APRES LE PRONONCE DU VERDICT DANS L’AFFAIRE DE L’EGLISE DE ZOUK

Tony Obeid.

TONY OBEID ET JEAN CHAHINE:

TOUT EN PROUVANT L’INDEPENDANCE DE LA MAGISTRATURE, L’ARRET DE LA COUR DE JUSTICE N’A PAS REVELE L’IDENTITE DU COUPABLE

Après le prononcé du verdict par la Cour de Justice dans l’affaire de l’église de Zouk, en vertu duquel le Dr Samir Geagea a été acquitté, “La Revue du Liban” a pu recueillir les propos de Tony Obeid et Jean Chahine, condamnés par contumace à la peine capitale, sous l’inculpation “d’avoir coopéré avec Israël pour exécuter l’attentat contre l’église.” Notre envoyé spécial, Joseph Mikhaël, les a rencontrés au lieu de leur résidence en Australie et a recueilli leurs commentaires, surtout au sujet de l’impact que leur condamnation peut avoir quant à leur séjour en terre australienne. L’arrêt de la haute juridiction libanaise peut-elle se traduire par leur éventuelle extradition et comment imaginent-ils leur avenir? Obeid et Chahine ont répondu à nos questions en toute franchise.

A la question: “Comment avez-vous accueilli la sentence de la Cour de justice?”, ils répondent en ces termes:

Tony Obeid (plus connu sous le nom de Tony Elias): “Deux ans après la campagne déclenchée contre les chrétiens, en général, et les Forces libanaises, en particulier; suite au prononcé de trois sentences et à la publication de maintes ordonnances d’inculpation, je ne suis plus surpris par aucune décision dirigée contre les F.L. parce que c’est l’institution la plus efficace faisant face au projet visant à exclure les chrétiens de la vie nationale, prélude à l’élimination de la patrie. “Je considère que le rôle de la Justice est de révéler la vérité et de confirmer le droit. J’ai la conscience tranquille tout en étant inquiet sur le destin”.

CHAHINE: L’AUTORITE DOIT PRESERVER LES DROITS DES GENS ET LEUR DIGNITE

Jean Chahine: “Je me demande ce qu’il y a de nouveau dans l’arrêt rendu par la Cour de Justice à propos de l’attentat contre l’église de Zouk! “Par le seul fait qu’elle est ma sœur, Antoinette Chahine a subi la torture et il lui a été demandé de signer une déclaration attestant que je me trouvais au Liban le jour de l’attentat. “A mon avis, le rôle de l’Autorité est de préserver les droits des gens et leur dignité, tout en sauvegardant les assises de la patrie. Mon innocence accroît le sentiment d’amertume que je ressens, quand je réalise que la patrie est menacée, en raison de ce à quoi s'exposent les chrétiens, mes parents et mes camarades.”

- Comment jugez-vous la sentence de la Cour, d’autant que beaucoup pensent que l’acquittement du Dr Geagea témoigne de la probité de la Magistrature et de son indépendance?

"Tout d’abord, nous voudrions commenter certains faits soulevés avant et après le prononcé de la sentence dans l’affaire de l’église de Zouk, en ce qui concerne, surtout, notre condamnation avec notre camarade Ruchdi Raad d’une manière injuste. “Nous voudrions, aussi, commenter l’aspect politique du procès (intenté aux Forces libanaises et à son chef), que certains cherchent à camoufler. Il s’agit d’un jugement politique. Nous prouverons notre innocence avec Ruchdi Raad de cette accusation qui nous a été collée injustement, pour des considérations politiques. “Ceux qui se sont attaqués aux Forces libanaises peuvent être classés en plusieurs catégories: il y a ceux qui veulent se donner de l’importance et les éléments stupides qui cherchent à jouer quelque rôle ou à occuper une position dans les colonnes des journaux. Il y a, aussi, les gens crédules qui croient à tout ce qu’on leur débite et, enfin, ceux qui gardent rancune aux F.L. “Tous ceux-ci se sont empressés de vanter la Magistrature et de se féliciter de l’indépendance dont elle jouit, arguant que s’il n’en était pas ainsi, le Dr Geagea n’aurait pas été acquitté.

