EDITORIAL

Par Melhem KARAM
L’IMAGE “D’ISRAEL DE LA PAIX”!?
Allons au-delà des élections libanaises… même celles ayant eu lieu dimanche dernier au Mont-Liban en tenant compte du lien existant entre ces élections et la crise du Proche-Orient… Les élections, elles, quand n’ont-elles pas été ainsi qu’elles soient locales, régionales et internationales? Du round de 1968 entre le “Helf” et le “Nahj”… Et avant, entre le Bloc national et le Bloc destourien au Mont-Liban même… Et dans tout le Liban jusqu’à l'esprit partisan de la montagne… “Esprit partisan”, disons-nous… et non “parti”, parce que "l’esprit partisan” a consacré la division au Liban… La division naturelle entre les gens… La division spontanée sans laquelle aucune société ne peut survivre… Comme le yazbakisme et le joumblattisme, émanant d’al-Kayssiat, gagnante de la bataille à Aïn Dara contre Al-Yamaniat en 1711. “Esprit partisan” et non “parti”, parce que “l'esprit partisan” prévaut dans les collectivités libanaises sur le rationnalisme du “parti”… Plus loin que les élections libanaises placées sous le titre: confrontation de l’étape future dans la région… l’étape de la paix ou de la non-paix… ou de la paix trébuchante, parce qu’Israël en parle sans vouloir davantage les paroles qu’il prononce à son sujet. Sinon… aurait-il parlé de la paix et de l'appui de Jérusalem en tant que sa capitale? De la paix et de l'expansion des colonies de peuplement en tant que droit non sujet à contestation, car le droit du citoyen dans sa patrie et sa terre ne peut être contesté par qui que ce soit? De la paix et de la conservation du Golan? De la paix et du “Liban, d’abord”… Jusqu’à ce que le Libanais ordinaire lui a posé une question simple à laquelle chacun peut répondre: Si Israël voulait se retirer, maintenant, du Sud… un seul Libanais entraverait-il son chemin? Israël ne veut pas la paix, c'est pourquoi il a élu Netanyahu. Il l’a élu avant terme et avant d’être prêt à assumer le pouvoir. Lui et le Likoud. Fayçal Husseini n’a-t-il pas dit quelque chose en ce sens? Netanyahu est venu au pouvoir sans y être préparé. Bien plus, il est venu lié par des engagements faits aux votants pour qu’ils l’élisent. Des engagements disant tous “non” à la paix. Des engagements qui se durcissent et s'attachent à des conceptions devant être mises au rancart, parce que dépassées par le temps. Pour ces deux raisons… sa venue avant terme au pouvoir et, partant, le fait qu’il ne soit pas préparé à assumer le pouvoir, ni à se désengager entre sa position aujourd’hui et ses engagements aux électeurs, hier… pour ces deux raisons, Netanyahu trébuche. Il lui est difficile de franchir la distance séparant, d’habitude, les paroles du candidat et la responsabilité du gouvernant. Une petite distance? Peut-être. Et son franchissement est un devoir? C’est possible. Mais Netanyahu n'en est pas capable jusqu’ici. Les mêmes griefs avaient été retenus contre Yitzhak Rabin avant lui… et contre Shimon Pérès. Ils ont continué à les retenir contre eux jusqu’au jour où tous deux ont pu sortir de ces griefs et de leurs causes… Aussi, les juifs les ont-ils abandonnés tous les deux: l’un par le sang… Et l’autre pour l'impossibilité d’investir le sang. Rabin a été assassiné par un extrémiste, comme cela se produit toujours pour les modérés. Et Pérès a été “tué” par le votant juif… le votant extrémiste… Parce qu’il a tenté de sortir Israël du refus absolu au cercle de l’échange… dans l'espoir que l’inimitié se transformera, sans guerres, en paix sage, juste et globale… Une paix acceptée par cette ère… les cinq dernières années du XXème siècle. C’est pourquoi, pas de paix avec Netanyahu. Jusqu’ici au moins. Mais qu'est-ce qui changera? Rien… sauf les élections en Amérique. Les élections du 4 novembre 1996. Si Bob Dole venait à réussir, et les sondages d’opinion ne le donnent pas comme gagnant, bien des histoires entreraient dans l’inconnu… De l’affaire de Bosnie, au terrorisme international, à la situation perturbée en permanence au Proche-Orient. Si Bill Clinton venait à l'emporter et c’est ce que prédisent les sondages d’opinion jusqu’ici, le processus international prendrait un autre cours. L’affaire du Proche-Orient resterait-elle dans les priorités de la Maison-Blanche démocrate? Bill Clinton voulait la paix du Proche-Orient, la paix de la Bosnie et la lutte contre le terrorisme, autant d’éléments mobilisés dans sa campagne, en vue de faire pencher la balance qui avait perdu l’équilibre aux élections du Congrès… les élections du mi-mandat. La paix du Proche-Orient resterait-elle une station importante pour Bill Clinton 2, après avoir assuré son retour sans elle à la Maison-Blanche? Et dans quelle mesure, Bill Clinton pourrait-il convaincre Israël du Likoud de devoir se préparer à affronter l’étape de la paix et à s'engager dans le processus de p aix, avec l’espoir qu’elle mènera à la station de la paix? Des questions… des questions dont la réponse a été la plainte israélienne sur laquelle a statué le comité de surveillance issu de l’arrangement d’avril… Une plainte transgressant tous les principes et allant à l'encontre de toutes les traditions… Comme s’il s’agissait de l’image “d’Israël de la paix”!