains qui préservent la liberté de l’homme et sa dignité. Ils sont entrés dans l’Histoire du Liban, de la région et du monde par la grande porte, affirmant que notre pays qui fut pendant des dizaines d’années une oasis démocratique, ne cesse de l’être et qu’il est possible de l’y ramener comme par le passé. De plus, l’arrêt du C.C. défend la magistrature du Liban dont les membres sont connus autant pour leur probité que pour leur compétence. Lorsqu’ils sont mis à l’abri du pouvoir de tutelle et des ingérences, nos juges sont aptes à remettre les choses en place. Le juge d’instruction en Europe occidentale peut arrêter les présidents et les responsables et, de ce fait, contribuer à réformer les systèmes en vigueur. Qu’est-ce qui peut empêcher la Justice de jouir de son indépendance et, partant, de contribuer à la réalisation de la réforme souhaitée par tous les citoyens? N’est-ce pas ce qui se passe dans les pays évolués?

NADIM EL-HACHEM.