POURQUOI AVOIR REPORTE DE 16 MOIS L’AFFAIRE DE L’EGLISE?

“Des faits se sont produits depuis le moment où des poursuites ont été engagées contre les F.L. et l’arrestation de leur chef, jusqu’à ce jour. En voici quelques-uns:

1 - La question qui vient à l’esprit est la suivante: Pourquoi l’examen de l’affaire de l'église par la Cour de justice a-t-il été reporté d’un an et quatre mois? Il aurait suffi de deux audiences pour en finir, alors que “l’affaire Chamoun” nécessitait vingt audiences au moins? “La réponse est simple; l’affaire de l’église s’est embrouillée dès le moment où l’unique témoin, Girgis Khoury, est revenu sur sa déposition. La Cour a été perplexe et il n’a plus été possible de condamner le Dr Geagea et les “Forces”. “Il est apparu, aussi, que l’acquittement à cette époque, soit depuis un an et quatre mois, se répercuterait, positivement, sur le Dr Geagea et les Forces libanaises. Il aurait été, alors, impossible de poursuivre l’examen des autres dossiers. Les hommes politiques et les gens ordinaires savent que le dossier de l’église était la base de tous les procès. Ceci se serait traduit par la mise en liberté du Dr Geagea.

2 - Le deuxième point consiste en l’acquittement lui-même. A supposer que le Dr Geagea avait été jugé sur base de ce dossier, quelle aurait été l'utilité d’un troisième arrêt le condamnant à la détention à perpétuité? L’homme avait été condamné à la prison à vie sur base de deux autres dossiers... "En fait, l’arrêt doit libérer le Dr Geagea. Il réduirait à néant l’assertion selon laquelle la Magistrature n’est ni intègre ni indépendante; puis, d’aucuns en ont déduit que le Pouvoir n’est pas forcément contre les chrétiens, preuve en est l’acquittement du Docteur. “Ceci aurait donné une crédibilité à ce pouvoir dont l’hostilité aux chrétiens se passe de preuve. N'interdit-on pas au général Michel Aoun de revenir, en le menaçant d’ouvrir le dossier relatif aux fonds de l’Etat et en pourchassant ses partisans? “Ne menace-t-on pas, aussi, de poursuivre l’ex-président Amine Gemayel s’il rentrait au pays, en rouvrant le dossier des “Puma”, alors qu’on a incarcéré le Dr Geagea pour avoir refusé de participer au pouvoir afin de ne pas être un faux témoin?

QUI EST LE VERITABLE COUPABLE?

“Que dire de la loi sur la naturalisation, en vertu de laquelle des dizaines de milliers de personnes ont acquis la nationalité libanaise, ce qui a pour conséquence de modifier le visage du Liban? “Que dire, également, de la nouvelle loi électorale confectionnée à la mesure des thuriféraires de l’Autorité, en dépit des protestations et des critiques du cardinal Sfeir et de l’assemblée des prélats maronites?

3 - Par ailleurs, la sentence de la Cour n’a pas révélé l’identité du véritable coupable en impliquant Israël dans l’affaire de l’église. "Pourquoi donc a-t-on appréhendé le Dr Geagea et l’a-t-on poursuivi en justice, tout en sachant que ni le Dr Geagea ni les F.L. n’avaient trempé dans l’attentat contre ce lieu de culte? L’ancien procureur général, Mounif Oueydate, qui avait requis la peine de mort contre le Dr Geagea dans son réquisitoire, est-il maintenant satisfait et que pense-t-il en son for intérieur? Le magistrat instructeur, Joseph Frayha qui a enquêté avec Fouad Malek, est-il lui aussi, satisfait? Et qu’en est-il de Joseph Nacouzi et Edmond Assaf? “Comment accuse-t-on Fouad Malek d’avoir tenté de changer la Constitution et de renverser le régime, sans être impliqué dans l’affaire de l’église?”

