NOTRE COUVERTURE

ENTRETIEN AVEC LE CHEF DE L’ETAT YEMENITE

LE PRESIDENT ALI SALEH A MELHEM KARAM :

NON, NOUS N’ACCAPARONS PAS LE POUVOIR NI N’ENTRAVONS LA REFORME

Mon rendez-vous avec le président Ali Abdallah Saleh a été retardé de deux semaines, la raison en étant la perte de mon passeport, trente minutes avant mon voyage. Je me trouvais, alors, à Damas d’où je devais me rendre à Sanaa à bord des Lignes aériennes yéménites. Je suis retourné à Beyrouth, après avoir cherché en vain mon passeport pendant six heures dans les jardins de l’hôtel “Sheraton” dans la capitale syrienne et m’être excusé auprès du Président. Puis, j’ai pris l’avion à l’A.I.B., la compagnie d’aviation yéménite ayant commencé à desservir une nouvelle ligne entre Beyrouth et Sanaa. Dès mon arrivée, le président Ali Abdallah Saleh m’a reçu et m’est apparu sous un nouveau look avec une coupe de cheveux jeune; l’effet de pratiques sportives persévérantes, un sourire, une bonne humeur et une faconde hors pair. La rencontre a eu lieu dans les jardins du palais présidentiel au “Midane As-Sab’hine”, en présence de son conseiller Abdo Borgi, et de nos confrères, Haytham Bachir et Georges Saad. L’entretien a duré une heure et demie, le Président s’étant montré très détendu, répondant avec un esprit d’à propos à toute question, qu’elle qu’en soit la nature. “Ne limitez pas vos contacts au chef de l’Etat, m’a-t-il dit, mais entretenez-vous, également, avec les opposants et donnez-leur le droit à la parole et à la publication. Je vous le demande, en exprimant à l’avance ma satisfaction quant aux résultats de vos entretiens avec eux, même s’ils s’en prennent à moi, personnellement. N’est-ce pas cela la démocratie? En s’adressant aux présidents arabes, le journaliste utilise les termes “excellence” ou “Monsieur le président”, deux mots qui lui permettent de dépasser l’impasse du protocole. Quant au chef de l’Etat yéménite, il préfère qu’on emploie “frère président”. J’ai usé des trois formules sans qu’il s’y oppose. Le président Ali Abdallah Saleh se distingue par sa grande sensibilité; il approfondit son sujet autant qu’il l’explicite, ne laissant rien dans l’ombre. Il était prêt à l’entretien; aussi, l’a-t-il rendu autant passionnant qu’instructif par sa modestie, sa patience et son sourire.

PREVISION A PROPOS DES ELECTIONS DE 1997

Melhem Karam: - Des préparatifs ont lieu, actuellement, aux élections législatives prévues pour le mois d’avril 1997, alors que la réconciliation nationale paraît être un projet visant à effacer les séquelles de la guerre de la partition. Cela peut-il se traduire par des élections dont émanerait un parlement reflétant dans son image et son climat la carte frontalière et politique dans le pays et un gouvernement plus représentatif de la situation; sept partis ayant accédé au parlement actuel et la majorité est constituée par les partis du congrès et de la Réforme qui détiennent maintenant le pouvoir?

Le président Ali Saleh: “Je m’attends que les prochaines élections reflètent une carte nationale englobant toutes les forces politiques actives dans la société, lesquelles reflèteront la formation du futur Cabinet.” Melhem Karam: - Les élections de 1993 ont dégagé des équilibres de forces ayant montré que le parti socialiste domine les provinces orientales et méridionales qu’il gouvernait avant l’union, alors que les partis du congrès et de la Réforme dominent les précédentes provinces du nord. Cet état de choses est-il appelé à changer et la fusion n’a-t-elle pas donné ses fruits dans le cadre de l’intégration nationale? Le président Ali Saleh: “L’intégration nationale s’est opérée d’une manière parfaite, surtout au lendemain du 7 juillet 1994. J’imagine que les prochaines élections au niveau des provinces n’auront pas les mêmes résultats que celles de 1993. Il en sortira une carte nationale incarnant l’approfondissement de l’unité nationale dans les diverses provinces et directions de la république”.

