EXTRAITS D’UNE INTERVIEW D’ADOLF HITLER PAR LENI RIEFENSTHAL, LA CINEASTE DU 3ème REICH

Leni Riefensthal Avec Hitler.

Cela se situe avant l’époque des accords de Munich entre le quatuor Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier, et pendant la campagne italienne en Ethiopie. “Le 24 février 1936, raconte Léni, je fus convoquée à la Chancellerie pour rencontrer Hitler à 9h am. Ma visite dura plus de deux heure et j’en profitais pour lui avouer combien j’étais heureuse aussi de rendre bientôt visite à Mussolini que je tenais en grande estime. Un petit-déjeûner précéda l’entrevue où il fut question des Olympiades bien entendu et de nombre d’autres généralités. Mais lorsque l’entretien s’est porté sur les Autrichiens j’ai eu l’intuition qu’un plan mûrissait dans la tête du Führer puisqu’il dit: “A cette question, un jour je lui trouverai une réponse, même si cela va faire mal”. Après avoir abordé le réarmement de l’Allemagne, il revint à l’Autriche. Arpentant la pièce à grands pas et l’air préoccupé, il martela à plusieurs reprises: “Je règlerai la question autrichienne coûte que coûte", préfigurant ce que l’Histoire allait baptiser d’Anschluss. Ensuite aiguillant la conversation sur l’Angleterre, il parla d’Anthony Eden, en termes sévères: “Ce ministre des Affaires étrangères conduit son pays à un désastre politique” faisant allusion au rapprochement soviéto-britannique - alors qu’il ne ménagea pas ses témoignages de sympathie pour Mussolini, témoignages qui n’étaient peut-être pas désintéressés. “D’abord sa campagne de reconquête de l’Abyssinie a détourné l’attention internationale de l’Allemagne - ce qui nous permet de nous réarmer tranquillement. Je ne vous cache pas que l’année prochaine, nos forces armées aériennes seront fin prêtes. Et Mussolini pourra compter sur notre reconnaissance.” Abordant l’affaire des sanctions dont faisait l’objet l’Italie de la part de la Société des Nations, Hitler scanda: “Ces sanctions ridicules ne peuvent avoir raison d’un peuple résolu. Elles obtiendront l’effet contraire. Mussolini est un grand homme et un habile politicien. Actuellement c’est l’une des personnalités les plus marquantes et en dépit de nos opinions divergentes sur nombre de points - il a toute ma sympathie. Il y a en lui deux aspects: l’homme d’Etat et... celui qui s’adresse au peuple! Pareil à Jules César qui se comportait comme tel devant le Sénat romain et... l’homme privé, plein de chaleur humaine. Quoiqu’à mon avis, ce type et ce système de gouverner ne conviendraient pas à notre peuple allemand”. Je relevais alors qu’il était plutôt singulier qu’entre l’Italie et l’Allemagne, qu’entre deux leaders aux tempéraments si forts et aux idéaux si ressemblants il n’y eût pas alliance ou, au moins coopération?” Le Fûhrer répondit par un seul mot: l’Autriche. Ajoutant: “C’est l’Autriche...” et puis “Ce problème pourtant doit être résolu et il le sera." Je lui dis alors: “Mussolini vaincra en Ethiopie et malgré la S.D.N.! L’Angleterre, elle, ne lui fera pas la guerre; elle en est incapable”. Et pourquoi, demanda Hitler? “A cause, dis-je, d’une question raciale.

Leni Riefensthal hier.