- Pourquoi vous a-t-on impliqués tous deux dans toutes les affaires en même temps que le Dr Geagea, alors que vous n’avez cessé de nier les accusations portées contre vous?

“Certains éléments sont responsables de l’attentat contre l’église et pour les couvrir pour ce qu’ils ont accompli à l’encontre des F.L., nos noms ont été inscrits avec celui du Dr Geagea. Ici, la question se pose de savoir quelle est la conséquence pratique des dernières dispositions prises? “En tout premier lieu, on a caché l’identité du véritable auteur de l’attentat, après n’avoir pu coller l’accusation au Dr Geagea et aux F.L., suite à la rétractation de Girgis Khoury, aucun témoin ou autre n’ayant cité le nom du Dr Geagea dans ce dossier. “On a ajouté nos noms à l’effet de justifier la dissolution des F.L. et l’incarcération de son chef...”.

Jean Chahine.

NOUS NOUS TROUVIONS EN AUSTRALIE LE JOUR DE L’ATTENTAT

- On dit que Jean Chahine était surnommé “Assad”; se faisait passer pour Joe Féghali et détenait un extrait de l’état civil en ce nom; que Antonios Elias était connu sous le nom de Tony Obeid, lequel aurait possédé plusieurs passeports sous divers noms. Qu’auriez-vous à dire à ce sujet, étant entendu que l’arrêt de la Cour de justice invoque ces faits contre vous?

“Ces faits ont été retenus des précédentes déclarations de Girgis Khoury qui s’est rétracté par la suite. Ce dernier a prétendu nous connaître avec Rachid Raad et que nous l’avions rencontré en Israël; puis, que nous avions poursuivi nos conciliabules au siège des F.L. à Zouk. Et que nous sommes entrés au Liban sous des noms d'emprunt non cités dans le dossier. “Nous avons prouvé, quant à nous, notre présence à l’étranger depuis longtemps, bien avant l’attentat contre l’église. L’Etat n’a pas prouvé notre présence dans le pays le jour de l’explosion et s’est contenté de faire état de passeports falsifiés ce que nous avons réfuté, preuves à l’appui. "A supposer que nous disposions de faux passeports et des noms d’emprunt, il n’a pas été établi que nous avons voyagé sous ces noms et avec de tels faux papiers. Pour accuser quelqu’un de disposer de passeports falsifiés, il faut avant tout saisir le corps du délit”.

LES RESPONSABLES AUSTRALIENS CONNAISSENT LA VERITE

- Comment imaginez-vous l’attitude de l’Etat australien à votre égard après votre condamnation par contumace? Serait-il possible de vous extrader et songeriez-vous à réintégrer le pays natal pour vous défendre, en infirmant les accusations portées contre vous?

"Il y a une différence entre être aujourd’hui au Liban ou dans un pays comme l’Australie où la loi est souveraine et les droits de l’homme sauvegardés. L’Autorité ici ne sévit pas contre ses citoyens, ni n’attente à leurs biens, parce qu’ils s’opposent à sa politique et s’emploient à mettre en échec son plan visant à saper les fondements de la patrie. "Ici, l’Etat a pour bases la liberté, la justice, la démocratie, la sauvegarde des droits de l’homme et de sa dignité. C’est pourquoi, nous sommes rassurés quant à notre présence en Australie. “Les autorités australiennes ont pris connaissance du dossier dans tous ses détails. Elles ont entendu le juge Frayha dire aux journalistes que quiconque peut entrer en Australie et en sortir sans que son passeport soit estampillé par la Sûreté générale! “De même, elles ont pris connaissance du réquisitoire du procureur général Adnan Addoum, dans lequel il a soutenu que les documents envoyés d’Australie, de Chypre et du Canada étaient falsifiés, bien qu’ils aient été authentifiés par les services qualifiés des ministères des Affaires étrangères de ces pays. "Tout cela a permis aux responsables australiens de connaître la vérité. Tout en étant satisfaits de la compréhension de l’Etat australien, nous déplorons que notre patrie, par la faute de certains responsables ait atteint un tel degré d’avilissement. “Nous espérons pouvoir contribuer, un jour que nous souhaitons proche, au rétablissement de l’équilibre au niveau national. Nous œuvrerons en tant que citoyens soucieux de l’avenir du Liban, aux fins de redonner à notre patrie son immunité et, aux chrétiens, la possibilité de vivre en toute liberté, leur dignité étant respectée et leurs droits sauvegardés. Naturellement, nous retournerons au pays natal au moment opportun, lorsque les circonstances le permettront, en même temps que nos coreligionnaires qui se sont expatriés pour échapper à la persécution du Pouvoir et à ses poursuites.”