Le président Saleh en conversation avec notre rédacteur en chef.

LE PARTI DE LA REFORME, UN ALLIE STRATEGIQUE

Melhem Karam: - M. le président, on dit que le parti du congrès populaire projette d’évincer celui de la “réforme” de la coalition, après l’éviction du parti socialiste et, partant, d’accaparer le pouvoir sous prétexte de sauvegarder la sécurité et la stabilité, après l’émergence de divergences entre les deux partis coalisés autour de l’unification des programmes d’enseignement et de certains problèmes économiques. Comment évaluez-vous l’expérience de la coalition avec la Réforme?

Le président Ali Saleh: “Tout d’abord, il n’est pas exact que le parti du congrès cherche à exclure le parti de la Réforme du pouvoir, le second parti étant un allié et un partenaire stratégique de base. “En ce qui concerne le parti socialiste, nous souhaitons qu’il mette de l’ordre dans ses rangs, à l’ombre des nouveaux changements intervenus dans la patrie, conformément à la Constitution et aux lois en vigueur, en s’employant à consolider la démocratie et la formule nationale unioniste. Ceci raffermira le rôle du parti en tant que force active et lui permettra d’être notre partenaire en dépit des méfaits qu’il a commis contre lui-même et contre les autres. “Il est demandé du parti socialiste de condamner la partition, ainsi que ceux qui ont provoqué la guerre et, aussi, de profiter des leçons du passé, comme de l’expérience de son pouvoir et d’avoir foi dans les autres comme ces derniers ont foi en lui. "S’il ne pratique pas la démocratie dans ses rangs et ne modifie pas son programme politique conformément à la Constitution, il perdra sa raison d’être et se condamnera à devenir un décor ou une pancarte politique sans plus... Même si des mesures ne sont pas prises à son encontre.”

LA RECONCILIATION S’EST DEJA REALISEE

Melhem Karam: - M. le président, comment jugez-vous l’appel de l’opposition à la réconciliation nationale et comment réagissez-vous aux demandes du parti socialiste relatives à une amnistie générale englobant la liste des seize prévenus devant comparaître devant la Justice?

Le président Ali Saleh: “La réconciliation s’est déjà réalisée effectivement, à travers l’application de la loi sur l’amnistie générale et le retour de ceux qui avaient été induits en erreur, lesquels ont récupéré tous leurs droits. Le fait de répéter cet appel n’est autre qu’un discours politique. "En ce qui concerne les frères du parti socialiste se trouvant dans le pays, le gouvernement leur demande, comme il l’a explicité précédemment, de dénoncer les sécessionnistes traîtres qui ont déclenché la guerre et proclamé la sécession. Ainsi que je l’avais précisé auparavant, il n’y a pas de réconciliation avec ceux qui sont poursuivis par la Justice. Pas de réconciliation avec ceux qui ont allumé la guerre, proclamé la partition et sont devenus des outils au moyen desquels sont effectués les actes de terrorisme et l’action contre la république yéménite”.

NOTRE BATAILLE ACTUELLE EST CELLE DE L’ECONOMIE

Melhem Karam: - Malgré les efforts que vous déployez avec sincérité au niveau du développement, le chômage, les problèmes sociaux ou en rapport avec la vie quotidienne des citoyens persistent jusqu’à présent. Quelles sont vos orientations pour la prochaine étape, après l’élimination des séquelles de la guerre, quant aux moyens à mettre en œuvre en vue de traiter les problèmes urgents, au double plan social et du développement? Le renforcement du rial face au dollar constitue-t-il la future bataille du Yémen?