Si les Ethiopiens l’emportent, cela va faire tâche d’huile et l’immense empire colonial britannique se soulèvera comme un seul homme contre la métropole. “Ce n’est pas mon avis, rétorqua Hitler. L’Angleterre est capable d’entreprendre une action soudaine dans des circonstances particulièrement illogiques...” Et il revint sur le comportement avec l’URSS, recommandé par Eden. Il poursuivit: “Ce n’est évidemment pas dans notre intérêt que l’Italie perde sa guerre; au contraire nous devons souhaiter sa victoire. Ce ne serait pas équitable si un dirigeant de cette envergure et ayant un tel rayonnement, comme Mussolini, et sa conception sur le mode de gouverner soit battu par des gens de race inférieure". (On voit déjà ici pointer le mythe de la race aryenne). Le Führer s’est alors étendu sur les bâtiments conçus pour recevoir les athlètes des Jeux olympiques 1936, en ne dissimulant pas son mécontentement du fait que dans leurs structures ils n’exprimaient ni grandeur, ni puissance: proportions artificielles et frivoles - alors que Nuremberg aura été superbe et constituera désormais l’expression du style que sera celui de la nouvelle Allemagne. Par la même occasion il me confiera qu’il venait d’ordonner de nouveaux appartements affectés au personnel de la Chancellerie du Reich. Quand je lui eus exprimé mon étonnement devant la multiplicité des pièces prévues sur les plans, il ne put réprimer son rire: “Ils doivent avoir des enfants - faute de quoi, pas d’appartement! Exemple, Kraus, mon valet personnel...”. J’objectai courageusement: “Mais vous-même, mon Führer vous ne leur donnez pas l’exemple, vous n’en avez pas?” Ce qui nous entraîna dans une longue discussion sur la nature de laquelle nous n’avions jamais eu de pareille. Ce qui nous entraîna dans une longue discussion sur la nature de laquelle nous n'avions jamais eu de pareille. Il a commencé par poser une question: “Pourquoi aurais-je un enfant? Jusqu’aujourd’hui les grands hommes, presque tous, n’ont laissé que de piètres rejetons. Voyez: Wagner, Goethe, Luther même… Et si nous poussons plus loin, il y a Claudius Néro fils d’Agrippine, Brutus fils de Jules César etc…" Et la conversation dévia sur les femmes. S’il se mariait, prétendit-il, c’est pour avoir des enfants. Avoir une femme pour le plaisir ou pour l’amour ne nécessiterait pas de l’épouser! En tout état de cause il vaut bien mieux pour moi de demeurer libre, sans lien… “Le mariage me plongerait dans une mer de responsabilités me détournant de celles qui m’engagent vis-à-vis de mon peuple. Le moins qu’on en puisse dire c’est que les décisions que je serais appelé à prendre seraient d’une telle importance que je ne pourrais me permettre une erreur. Car… si les choses devaient tourner mal, je ne l'accepterais ni pour moi, ni pour mon peuple. Une belle dans la tête serait l’unique solution! Auquel cas, comment prendre femme? Avoir charge d’âmes? Et des enfants?…" Pendant qu’il parlait, je retenais mon souffle - comme si inconsciemment le vent tragique du futur traversait la pièce où nous nous trouvions, l’ombre d’un pressentiment… Ce moment-là, il me donna l'impression déchirante que revêtent la solitude et la grandeur. Assise en face de lui, je le regardais, pensive. Il me sourit alors: “Je suis seul et je le resterai toujours. Mais étant donné que dans mon orbite roule un monde fou, je ne sens pas réellement ma solitude; du moins en ai-je l’illusion.” Je luis dis alors à voix basse: “Mon Fûhrer vous renoncez ainsi à nombre de choses merveilleuses dans la vie…" Ce n’est pas renoncer que refuser ce qu’on ne désire pas, répondit-il; et je n'entends pas obtenir ce à quoi vous faites allusion…" Ses pensées, j’en suis certaine, revinrent au seul amour de sa vie et qu’il avait perdu en le sacrifiant. Puis se reprenant: “Mieux encore: je reste ainsi libre de courtiser toutes les jolies femmes, sans que l'amour constitue un obstacle quelconque dans l'exercice de mes fonctions publiques. Et il ajouta en se déridant: “Si je tombe amoureux et bien…" Je l'interrompis par un grand rire en lui assurant que tel que je le connaissais cela semblait impossible… Ce qu’il refusa d’admettre en riant de plus belle et en me regardant. Puis la conversation changea d’objet quand s’attardant à certains lieux communs il en vint à parler de la gratitude “Jamais un homme quoiqu’il ait fait ou réalisé pour son pays, ne doit s’attendre après sa mort, à ce que son peuple reporte sur sa famille la gratitude pour l’œuvre accomplie. Cette même famille peut finir dans le dénûment… Il n’y a pas de gratitude après la mort. Même avant! Machiavel n’a-t-il pas dit: “La main qui vous a fait roi, on ne la baise pas - on la coupe!” Je fus stupéfaite d'entendre ces propos. Je lui ai soutenu alors que lui-même, assujetti, en homme d’Etat, à un certain pragmatisme, ne professait pas cette forme cruelle sur la plan des relations humaines.

Aujourd’hui.

“Est-ce dû au fait que moi-même j’en ai beaucoup souffert?…" Il ne s’exprimait pas avec amertume mais avec une certaine indifférence. Revenant à la charge, je lui posais la question indirectement: "Comment, mon Führer, conciliez-vous ces principes avec votre culte de la Beauté, de la Grandeur et de l’Idéal?” “- Les hommes me répondit-il, ne sont pas mauvais mais imparfaits et on ne peut leur demander l’impossible. Moi-même je me suis souvent trompé et d’aucuns, parmi les miens m’ont beaucoup déçu”. J’ai immédiatement deviné qu’il parlait du général Röhm et qu’il évoquait l’épisode de la nuit des longs couteaux. Aussi m’en ouvris-je ouvertement: “Puisque vous avez été tellement déçu par le comportement du général Röhm, je ne comprends pas que vous puissiez avoir dès lors une quelconque confiance en qui que ce soit - ou alors comment pouvoir surmonter cette tragique erreur de jugement?…" Le Führer se dirigea vers la fenêtre qui donnait sur le parc et regarda au dehors… Je compris, qu’il avait classé définitivement cette lamentable affaire et qu’elle n’avait nullement affecté sa force ni sa volonté de puissance. D’ailleurs ma question demeura sans écho. Les deux heures avaient été largement dépassées et je me souvins soudain qu’une interview avec le Duce m'attendait le jour même. Et comme s’il lisait mes pensées, il me dit en souriant: “Vous en avez de la chance! Dans quelques heures vous serez à Rome…" Effectivement une demi-heure après je grimpais dans l’avion qui devait me faire atterrir à Rome sur l’aéroport du Ciampino pour mon rendez-vous avec Mussolini, au Palais du Quirinal. Et en revisant en avion mon questionnaire, je pensais à l’avance à cette entrevue, la première pour moi avec l’homme d’Etat italien et à l’occasion - avec un peu de témérité - qui m’était offerte de lui parler des femmes, dont on disait qu’il les aimait beaucoup, et surtout de l’une d’entre elles, Clara Petacci; en dépit du fait que pour certaines raisons qui me sont personnelles, pour ce qui est de cette dernière, je laisserai le soin à d’autres d’en parler.

(Textes et documents rassemblés par C.E.H.)

(1) Dans notre numéro du 27 juillet nous avons publié un article sur Léni Riefensthal qui fut un temps l'égérie d’Hitler. Voici de larges extraits de l’interview qu’elle fit avec le dictateur.