FAUSSES ACCUSATIONS...

- Dans les attendus du jugement, il est dit que les ordres vous parvenaient d’Israël? Aviez-vous des liens avec certains organismes israéliens et comment auriez-vous pu jouer un rôle double entre les F.L. et l’Etat hébreu?

“C’est la manie arabe qui rejette toujours sur Israël la responsabilité d’actes ou de complots dont les auteurs sont généralement connus, mais dont les responsables ne veulent pas dévoiler l’identité. Ceux-ci induisent l’opinion publique en erreur et cherchent des boucs émissaires ou des victimes, comme cela a été le cas, dernièrement, après l’acquittement des Forces libanaises et de leur chef. “Nous ne prenons pas la défense de l’Etat hébreu, qui peut se défendre. Mais nous nous défendons nous-mêmes et défendons la vérité qu’on a camouflée. De même, nous nous préoccupons de connaître les auteurs de l’attentat de Zouk pour qu’ils reçoivent leur châtiment, afin que nos lieux de culte ne soient plus la cible de pareilles agressions. “A supposer que Girgis Khoury soit “un agent israélien”, le fait de le rattacher aux F.L. est injustifiable”.

GIRGIS KHOURY, UN “TEMOIN A CHARGE” MANIPULE...

- Auriez-vous eu des rapports avec Girgis Khoury et comment voyez-vous son rôle dans l’affaire de l’église?

“Girgis Khoury, à l’instar de Camille Karam dans l’assassinat de Dory Chamoun et de Rafic Saadé dans l’affaire Zayek, a joué le rôle qui lui a été dévolu à l’effet de justifier les poursuites engagées contre les F.L. et leur chef. “Ici, la question suivante s’impose: Suffit-il que Girgis Khoury ait été un informateur des F.L. pour nous impliquer dans l’attentat à l’explosif? Cela signifie-t-il que nous sommes responsables de toute personne ayant collaboré avec nous pour nous mêler à des actes, quelle qu’en soit la nature, dont elle aurait été le planificateur et l’exécutant? Nous posons cette question en supposant que Girgis Khoury a participé à l’attentat contre l’église de Zouk. “En fait, celui-ci a affirmé, par la suite, qu’il ne nous avait pas vus au Liban depuis 1990 ou au début de 1991, soit trois ans avant l’explosion de Zouk. "Dans l’histoire inventée de toutes pièces que Girgis Khoury a été chargé de relater lors de ses interrogatoires, plus d’un point mérite d’être élucidé, notamment celui où il est question de notre rencontre avec Khoury en Israël; puis, au siège de l’état-major des F.L. L’autre point est celui où il est dit que nous avons exécuté l’attentat en connivence avec les Israéliens et à l’insu des F.L. "S'il en était ainsi, pourquoi notre rencontre au siège de l’état-major où notre plan aurait pu être connu et divulgué et pourquoi n’aurions-nous pas poursuivi les préparatifs de l’attentat en Israël jusqu’au moment de son exécution? D’autant que la présence d’une Israélienne, Vera Europa, au siège de l’état-major aurait réveillé les soupçons? “Toutes ces allégations sont inexactes et ne reposent sur aucun fondement. Puis, il est apparu des interrogatoires, que le siège de l’état-major des F.L. était occupé par plusieurs bureaux couvrant, à l’époque, diverses activités: pédagogique, estudiantine, commerciale, etc... De ce fait, il y avait un va-et-vient continuel; les noms de personnes qui y entraient et sortaient étaient enregistrés; celles-ci ne pouvaient donc passer inaperçues. Comment, dans ce cas, aurions-nous pu nous réunir au siège de l’état-major, alors que nous étions connus de tous les membres des F.L.? Si nos rencontres y avaient eu lieu, des dizaines de personnes nous auraient aperçus et il n’aurait pas été nécessaire de faire pression sur le témoin Milad Semaani pour lui faire “avouer” qu’il nous avait vus aux restaurant “Le Castel” à Jounieh, avant de se rétracter.

