LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Depuis l’accession du Likoud au pouvoir, les dirigeants arabes intensifient leurs conciliabules en vue d’unifier leur position, face à la velléité d’hégémonie israélienne. Après avoir conféré avec son homologue libanais (notre photo), et le roi Hussein, le président Assad a rencontré, mercredi, le président Hosni Moubarak à Alexandrie. En même temps, le souverain hachémite s’abouchait à Akaba avec Yasser Arafat.
LABORIEUSES CONCERTATIONS LIBANO-SYRO-JORDANO-EGYPTIENNES
Depuis l'accession au pouvoir de la droite Israélienne, les capitales arabes, en général et, spécialement, celles directement concernées par le processus de paix, mènent de laborieuses concertations en vue d’échanger les vues sur l’avenir de la région. D’autant que Benjamin Netanyahu se signale, de plus en plus par sa politique louvoyante et ne semble pas disposé à assouplir sa position. Même le président Clinton qui l’a reçu récemment à la Maison-Blanche, n’a pas réussi à lui arracher ne serait-ce qu’une promesse d’agir aux fins de favoriser la reprise des négociations avec Damas gelées depuis le mois de février. Au terme du dernier sommet arabe, le premier ayant rassemblé tous les souverains et chefs d’Etat ou leurs représentants, à l’exception de Saddam Hussein, la solidarité inter-arabe ayant été ressoudée, les Etats membres de la Ligue ont résolu d’œuvrer de commun accord, à l’effet d’affronter en rangs serrés un Etat pervers qui projette d’exercer son hégémonie sur la région proche-orientale, en cherchant à imposer la paix selon ses conditions. Sorti revigoré après le conférence du Caire, l’organisme panarabe a repris du service et dans une première déclaration, son secrétaire général, M. Esmat Abdel-Majid a condamné la politique d'Israël “visant à judaïser les territoires occupés”, avant d’entre-prendre une tournée dans les capitales arabes, afin d’examiner les modalités d’application des résolutions du sommet. Pendant ce temps, quatre dirigeants (libanais, syrien, jordanien et égyptien) multiplient les contacts et intensifient leurs concertations, pour faire front commun et ne pas laisser l’Etat hébreu les entraîner, séparément, sur son propre terrain pour les soumettre à son jeu. Ainsi, en l’espace d’une semaine, le président Assad a conféré à Damas avec le président Hraoui; puis, avec le roi Hussein (qui devait recevoir le lendemain Netanyahu), avant de gagner Alexandrie, mercredi, pour rencontrer le président Hosni Moubarak. En même temps, le chef de l’Etat syrien recevait mardi le président Berri et mercredi, le président Hariri, pour débattre des points que le groupe de surveillance du cessez-le-feu au Sud - ayant siègé pour la première fois hier jeudi à Nakoura - est appelé à discuter. Naturellement, l’option “Liban, d’abord” qui a été au centre des conversations, a suscité le doute quant aux intentions de Tel-Aviv, le précédent de “Gaza et Jéricho d’abord”, n’ayant pas été très rassurant... Aussi, la première réaction a-t-elle été forcément négative.
Entretenant le doute quant à ses intentions à propos du processus de paix - gelé depuis février dernier - Benjamin Netanyahu s’emploie, vainement, à dissiper les craintes arabes. Après sa visite à Washington et son entretien avec le roi Hussein (notre photo) il se dit disposé à reprendre les négociations, sans expliciter sa position envers les territoires occupés. En fait, le “tombeur de Pérès” est prisonnier des “faucons” et lié par ses engagements électoraux.
PRISONNIER DES “FAUCONS”, NETANYAHU EST LIE PAR SES ENGAGEMENTS ELECTORAUX...
