LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Rien ne va plus entre Beyrouth et Damas, d’une part, et Tel-Aviv, d’autre part. Des bruits de botte se font entendre de nouveau aux frontières et Israël est soupçonné de préparer une nouvelle guerre dans la région, surtout après la visite de Netanyahu et ses déclarations bellicistes à Marjeyoun, cette semaine (notre photo) Mais l’Etat hébreu nie l’intention qu’on lui prête de vouloir attaquer le Liban et la Syrie ou remettre le feu aux poudres au Proche-Orient… Cependant, Mordekhai, ministre israélien de la Défense, soutient: “Il est de notre intérêt de laisser s’effondrer le processus de paix”.
ISRAEL RAVIVE LA TENSION AU SUD A LA FAVEUR DES LEGISLATIVES…
A partir du cordon frontalier - zone occupée du Liban-Sud - Netanyahu a adressé lundi un avertissement à Beyrouth et affirmé: “Une relance des attaques du “Hezbollah” entraînera des représailles douloureuses pour les Libanais”. “La Syrie se procure des missiles “Scud” de la Corée du Nord ayant une portée de 600 Km. Nous ne nous croiserons pas les bras d’autant que nous n’avons reçu aucune réponse à notre proposition suggérant la reprise des négociations de paix à Wye Plantation”... Damas réplique: “Le gouvernement de Netanyahu prépare une guerre à brève échéance et il lui reste à fixer le timing de l’opération sur le terrain”. De plus, un rapport militaire israélien prévoit la recrudescence des opérations du “Hezbollah” au Liban-Sud, à l’occasion des élections législatives, en vue d’élargir leur audience. Il signale la multiplication des incidents dans la zone de sécurité” les autorités libanaises et syriennes, précise le rapport, ayant intérêt à ce que les opérations du “Hezbollah” se multiplient au Liban-Sud”... Comme on le constate, un climat malsain règne dans la partie méridionale du pays laissant planer un risque d’escalade, ce qui nécessite le resserrement des rangs et la conjugaison des efforts en vue de faire face, avantageusement, à toutes les éventualités… Or, les relations entre le “Hezbollah” et “Amal” ont tendance à se détériorer davantage, en raison de l’impossibilité pour les deux mouvements chiites de mettre sur pied des listes de coalition au Sud et dans la Békaa. L’échec de leur candidat, Ali Ammar, à Baadba, dimanche dernier, n’arrange pas les choses… D’autant qu’à l’issue d’un entretien avec le chef du Législatif, le président du Conseil a indirectement attaqué, mardi le “parti de Dieu”, en disant que “la bataille électorale opposera dans les deux circonscriptions mantionnées les modérés aux extrémistes”… Pour en revenir à Netanyahu, qui a conféré au début de la semaine avec le général Lahad à son O.G. de Marjeyoun, il y a lieu de faire état de sa décision d’élargir les colonies de peuplement, non seulement en Cisjordanie et à Gaza, mais sur les hauteurs du Golan où près de 18.000 nouveaux colons devront être implantés au cours des prochains mois. Ce qui n’augure rien de bon… Le même Netanyahu persiste dans sa tentative visant à dissocier le dossier libanais du dossier syrien, en revenant à l’option “Liban, d’abord”, rejetée par Beyrouth et Damas. Par ce projet, “Bibi” pense pouvoir imposer des négociations “sans conditions préalables” et, en proposant de retirer “Tsahal” du Sud et de la Békaa ouest jusqu’aux frontières du Liban internationalement reconnues, il croit régler le problème libanais à son avantage, puisque le retrait israélien suppose la neutralisation du “Hezbollah”, en maintenant le statu quo sur le Golan où la “colonisation” persisterait sine die.
VERS LA FERMETURE DE LA “MAISON D’ORIENT”?
Netanyahu hausse le ton aussi, avec l’Autorité palestinienne et pose des conditions à des progrès dans les pourparles avec elle, notamment la fermeture des bureaux de l’OLP à Jérusalem et même la “Maison d’Orient” son siège officiel… Il l’a réaffirmé devant la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset. Il y a lieu de préciser que Jérusalem-est abrite le département des Sports (palestinien) et deux autres bureaux que Yasser Arafat aurait promis de fermer, sans y donner suite jusqu’ici. Peut-on omettre de signaler le retard mis par le Cabinet israélien à débattre des modalités du redéploiement de “Tsahal” de Hébron, en Cisjordanie qui a plus de quatre mois de retard? Enfin, Netanyahu exclut de nouveau un Etat palestitien souverain, tout en restant vague sur le degré d’autonomie qu’il est prêt à accorder dans les zones où est appliqué le régime autonome.