DES PREUVES FALLACIEUSES...

“Ensuite, les enquêteurs se sont basés sur une photo où apparaissait une personne qui me ressemblait quelque peu, pour assurer que je me trouvais au Liban au moment de l'attentat. En effet, le témoin Antoine Rahhal s’est présenté devant la Cour de justice pour assurer que c’est lui qui paraissait dans la photo et non Obeid ou Chahine. En dépit de cela, son témoignage n’a pas été retenu. “Il y a mieux: nul n’a certifié au cours des interrogatoires avoir vu Ruchdi Raad. Seul le témoin Alain Féghali a prétendu avoir vu Jean Chahine à l’entrée d’un immeuble; il ne l’a pas reconnu et l’a pris pour son frère Jacques. Et Jean se serait empressé de lui dire: Je suis Jean et non Jacques. “Fait étrange: Jean, en ce temps voulait passer inaperçu: pourquoi a-t-il décliné son identité devant Alain Féghali? Et pourtant, l’enquête a englobé bien des personnes ayant coopéré avec les F.L. et se rendaient, journellement, au siège de l’état-major? Celles-ci ont été arrêtées pendant un certain temps pour les besoins de l’enquête”. Comment aucune d’elles ne nous a vus? “Par ailleurs, tous les témoins: Atef Obeid, Fouad Bitar, Elie Geagea, Hikmat Chartouni et Jihad Matta, ont affirmé au cours de leur interrogatoire, que le mobilier du bureau où Girgis Khoury a prétendu nous avoir rencontrés, avait été remplacé par un autre vers la mi-février 1994, date à laquelle Jihad Matta et Hikmat Chartouni ont été chargés de le réaménager. Ces derniers ont changé l’ancien mobilier par un nouveau. "La dernière réunion tenue dans ce bureau, selon Girgis Khoury, avait eu lieu en janvier 1994. Comment a-t-il pu reconnaître le nouveau mobilier qui ne s’y trouvait pas le 27 janvier 94? Girgis Khoury ignorait l’emplacement du bureau, pour la simple raison qu’il ne s’y était jamais rendu et sa relation des faits est dénuée de fondements. “Selon une autre déposition, nous placions les explosifs utilisés dans l’attentat contre l’église dans ce bureau. S'il en était ainsi, comment Jihad Matta, Hikmat Chartouni, Fouad Bitar, Atef Obeid, Elie Geagea et d’autres n’avaient-ils rien vu et ils l'ont certifié. Malheureusement, on n’a pas tenu compte de leurs affirmations. Beaucoup ont déduit du scénario élaboré comme un moyen de nous impliquer. “Autre question à poser: Pourquoi aurions-nous demandé à Girgis Khoury de se joindre à nous au siège de l’état-major, du moment qu’il n’a joué aucun rôle dans l’opération. Il n’a même pas apporté les explosifs d’Israël, comme certains l’ont prétendu! Si sa présence avait pour but, uniquement, de nous fournir le plan de l’église, l’un de nous n’aurait-il pu l’obtenir, d'autant que rien ne nous empêchait de nous y rendre sans éveiller les soupçons? “On nous a collé l’accusation “parce que, ont-ils soutenu, nous résidons dans le voisinage et pouvons connaître l’emplacement de ce lieu de culte”. Cette logique contredit celle suivie dans l’affaire de Dany Chamoun: comment des éléments des F.L. pouvaient-ils franchir bien des barrages pour exécuter l’attentat, dans une région non soumise à leur contrôle, alors qu’aucune des personnes impliquées dans cette affaire n’habitait dans le secteur? "Puis, était-il besoin pour nous de charger Girgis Khoury de nous instruire uniquement sur le plan de l’église, dans une opération d’une telle gravité? Sommes-nous stupides au point de révéler l’affaire à Girgis Khoury contre le fait pour lui de s’acquitter d’une mission aussi futile?