Le président Ali Saleh: “Notre bataille actuelle est celle de l’économie et du développement. Nous avons réussi dans deux batailles: la première a consisté à défendre la révolution et le régime présidentiel et, la seconde, à défendre l’unité et à faire face au complot de la partition. “Nous disposons, maintenant, d’un programme pour la réforme économique, financière et administrative qui commence à donner d'excellents résultats au niveau de la compression des dépenses, de l'accroissement des recettes, de la réduction du déficit dans le budget et l’amélioration de la parité de la monnaie nationale. “Ce programme a bénéficié d’un soutien international de la part de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions et organisations internationales. La situation s’améliore petit à petit. “De même, la parité de la monnaie nationale s'est améliorée par rapport au dollar US et les autres devises étrangères. Puis, la situation économique de notre pays n'est pas mauvaise, en dépit des séquelles de la crise, de la guerre et de la tentative de partition. “Le premier plan quinquennal pour le développement a pris en considération les besoins de toutes les régions de la république, en particulier les régions éloignées et tend à parachever les projets relatifs à l'infrastructure, aux projets de caractère économique et agricole, comme les services publics. Ceci réalise la justice de la distribution au plan du développement, élimine les legs du passé, tout en assurant un équilibre dans tous les domaines. “S’il plaît à Dieu, le plan quinquennal donnera des résultats satisfaisants; il est actuellement examiné par le parlement”.

NOUS NE REDOUTONS PAS LE DISCOURS RELIGIEUX

Melhem Karam: Ne redoutez-vous pas l'influence du discours religieux aux prochaines élections, surtout face à une inquiétude européenne et occidentale, d’une éventuelle extension de la vague fondamentaliste au Yémen pour des raisons sociales? Permettez-vous que les campagnes électorales soient menées des tribunes des mosquées?

Le président Ali Saleh: “La loi détermine les conditions conformément auxquelles doit s’effectuer la propagande électorale, par chaque parti, organisation politique et même par les candidats individuels. Tous sont astreints à entreprendre leur campagne d’après les règles définies par la loi. Toute infraction à ces règles, exposera son auteur aux poursuites. Nous ne redoutons pas le discours religieux, car notre peuple yéménite est musulman, conservateur et attaché à sa religion. Les Yéménites plaident pour l'Islam et ont porté son fanion sous tous les cieux. Puis, nous n'avons aucun problème de minorités de quelque nature que ce soit. Nous avons foi que les élections seront démocratiques et intègres, peut-être meilleures que les précédentes, car nous profiterons, sans nul doute, de l'expérience des négativismes qui se seraient produites aux élections de 1993".

LA RESTRUCTURATION ET LE REDEPLOIEMENT DES FORCES ARMEES

Melhem Karam: M. Le président, où en êtes-vous arrivé dans la restructuration et l’équipement des forces armées yéménites et êtes-vous satisfait du niveau atteint par cette opération?

Le président Ali Saleh: “Nous sommes très satisfaits de l’étape franchie dans la restructuration de l’institution militaire et sécuritaire, surtout après la guerre déclenchée par les sécessionnistes. Les forces armées ont été réorganisées en un temps record. Il a été procédé à leur redéploiement, après leur regroupement, d’une façon meilleure qu’avant la guerre et la partition”.

Melhem Karam: L’acceptation par le gouvernement yéménite de l’arbitrage international autour de l’île de Honeich, a donné lieu à une controverse dans le pays: craignez-vous que l’Erythrée dénonce les résultats de l’arbitrage? Auriez-vous des garanties quant à son engagement vis-à-vis de ces résultats, quelle qu’en soit la teneur?

Le président Ali Saleh: “Dès le début de la crise, nous avons opté pour le recours à la solution pacifique, ce qui a été favorablement accueilli par la communauté internationale qui lui a apporté son soutien. “Nous avons proposé la solution pacifique partant de notre responsabilité vis-à-vis de l’opinion internationale et pour garantir la sécurité de la navigation dans cette région du globe. D’autant que cette île se trouve à l'entrée sud de la mer Rouge, tout incident dans ce secteur pouvant perturber la navigation internationale. “Nous espérons que le même souci se manifeste auprès des frères en Erythrée par rapport à la solution pacifique et qu’ils s’en tiendront à l’accord de principes signé à Paris, spécialement en ce qui a trait à la désignation d’arbitres et à la présentation de documents. Toute dénonciation de cet accord de la part de l’Erythrée sera inacceptable de la part de la communauté internationale et elle perdra sa crédibilité. A notre avis, la solution pacifique est la meilleure et de nature à satisfaire les deux parties”.

RELATIONS SEOUDO-YEMENITES EXCELLENTES

Melhem Karam: Comment évaluez-vous les relations séoudo-yéménites? Et pourquoi le retard dans les travaux des commissions chargées de délimiter les frontières? Cela serait-il dû à des divergences qui vous opposeraient à vos partenaires au sein de la coalition gouvernementale, à savoir le parti de la Réforme, comme d’aucuns le prétendent?