“Notre but est de réaliser la paix avec la Syrie; aussi, sommes-nous prêts à reprendre les négociations de paix avec elle”, a déclaré Benjamin Netanyahu; à l’issue de sa rencontre lundi avec le roi Hussein à Amman. Le souverain hachémite avait conféré, la veille à Damas, avec le président Assad à propos du processus de paix et des moyens à mettre en œuvre pour le relancer. Puis, il avait eu un long entretien au téléphone avec le président Hosni Moubarak, dès son retour dans la capitale jordanienne pour un échange de vues, en prévision de son entrevue 24 heures plus tard avec le “tombeur de Pérès”. Le roi Hussein a nié l’intention qu’on lui prête d’entreprendre une médiation entre Damas et Tel-Aviv, se limitant à dire au terme de son tête-à-tête avec le nouveau chef du gouvernement israélien, qu’il lui avait fait part de la position (inamovible) syrienne: pas de paix avec Israël avant l’évacuation du plateau du Golan. Netanyahu n’a pas laissé entendre que cette évacuation est possible. En revanche, il a réaffirmé sa position envers la Ville Sainte; “Nous ne permettrons pas une nouvelle division de Jérusalem, ni ne supporterons une violation de notre souveraineté dans la cité. De plus, l’Autorité palestinienne ne sera pas autorisée à y ouvrir un bureau ou à maintenir la “Maison d’Orient”. Dans le même temps, le Cabinet israélien se prononçait en faveur de l’élargissement des colonies de peuplement en Cisjordanie et le conseiller de Netanyahu était dépêché à Washington pour expliquer à Warren Christopher et Dennis Ross la “politique de colonisation”, de la droite israélienne, telle que définie par ce parti lors de la campagne ayant précédé les élections du 29 mai dernier. “Bibi” reste donc prisonnier de ses options électorales et le chef du gouvernement ne paraît pas devoir (ou pouvoir) renier les engagements du candidat. D’autant qu’il est encadré en Conseil des ministres des représentants des partis religieux et des “faucons” du Likoud, Ariel Sharon en tête. Netanyahu a prétendu à Amman vouloir réaliser la paix avec la Syrie et à reprendre les négociations avec elle. A cet effet, il a fait parvenir à Damas, par la voie diplomatique (américaine), des propositions susceptibles d’en réactiver le processus. Quelle en est la teneur? Selon certains recoupements, il aurait suggéré, l’option “Liban, d’abord”, vieille rengaine visant à dissocier les volets libanais et syrien, partant du principe connu: “diviser pour régner”. Ainsi, use-t-il du système de la douche écossaise qui consiste à faire alterner les positions dures et conciliantes, dans l’espoir d’avoir l’adversaire à l’usure... L’option “Liban, d’abord” vise à neutraliser le “Hezbollah” au Liban-Sud, par un éventuel déploiement des forces syriennes aux côtés de nos forces régulières, après le retrait de “Tsahal” jusqu’à nos frontières internationalement reconnues. Si sa tentative venait à réussir - ce qui est peu probable - l’Etat hébreu créerait au Sud libanais une situation pareille à celle du Golan d'où les opérations anti-israéliennes sont prohibées... Sans résoudre pour autant le problème territorial qui l’oppose à la Syrie, espérant ainsi obtenir une trêve prolongée et garantir la sécurité de ses frontières Nord. Naturellement, il s’agit là d’un rêve aussi insaisissable que le mirage dans le désert... Tout compte fait, Israël ne peut avoir la paix et la terre à la fois: pour gagner la première, il est tenu de restituer la seconde; le plus tôt sera le mieux...
La veille des législatives et prenant les citoyens pour des béjaunes qu’on peut duper facilement, les gouvernants se sont rappelés, subitement, de l’achèvement de projets d’utilité publique; aussi se sont-ils empressés de les inaugurer à grand tapage. Ils ont, également, posé la pierre angulaire d’édifices publics à construire dans des délais indéterminés. Notre photo: le président Hariri - qui hésite encore à s’engager dans la bataille - se pliant au “rite’ pré-électoral...
INAUGURATION DE PROJETS… DANS LE CADRE DES LEGISLATIVES!