Ce n'est plus un secret; le désaccord de l’opposition autour du boycottage du scrutin, la désavantage et entretient la confusion. Il est question, à présent, de la constitution après les législatives d’un front basé sur un programme d’action, visant à la réunifier, en prévision d’une lutte politique à outrance au cours de la prochaine étape, ainsi que l’a annoncé M. Dory Chamoun (notre photo). leader du PNL et porte-parole de la “troïka” de l’extérieur.
L’OPPOSITION DESAVANTAGEE PAR SON DESACCORD AUTOUR DU BOYCOTTAGE
Au lendemain du premier round des législatives au Mont-Liban, dont les résultats ont été catastrophiques pour l’opposition, tant celle de l’intérieur que de l’extérieur, celle-ci n’a à s’en prendre qu’à elle-même, pour la simple raison qu’elle a engagé la bataille en rangs dispersés, faisant la partie belle aux “décideurs” et à leurs... marionnettes! “Dans chaque bataille, il faut se fixer un point d’attaque et y concentrer ses forces”, a dit un stratège. Or, la grande erreur de l’opposition a consisté à ne pas avoir désigné ce point d’attaque. Pis encore, les opposants se sont combattus entre eux, au lieu d’attaquer ensemble l’adversaire commun... Nous n’avons cessé de le rassasser ici: les détracteurs du Pouvoir auraient dû décider, soit de boycotter les législatives, soit d’y prendre part. Qu’ont-ils décidé. en fait: les uns ont résolu de descendre dans l’arène, tout en sachant dans quelles conditions si peu accommodantes, la consultation populaire allait se dérouler, partant de l’idée “qu’il vaut mieux mener la lutte de l’intérieur des institutions, que de l’extérieur”. Les autres ont appelé au boycott et réitéré leur appel plus d’une fois au cours des dernières semaines, réduisant et même annihilant du même coup, les chances de leurs compagnons de lutte engagés dans la bataille... D’où la grande confusion qui en est résultée, dont les “listes officielles” ont cueilli les fruits... “La participation est un choix inévitable”, soutiennent les opposants battus au premier scrutin... “C’est faux et notre participation n'aurait rien changé; les résultats des élections auraient été les mêmes”, rétorquent les boycotteurs. L’unique consolation des Libanais ayant suivi le mot d’ordre de l’opposition de l’extérieur, réside dans l’espoir qu’un front sera constitué, basé sur un programme d’action en cours d’élaboration, susceptible de réunifier les rangs et de panser les blessures. Et ce, en prévision de la prochaine étape de la lutte politique à mener, aux fins de remettre de l’ordre dans la maison libanaise en réalisant, enfin, les retrouvailles nationales tant souhaitées par tous les citoyens.
Le “géant du Metn”, c’est lui: Nassib Lahoud (notre photo) a réussi à percer la liste rivale, celle de Michel Murr, qualifié de “chef de gang” après que ce dernier l’eut accusé, injustement, de corrompte les électeurs. “On ne peut coller cette accusation à un incorruptible”, disent les Metniotes de bonne souche, pour qui le chef de la “Liste du peuple” est leur représentant authentique au parlement.