Le président Ali Saleh: “Les relations séoudo-yéménites sont excellentes. Une coopération existe entre nous et les frères du royaume en vue de défendre les commissions pour qu’elles atteignent les objectifs définis. La réunion du comité supérieur bipartite se tiendra, peut-être, durant la dernière semaine du mois d’août, sous la présidence du frère cheikh Abdallah Ben Hussein Al-Ahmar, président de l’Assemblée nationale, de notre côté; et du côté des frères du royaume, de S.A. le prince Sultan Ben Abdel-Aziz, deuxième vice-président du Conseil, ministre de la Défense et de l'Aviation. Et ce, afin de soutenir les travaux des commissions et d’aplanir les obstacles entravant leur action. "Puissions-nous après la réunion du comité supérieur, réactiver les travaux des commissions et parvenir à des solutions susceptibles d’aider les deux directions politiques à prendre des décisions efficaces de nature à régler le problème des frontières entre les deux pays, en conformité avec la spécificité des relations fraternelles privilégiées liant les deux pays. “En ce qui concerne la seconde partie de la question, je précise qu’il n’existe pas de divergences entre les partris de la Réforme et du congrès à propos des travaux des commissions séoudo-yéménites”.

PAS DE NORMALISATION AVEC ISRAEL

Melhem Karam: On parle de visites que des Israéliens auraient effectuées au Yémen; est-ce exact? Envisagez-vous de normaliser les relations avec l’Etat hébreu et des pressions seraient-elles exercées sur Sanaa ou des conseils américains lui seraient-ils donnés pour favoriser la normalisation avec Tel-Aviv?

Le président Ali Saleh: “D’abord, il n’y a pas eu de visites au Yémen de la part de responsables ou de ressortissants israéliens. “Puis, il n’y a pas eu de pressions de la part des USA sur la République yéménite pour régler l’affaire de l’île de Honeich. Ce sont des nouvelles dénuées de fondement. “Notre position est ferme et claire: pas de normalisation, ni de négociations et de relations avec Israël, tant que ne seront pas récupérés les droits arabes spoliés par l’Etat hébreu et que la paix juste et globale n’aura pas été instaurée dans la région. Cela suppose des progrès sur les volets palestinien, syrien et libanais, la restitution des territoires occupés en Palestine, au Liban-Sud et au Golan, de même que la création d’un Etat palestinien ayant Jérusalem pour capitale. Nous soutenons le processus de paix sur base de la terre contre la paix. Il n’y aura donc pas de normalisation des relations avec Israël tant que ces objectifs n’auront pas été atteints”.

L’ARROGANCE D'ISRAEL PROFITE AUX ARABES

Melhem Karam: - M. le président, croyez-vous que Netanyahu continuera à provoquer les Arabes contrairement à toute logique, au risque de mécontenter l’opinion internationale? Est-il possible que l’Amérique lui donne satisfaction, ce qui lui vaudrait l’inimité de l’univers?

Le président Ali Saleh: “Je crois que l’arrogance israélienne dont Netanyahu est l’expression profite aux Arabes, car elle montre les Israéliens sous leur véritable jour. Tel est l’Etat hébreu et Netanyahu est le véritable visage israélien. Les autres gouvernements israéliens avaient trompé les Arabes et la communauté internationale, en prétendant œuvrer en faveur de la paix, alors que la vérité était autre. Netanyahu et les “faucons” du Likoud sont le visage véritable d’Israël; cela doit inciter les Arabes à s’acclimater avec ce fait et à agir en conséquence”.

Melhem Karam: - Croyez-vous que la paix soit imminente ou bien bute-t-elle sur des obstacles?

Le président Ali Saleh: “Israël conçoit la paix selon sa propre optique, sans tenir compte des résolutions internationales et des accords conclus dans le cadre des institutions internationales... Cela est clair dans le programme du Likoud et les discours de Netanyahu à la Knesset ou au Congrès US lors de sa récente visite à Washington”.

