ARABIE SEOUDITE - JORDANIE
LE SOMMET DE LA RECONCILIATION
A Djeddah, le roi Hussein s’entretient avec le roi Fahd.
Pour faire face aux impératifs du processus de paix et aux méandres de la conjoncture régionale, les rois, princes et chefs d’Etats arabes sont-ils enfin conscients de la nécessité de dépasser leurs querelles intestines, leurs conflits chroniques afin d’établir entre eux un dialogue positif et fructueux? Du moins, il serait bon qu’il en soit ainsi et les recommandations du dernier sommet arabe allaient dans ce sens. Dans ce cadre, s’inscrit, sans doute, la réconciliation qui vient d’être scellée entre l’Arabie séoudite et le royaume hachémite avec la visite de 24 heures récemment effectuée par le roi Hussein à Djeddah où il a rencontré le roi Fahd. Au moment de l’invasion du Koweit par l’Irak le 2 août 1990, les relations s’étaient nettement détériorées entre l’Arabie Séoudite et la Jordanie, Amman ayant été appuyé Bagdad, dans ce conflit, et Ryad avait adopté des mesures punitives à son encontre. Les choses en sont restées là jusque il y a un an, lorsqu’un processus de normalisation a été entamé entre les deux pays, motivé aussi bien par des raisons politiques, économiques et sécuritaires. Le premier signe de détente avait été amorcé avec la nomination d’un ambassadeur jordanien à Ryad, après que ce poste fut resté vacant pendant plus de trois ans. Au mois de février de cette année, le roi Hussein avait de même effectué une visite officielle en Arabie séoudite, sans pouvoir rencontrer le roi Fahd, qui était en convalescence. Aujourd’hui, après six ans de rupture, tout semble être rentré dans l’ordre.
DES RELATIONS EXEMPLAIRES
Le roi Hussein est rentré satisfait de Djeddah affirmant que les relations entre les deux royaumes séoudien et hachémite sont exemplaires précisant que les conversations qu’il a eues avec le roi Fahd, “avaient été utiles, positives et encourageantes”. Les questions du Proche-Orient, ont été certes au cœur des entretiens, les deux monarques étant persuadés de la nécessité du parachèvement du processus de négociations israélo-arabes en vue d’une paix juste et globale. Il se sont mis de même d’accord pour demander à Washington de faire pression sur Israël afin qu’il respecte les accords conclus avec les Arabes. Il fut question aussi de Jérusalem. Le roi Hussein ayant signé un traité de paix avec Israël en 1994, semble jouer un rôle de premier plan avec l’Egypte. Se démarquant des autres leaders arabes, il avait réagi positivement à l’arrivée de Netanyahu au pouvoir et l’a déjà rencontré. Avant de se rendre en Arabie séoudite il avait rencontré le président syrien Hafez el-Assad, renouant, là aussi, un dialogue interrompu depuis longtemps, ainsi qu’avec le leader palestinien, Yasser Arafat.
“CE QUI MENACE L’ARABIE SEOUDITE NOUS MENACE AUSSI”
Les problèmes d’ordre sécuritaire ont, par ailleurs, figuré en bonne place dans ces entretiens. “Ce qui menace l’Arabie séoudite nous menace aussi”, devait affirmer le souverain jordanien, indiquant par là que les deux pays vont coordonner au maximum leurs efforts pour lutter contre le terrorisme. D’autant plus que, dans un laps de temps de sept mois, deux attentats meurtriers ont visé des bases militaires américaines en Arabie séoudite, en novembre 95 à Ryad, faisant sept morts dont cinq américains et en juin dernier à Dahran tuant 19 militaires américains. Sur le plan économique cette réconciliation ne pourra qu’être bénéfique, surtout pour la Jordanie, mettant fin à toute mesure punitive. Déjà, il y a quelque temps, 2500 ouvriers jordaniens ont été engagés en Arabie séoudite, et parlant des rapports entre les deux pays le roi Hussein devait affirmer: “L’Arabie séoudite appuie la Jordanie en tout domaine et secteur de toutes ses possibilités par tous ses moyens.” Pour cette visite, le souverain hachémite était accompagné de cinq de ses fils, des principaux dignitaires jordaniens et de son Premier ministre Abdel Karim Kabariti. Il fut accueilli, à l’aéroport de Djeddah par le roi Fahd, le prince héritier et le ministre de la Défense vu l’importance accordée à cette rencontre au sommet de la réconciliation. Il a eu aussi un entretien avec le prince héritier Abdallah. Le roi Hussein et la délégation qui l’accompagnait ont achevé cette visite, en se rendant à la Medina, pour se recueillir sur la tombe du Prophète. Une nouvelle page est ouverte dans les rapports entre les deux royaumes, ce qui pourra aussi entraîner une amélioration dans les relations interrompues depuis six ans entre Amman et le Koweit. L’heure visiblement est à la détente...
NELLY HELOU