Les retrouvailles druzo-chrétiennes, dimanche dernier, à Mazraat el-Chouf, placées sous le patronage et la présidence du chef de l’Etat, peuvent-elles être considérées comme une véritable réconciliation entre la population de ce village, dont soixante habitants avaient été assassinés le 16 mars 1977, en représailles au meurtre de Kamal Joumblatt dont les auteurs n’ont jamais été identifiés? Ou bien s’agit-il d’une manifestation préélectorale, pareille à tant d’autres, que le chef et les membres du gouvernement président à l’approche des législatives dans un but qui n’échappe à personne? Nous pensons à l’inauguration de projets “d’utilité publique” et à la pose de la première pierre d’autres projets dont la réalisation attendra, sans doute, la semaine des quatre jeudis! Le président du Conseil, les ministres des Travaux publics, des Ressources hydrauliques et électriques, des Transports, de l’Education et d’autres encore, multiplient maintenant les déplacements dans les différentes régions du pays, à l'effet d’inaugurer une route, une fontaine publique, une école officielle, etc… Fait à signaler: ces membres du gouvernement - leur chef devrait prendre une décision, incessamment, à propos de sa candidature à Beyrouth - sont candidats aux législatives et c’est à quelques semaines du scrutin, qu’ils se sont se rappelés au souvenir de leurs… électeurs. Ils ont l’air de leur dire: “Nous travaillons pour vous et n'avons cessé de le faire… Si vous nous accordez vos suffrages, nous vous promettons de mieux faire la prochaine fois…" La réconciliation de Mazraat el-Chouf semble s’inscrire dans le même scénario et s'est déroulé selon la même mise en scène! Sa coterie laisse entendre que le ministre des Déplacés aurait voulu sceller la réconciliation des habitants d’autres villages choufiotes: Salima, Kfarnabrakh, Dfoun, Bmariam, Rimhala et Dhour Abaydié, celui de Chahhar el-Gharbi étant un cas plus difficile à trancher, du moins pour le moment. Cependant, le chef du gouvernement a, paraît-il, recommandé l’arrêt de toutes ces opérations durant la période électorale, afin qu’elles ne soient pas utilisées à des fins personnelles par les candidats à la députation… Mais quand on songe que le président de la Caisse centrale des déplacés a posé sa candidature à Aley, dont les députés ont porté plainte contre des fonctionnaires de ladite caisse, pour s’être mis au service de leur ancien patron, en ayant rallié ses bureaux électoraux, la recommandation de M. Hariri peut être assimilée à une tentative visant à réparer le mal après qu’il a été fait…
ECHOS ET REFLEXIONS
TOURNEE PATRIARCALE
En effectuant, samedi dernier une tournée dans le caza de Batroun l’ayant conduit de cette ville nordiste, à Jdabra, Ibrine, Bejdarfel et Kfarhay (où il a célébré la messe, après avoir dévoilé une plaque consignant la date à laquelle ont pris fin les travaux de restauration du couvent ayant servi de siège à plusieurs de ses anciens prédécesseurs), S.Em. le cardinal Nasrallah Sfeir s’est abstenu de parler de politique et même d’évoquer les prochaines législatives... ...Bien que les candidats à la députation dans cette circonscription se soient empressés de se joindre aux dizaines de milliers de fidèles qui lui ont réservé un accueil enthousiaste, chaque candidat ayant joué des coudes à l’effet de paraître aux côtés de l’éminent prélat... pour les besoins de la photo et de la propagande électorale! Mais le chef spirituel des maronites s’est rattrapé le lendemain et s'est étendu dans son homélie dominicale à Dimane, sur les élections et les conditions conformément auxquelles elles vont se dérouler. Sa Béatitude a insisté, en particulier, sur les “listes imposées qui privent l’électeur de la liberté du choix et du vote...” Et d’enchaîner: “Les élections doivent être une occasion de favoriser le changement, mais si le changement devient impossible, en raison d’une loi inique et du fait pour ceux qui occupent les postes de commande de s’y accrocher par tous les moyens possibles et imaginables, c’est là où réside le grand leurre”. Le cardinal-patriarche a, ensuite, présenté la politique comme “un art autant difficile que noble, exigeant une formation politico-nationale... les jeunes devant y être initiés en vue de prendre la relève”. Sans cela, ils ne peuvent jouir de la maturité politique, ni acquérir une expérience quant à la manière de gérer la chose publique.. et d’assurer la pérennité de la patrie. ...Mais à qui, ô David, lis-tu tes psaumes?
Edouard BASSIL.