LA BATAILLE DE LA PAIX EST LONGUE ET DIFFICILE

Melhem Karam: - Peut-on déduire que la bataille de la paix s’avère difficile?

Le président Ali Saleh: “La bataille de la paix est longue et difficile. Mais à mon avis l’attitude dure du Likoud peut nous profiter en tant qu'Arabes, car elle nous permet de mener de bonnes négociations et d’arriver à une paix véritable dans la région. Car tous les accords conclus avec le parti travailliste ne seront pas respectés par le Likoud, qu’il s’agisse de ceux en rapport avec les colonies de peuplement, leur extension ou la restitution des territoires spoliés que l’Etat hébreu s’est engagé à évacuer. Cela est clair à Hébron. Par son intransigeance, Netanyahu montre le vrai visage d’Israël sans retouche. “Des pressions pourraient être exercées sur Tel-Aviv de la part des USA, de l’Europe, de la Russie, de la Chine ou des autres membres permanents du Conseil de sécurité pour contraindre Israël à favoriser le processus de paix ou à se conformer aux clauses des accords conclus. Mais en contre-partie, il y aurait des régimes dans le monde qui ne voudraient pas voir la paix s’instaurer dans cette région, parce qu’ils considèrent de leur intérêt d’y entretenir la tension et les conflits, en vue d’y écouler leurs armements... dont la mévente découlerait de la paix”.

REGLEMENT DU PROBLEME FRONTALIER AVEC LE SULTANAT D’OMAN

Melhem Karam: - M. le président, êtes-vous satisfait après avoir réglé presque tous les problèmes frontaliers avec les pays frères et voisins?

Le président Ali Saleh: “La République yéménite a réglé le problème des frontières avec le sultanat d’Oman frère. Ce fut une expérience utile et vous avez pu constater, il y a deux jours, une émission télévisée montrant la restitution de près de cinq mille kilomètres carrés de notre territoire par les frères omanais. “L’accord frontalier avec Oman a été satisfaisant, car il raffermit les relations cordiales et fraternelles entre les deux pays frères. Nous souhaitons qu’un tel procédé soit suivi entre tous les voisins dans la patrie arabe et le monde islamique, le règlement auquel nous avons abouti pouvant servir de modèle pour liquider les conflits frontaliers. Nous œuvrons, actuellement, en vue de parvenir à un arrangement similaire avec le royaume frère d’Arabie séoudite”.

Melhem Karam: - Comment jugez-vous les relations entre le Yémen et l’Arabie séoudite?

Le président Ali Saleh: “Les relations séoudo-yéménites sont cordiales et fraternelles; elles évoluent chaque jour de manière à servir l’intérêt des deux peuples frères et voisins”.

COOPERATION SEOUDO-YEMENITE

Melhem Karam: - Les deux accords dernièrement signés entre le Yémen et l’Arabie séoudite prévoient la lutte contre le crime, y compris la contrebande et l’extradition des prévenus. Est-il procédé à la livraison de ces derniers?

Le président Ali Saleh: “Les deux accords signés par les ministres séoudien et yéménite de l’Intérieur, sont excellents et constructifs, en ce sens qu’ils renforcent la sécurité des deux pays et de la région. Notre espoir est qu’ils soient appliqués d’une manière efficace. De notre côté, nous nous engageons à interdire toute activité hostile aux frères séoudiens qui serait entreprise à partir du territoire yéménite; qu’il s’agisse d’une activité d’ordre politique ou médiatique ou de toute autre susceptible d’inquiéter l'Arabie séoudite quant à sa sécurité. Le Yémen n’admet pas la présence sur son territoire d’éléments nourrissant quelque hostilité à l’égard du royaume frère. Nous nous attendons que l’Arabie séoudite agisse dans le même esprit et de la même façon par rapport aux éléments hostiles à la République yéménite”.

LA CONFERENCE DU CAIRE A RASSERENE LES RELATIONS INTERARABES

Melhem Karam: -Croyez-vous qu’il existe, à présent, une sérénité arabe complète permettant la tenue d’un sommet général?

