EDITORIAL

Par Melhem KARAM
LES FRONTIERES DU PROCHE-ORIENT ONT LA DIMENSION DE L'UNIVERS
La sagesse du patriarche maronite, Mgr Nasrallah Boutros Sfeir, de laisser la liberté aux gens… de participer aux élections ou de les boycotter… est la sagesse de l’orientateur et du guide. Elle est beaucoup plus grande que “l’ascendance” du chef… “l’ascendance contraignante”. C’est que Bkerké a été induit en erreur. On lui a dit une chose… et on a fait autre chose. Lors du blâme… et le blâme est le savon des cœurs… il a été dit au patriarche que ceux qui ont promis, n’ont failli à leur promesse que parce que les grandes nécessités les ont contraints à le faire. Question: N’aurait-il pas été préférable pour les prometteurs de consulter les “grandes nécessités” avant de promettre? La parole reste aux gens. Ils votent ou se portent candidats. Ou bien ils ne votent pas et ne présentent pas leur candidature. Les gens ont plusieurs visages. Il en est parmi eux qui désirent voter… car la renonciation au vote équivaudrait à la démission, au plan de la citoyenneté. C'est-à-dire de l’Etat et de la patrie. D’autres ne veulent pas participer au vote, parce que les noms des élus sont inscrits sur le cahier… à l'encre rouge. D’autres encore boycottent parce que la situation actuelle n’encourage pas à la participation... et ne la mérite pas. Et il est malheureux de faire participer des gens qui aspirent à beaucoup mieux… Plutôt à en finir du vieillissement embarrassé, pour entrer dans l’ère de l'existence effective du citoyen et de la patrie. Aucune fois les gens n’étaient perplexes comme ils le sont aujourd’hui. Autrefois, quand ils n’étaient pas satisfaits de ce qu’ils voyaient, ils se rendaient aux urnes pour renverser, par leur intermédiaire, ceux dont la manière de gouverner ne leur plaisait pas. Le référendum est une question importante. C’est un miroir pour les gens; le miroir à travers lequel le pouvoir doit être vu et lire les réactions des gens. C’est pourquoi, le référendum est le propre du pouvoir démocratique; les régimes du Tiers Monde l’évitent, en général, car le pouvoir dans le Tiers Monde écrit et lit; rédige les bulletins d’information; voit et entend les bulletins qu’il rédige, tout en commentant la “vérité” de ce qu’il a vu et entendu. Aujourd'hui, les gens aspirent au changement… et ne peuvent le réaliser. Parce que l’urne, celle du vote, n’est pas l'endroit fidèle pour y placer le dépôt… l’opinion et le choix… le nom, la ligne et la vision futuriste. Pis encore, les paroles rassurantes ne sont plus capables de propager la quiétude. Nous n’aurions pas voulu arriver jusque-là… au point où le mécontentement s'est généralisé, colporté par les gens comme une information excitante et gênante… jusqu’à ce que l’inquiétude devienne voisine de la non-confiance et de sa jumelle. Non, non, nous n’aurions pas voulu cela. Pas du tout. Car cela est contraire à nos souhaits. Ainsi, en toute simplicité. Nous voyons autre chose que ce que nous voulions. Et ressentons le sentiment de ceux qui ont été déçus dans le plus cher de leurs espoirs. Puis, pourquoi tout cela? Parce qu’un temps d’attente nous est imposé… que nous sommes tenus de vivre avec le minimum de pertes? Autre question encore: Ne pouvons-nous pas passer cette phase angoissée, en démocratie, au lieu de la passer dans un supermarché du prêt-à-porter et de denrées comestibles en conserves? Tout cela jusqu’à savoir ce que nous devons répondre, si le projet “Liban, d'abord” nous est soumis? Tout cela pour savoir que Cana doit nous unifier, pour nous consacrer, après Cana, à réactiver le grand événement après l'avoir subi et avoir réagi avec lui? Tout cela pour savoir qu’Israël est notre ennemi et que le Liban est un pays arabe… Comme si le Liban, s’il n’était pas arabe, pouvait se prévaloir d'une autre identité? Tout cela pour savoir que le Palestinien peut frapper chez nous… mais par qui? Tout cela pour savoir que le pouvoir du Likoud parle, publiquement, de la paix et travaille dans les affaires de la paix, secrètement et en cachette, de crainte que ceux qui ont élu le Likoud depuis quelques mois, disent que leurs espoirs ont été décus par ceux qui les ont emmenés avec les cris des faucons et les ont éloignés avec le roucoulement des colombes? De toute façon, la paix n'est pas un mot prononcé à la légère. C’est un grand mot proclamé par les langues à grand bruit. Et nul ne sait dans quelle mesure Benjamin Netanyahu peut étouffer le grand écho pacifique. Et dans quelle mesure il refusera “la terre contre la paix” en tant que principe de négociations. Les pays du globe adoptent ce principe et refusent d’y renoncer. Dans quelle mesure, il refuse de restituer le Golan et de pousuivre le processus pacifique avec les Palestiniens? Si le chef du Likoud dit qu'il ne négocie pas sur le Golan et la Syrie dit qu’elle ne négocie que sur le Golan.. le Golan d’abord… qu’adviendra-t-il? Guerre? Terrorisme? Un désarroi prenant son point de départ dans cet Orient pour atteindre l’univers? Netanyahu peut-il assumer cette responsabilité face au monde entier… et face à ceux qui l’ont élu en Israël, parce qu’ils ont voulu amener au pouvoir la droite israélienne, religieuse et juive? La diplomatie secrète… et Netanyahu s’y associe… fait sa ronde, car le Proche-Orient est une géographie. Mais c’est une géographie de climat, non une géographie de frontière… Le Proche-Orient n’a pas de frontières… car ses frontières ont la dimension de l’univers.