EN MARGE DU SCRUTIN DU MONT-LIBAN: “TOUT VA TRES BIEN, Mme LA MARQUISE…"
“Tout va très bien, Madame la marquise…" C’est le moment où jamais de fredonner le célèbre refrain au lendemain d’un scrutin “calme et sans histoire”, selon le ministre de l’Intérieur, scrutin pourtant entaché d'abus et d’irrégularités; listes d’électeurs bourrées d’erreurs, isoloirs de fortune à moitié cachés (pour pouvoir surveiller les votants), bureaux de vote déplacés à l’insu des candidats et de leurs représentants d’un endroit à un autre éloigné de dizaines de kilomètres, retard délibéré à délivrer les extraits de l’état civil ou à rectifier ls cartes d’identité prétendûment “irrecevables”… “L’Etat n’a été ni neutre ni impartial dans la montagne”, affirme M. Talal Arslan, dont l’un des gardes du corps a été battu jusqu'à ce que mort s’ensuive à Choueifat. Lui-même, l’émir Talal, a fait l’objet de voies de faits et de mesures vexatoires notamment à Kornayel au cours de sa campagne électorale sans que personne bouge… “Pendant cinq jours, confie-t-il, j’ai esayé, vainement, d’atteindre le ministre de l’Intérieur, lequel prétend qu’aucune plainte ne lui a été présentée… Si un député ne peut communiquer avec le ministre, que serait-ce du pauvre citoyen, dont les plaintes et les protestations se perdent comme autant de cris dans le désert?” Cependant, le même ministre a rapidement réagi et donné des instructions pour coffrer et engager des poursuites, contre de prétendues personnes “qu’un candidat metniote aurait corrompues”, le communiqué du comité chargé d’assister le ministre dans les affaires électorales ne citant que leurs initiales… Naturellement, le candidat en question n'a pas tardé à démentir la fallacieuse allégation et à réclamer la révocation du ministre. Autre plainte restée sans suite, formulée par la liste rivale à celle du même ministre: A Bteghrine, village natal de ce dernier et à Antélias, deux scrutateurs ont été expulsés des bureaux de vote sans motif valable… Ce sont quelques spécimens des plaintes formulées durant le journée de dimanche en divers cazas du Mont-Liban… Ce qui n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur et sa coterie d’affirmer que “tout se déroulait dans les meilleures conditions et un climat démocratique”… “Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ni de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…" Le comportement de certains agents des FSI laissait beaucoup à désirer, en particulier ceux qui étaient affectés aux bureaux de vote placés, pratiquement, sous le contrôle direct des partisans du ministre… L’attitude de l’Armée tranchait, nettement, sur les autres organismes étatiques. De fait, les soldats exécutaient, scrupuleusement, la consigne à eux donnée par le commandement, leur enjoignant de maintenir l’ordre et la sécurité envers et contre tous. Ce qui a fait dire à l’émir Talal Arslan: “Je ne respecte que l’institution militaire. J’ai des doutes à l’égard des autres, quels qu’ils soient, ministres ou premier ministre… et sans aller plus loin” (sic).
ECHOS ET REFLEXIONS
DECENCE ET EQUITE...
Des lecteurs amis n’ont pas trouvé à leur goût le fait pour nous d’avoir, dans notre dernière livraison, invité le chef du gouvernement à résigner ses charges officielles, dès le moment où il a posé sa candidature aux législatives. Nous avons émis ce souhait, parce qu’on ne peut être juge et partie. Nous avons, précédement, préconisé la mise sur pied d'un Cabinet neutre, dont aucun membre ne serait candidat aux élections générales, afin de rassurer les électeurs. Sinon, il aurait été préférable que le Premier ministre passât la main à un autre, ne serait-ce que jusqu’après le scrutin dans la circonscription (Beyrouth) où il a posé sa candidature. De même, le portefeuille de l’Intérieur aurait dû être confié, à titre provisoire, à un titulaire autre que le chef d’une liste du Metn, dont les tristes résultats sont connus de tous... On aurait prévenu, ainsi, le doute que plus d’un fera planer sur la régularité et l’intégrité de la consultation populaire de dimanche dernier. La décence et l’équité exigent que le processus électoral soit supervisé par des éléments dont l’objectivité est au-dessus de tout soupçon. Car quoi qu’on dise nous ne vivons pas aux Etats-Unis, en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne où, très souvent, le parti au pouvoir perd la bataille électorale, d’autant qu’il n’y a jamais dans ces pays de “listes officielles” bénéficiant de l’appui de l’Autorité... Pour avoir fait fi des mises en garde des uns et des protestations de beaucoup d’autres, - à propos d’une loi inique et du maintien à l’Intérieur d’un homme ayant des comptes à régler avec les membres de la liste adverse - l’Etat s’expose aux critiques et le scrutin est affublé de qualificatifs désobligeants: “parodie d’élections” et “grande supercherie”... On peut, d’ores et déjà, imaginer aisément ce que sera la suite de cette tragicomédie.
Edouard BASSIL.