Le président Ali Saleh: “Je crois que la conférence du Caire a constitué un bon début pour rompre la glace. Il est vrai que toute la glace n’a pas fondu, mais cette conférence et les résolutions prises peuvent rasséréner les relations interarabes. S’il plaît à Dieu, c’est un premier pas sur la voie de la consolidation de la solidarité arabe. Les dirigeants arabes ont chargé le frère président Hosni Moubarak de prendre les dispositions voulues en vue de régulariser les travaux du sommet”.

Melhem Karam: - L’explosion du camp de Saba à Aden le 15 mai 1996, quelle en était la cause?

Le président Ali Saleh: “Il fut provoqué par un court-circuit, l’enquête ayant établi qu’il ne s’agissait pas d’un acte criminel ou de sabotage”.

Melhem Karam: Le Yémen est-il prémuni contre l’extrémisme et le terrorisme?

Le président Ali Saleh: “Le Yémen condamne avec vigueur et force toutes formes de terrorisme et d’extrémisme, que ce soit sous la devise de la religion islamique, sous d’autres slogans marxistes, socialistes ou autres. L’extrémisme a prouvé son échec. La gauche extrémiste a échoué; de même que la droite extrémiste, preuve en est ce qui s’est produit en Afghanistan. L’extrémisme sous le couvert de l’Islam porte atteinte à cette religion”.

Melhem Karam: - Qu’en est-il de l'Iran et de son prétendu soutien aux extrémistes?

Le président Ali Saleh: “L’Iran est un Etat islamique frère auquel nous lient des relations fraternelles. Nous avons soutenu la révolution iranienne en tant que révolution islamique et espérons que ne soient pas confirmées les rumeurs selon lesquelles il pousse les extrémistes à agir ou les appuie”.

Melhem Karam: - Tout le monde sent que votre Excellence prépare une campagne virulente contre la corruption et les pots-de-vin dans l'administration. Quand cette campagne sera-t-elle entreprise?

Le président Ali Saleh: “C’est une campagne nationale contre la corruption, les corrompus et les corrupteurs. Elle a déjà commencé et donné de bons résultats; elle se poursuivra. S’il plaît à Dieu, de nouvelles mesures seront arrêtées après les élections pour en finir avec la corruption. Je crois que le procédé adopté pour consolider la démocratie est l’un des facteurs susceptibles d’aider à mettre fin à ce fléau. Car lorsque le parlement discute en direct à travers les moyens d’information audiovisuels ou réclame des comptes aux ministres et aux responsables et quand la Presse dénonce les corrompus, ceci constitue un moyen de combattre la corruption. “La démocratie qui indispose beaucoup de gens aide à la réprimer et à la corrompre.”

LES YEMENITES ONT OPTE POUR L’UNION

Melhem Karam: -Pensez-vous que ce qui s’est produit au Yémen durant la crise et la guerre a incité tous les Yéménites à opter pour l’union ou bien existe-t-il une fraction qui l’admet contre son gré?

Le président Ali Saleh: “Dire que certains y souscrivent de force, procède de rumeurs sans fondement. Ce qui s'est produit durant la crise et la guerre a fait prendre conscience à tous les citoyens du danger et, partant, les pousse à resserrer les rangs pour sauvegarder l’unité de la patrie. Les autres forment une infirme fraction ne représentant qu’elle-même. Ceux qui ont déclenché la guerre et la sécession se recrutent malheureusement, dans toute la patrie, de ce qu’on appelait le Nord et le Sud, non le Sud seul, comme d'aucuns le prétendent. “Je vous révèle un secret, peut-être pour la première fois: Un certain nombre de fils des provinces du Nord étaient avec la sécession, ou en étaient les instigateurs. Mais ils ont fait montre d’intelligence par la suite: en effet, quand la guerre a commencé et ayant constaté que la tendance en faveur de l’union allait l’emporter, ils se sont retirés et sont restés neutres. “Ceux qui ont œuvré en faveur de la sécession dans les régions méridionales, furent leurs victimes. Pourquoi la liste des personnes poursuivies par la justice ne compte-t-elle pas des éléments des provinces nordistes? Tout simplement, parce que ceux qui ont œuvré en faveur de la sécession publiquement et ont donné les ordres pour déclencher la guerre, se réclamaient de la direction du parti socialiste, ainsi que d’autres contre lesquels le Parquet général a engagé des poursuites. “Je condamne la sécession avec vigueur, ajoute le président Saleh. Le président Hafez Assad a, également, condamné la sécession, rejeté les positions des autres et insisté sur l’union, en dépit de tous les obstacles et les difficultés et réalisé la victoire voulue”.