LES ROLES DE GIRGIS KHOURY ET CAMILLE KARAM

"Il importe, ici, d’insister sur le rôle de Girgis Khoury à travers ces faits consignés dans le dossier: Ce dernier ne nous a pas amené les explosifs d’Israël et n’a pas participé à l’attentat. Il ne nous a plus rencontrés plus de trois semaines avant l'explosion de Zouk et ne nous a pas facilité l’entrée de l’église. “De plus, Khoury ignorait la manière de monter les charges explosives et c’est Ruchdi Raad, - ainsi qu’il a été demandé à Girgis Khoury de dire, - qui lui a appris à manipuler un explosif. De plus, il s’est contenté de réaliser le dessin de l’église (puis, il s’est rétracté). Aucun rôle ne lui a été attribué en tant que médiateur entre les Israéliens et notre groupe... du moment, selon le dossier, que nous étions déjà sur place (en Israël). "Cela dit, pourquoi aurions-nous mis Girgis Khoury en courant de notre plan? est-ce pour en faire un témoin et nous dénonce par la suite? Quel homme peut croire en une telle ineptie? “Hier ressemble à aujourd’hui... Hier, tous ceux qui auraient pris part à l’assassinat de Dany Chamoun ont laissé Camille Karam seul au Liban et ont quitté le pays; naturellement, pour servir de témoin contre les F.L.... Il aurait été au courant de toute l’affaire de Dany Chamoun, sans y participer... “Camille Karam a assuré n’avoir pas pris part à l’assassinat de l’ancien chef du PNL, mais s’est prêté au jeu pour que d’autres dossiers accablants le concernant ne soient pas ouverts. Il a donc demandé à son avocat d'en informer le patriarche (Sfeir) et de tenir une conférence de presse; c’est ce qui a eu lieu. “Le Dr Geagea et nous autres avons été condamnés à perpétuité, l’histoire inventée par Camille Karam étant pareille à celle de Girgis Khoury. “Que se serait-il passé si Girgis Khoury ne s’était pas rétracté au cours du procès, ce qui a orienté l’affaire vers Israël? Celui-ci avait un rôle similaire à celui que Camille Karam et Rafic Saadé ont été chargés de jouer. Naturellement, ce sont d’autres que nous qui leur ont confié ce rôle et les ont entraînés pour qu’ils s’en acquittent à la perfection, en vue de coller l’accusation aux Forces libanaises et à leur chef et, partant, de dissoudre le parti. “Quand Girgis Khoury, pour ne citer que ce dernier, s’est présenté devant la Cour de justice où il s’est rétracté en démentant ses précédentes dépositions, le mal avait été fait: les F.L. avaient été dissoutes, leur chef était incarcéré, alors que des milliers de membres avaient été emprisonnés, soumis à la torture, ou contraints à s’expatrier. “Toute cette comédie a donc été montée pour nous coller l’accusation et occulter les véritables coupables”.

JOSEPH MIKHAEL

Sydney (Australie)