Melhem Karam: - Quel était le mobile du mouvement qui s’est produit à Mkalla?

Le président Ali Saleh: “Il s’agissait d’un acte criminel pareil à tant d'autres qui se produisent partout au monde. Cependant, les éléments séparatistes en fuite ont propagé des rumeurs à son sujet à des fins politiques et pour ternir l’image du Yémen à l’étranger”.

AUCUNE MESURE N’A ETE PRISE CONTRE LE PARTI SOCIALISTE ARABE DU BAAS

Melhem Karam: - Qu’en est-il des mesures prises contre le parti socialiste arabe du Baas, qualifiées d’anti-constitutionnelles, émanant du comité des partis?

Le président Ali Saleh: “Aucune mesure n’a été prise contre ce parti qui accomplit ses charges d’une façon naturelle, sous la direction de son secrétaire général, le Dr Abdel-Wahab Mahmoud; c’est lui qui a obtenu l’autorisation du comité des partis, en application de la loi”.

Melhem Karam: - Que pensez-vous, M. le président, de ce qui se dit à propos des prétendues tentatives du gouvernement visant à diviser l’opposition?

Le président Ali Saleh: “Au contraire, nous encourageons le renforcement de l’opposition et la soutenons, car nous voyons en elle l’autre visage de la démocratie. L’opposition aide le système à rectifier le déviationnisme et les erreurs. Nous encourageons une opposition nationale forte et l’aidons à devenir une opposition nationale en vue de l’édification, non de la destruction”.

Melhem Karam: - M. le président, croyez-vous que le renforcement de l’Union européenne fait de l’Europe un bloc allié des Arabes allant à l’encontre de l’hégémonie américaine?

Le président Ali Saleh: “Nous encourageons et bénissons ce rassemblement européen en tant que force économique et militaire, en vue de l’équilibre et des intérêts. Cependant, je n’imagine pas que ce rassemblement puisse avoir; actuellement, la même force et la même dimension que l’Amérique”.

Melhem Karam: - Qu’auriez-vous à dire à propos de la position de la France dans la région?

Le président Ali Saleh: “La position de la France est excellente; elle avait une attitude positive à Charm el-Cheikh, au Liban et envers les causes arabes, en général. C’est un Etat qui assume une grande responsabilité internationale, ses prises de position au niveau mondial et proche-oriental étant bonnes. Nos relations avec la France sont excellentes”.

Melhem Karam: - Le Pouvoir traite la situation économique: parmi les moyens qu’il envisage de prendre, y en-a-t-il qui prévoient l’utilisation des capitaux étrangers et l’octroi de facilités aux investisseurs?

Le président Ali Saleh: “Notre loi régissant les investissements est excellente. Elle offre toutes les facilités et la protection aux investisseurs nationaux, arabes et étrangers. Des sociétés opèrent, à présent, dans notre pays dans les domaines du gaz, du pétrole, des minerais; des firmes arabes, américaines et asiatiques s’activent dans la zone franche d’Aden avec un capital considérable atteignant 600 millions de dollars dans la première phase. Des facilités sont accordées aux investisseurs dans notre pays; nous soutenons cette tendance et l’encourageons”.

CONTACT MAINTENU AVEC LE ROI FAHD

Melhem Karam: - Y aurait-il une rencontre dans un proche avenir entre votre Excellence et S.M. le roi Fahd?

Le président Ali Saleh: “Jusqu’à présent, il n’y a pas d'arrangements en prévision de cela. Cependant, le comité supérieur prend les décisions adéquates. Rien n’empêche ma rencontre avec mon frère le Serviteur des deux mosquées, le roi Fahd.”

Melhem Karam: - Avez-vous pris contact avec Sa Majesté pour vous enquérir de sa santé?

Le président Ali Saleh: “Nous maintenons le contact en permanence et toujours, je m’enquiers de sa santé, car une relation fraternelle et une profonde amitié me lient à Sa Majesté”.