DANS UN ANTIQUE LANGAGE PERDU, LE MOT AMALFI SIGNIFIAIT S’AIMER

Positano. Ce lieu de rêve ne vous semble pas réel jusqu’à ce que vous y alliez.

La côte la plus belle du monde existe. Je l’ai rencontrée cet été, en Italie. On dit qu’elle commence à Vietri-sur-mer, et s’étire sur 37 km à l’intérieur du golfe de Salerne, jusqu’au versant opposé de Sorrento. Mais en réalité, cette côte commence avec ses cascades d’orangers, de citronniers, de palmiers et d’oliviers qui dégringolent jusqu’à la mer. Elle s’achève dans une eau aux teintes infinies, à l’endroit où le regard ou l’imagination peuvent mener.

A Ravello, le Belvédère permet d'admirer le panorama caractéristique de la côte et les deux dômes mauresques de l’église St. Annunziata fondée en 1281.

DEPART A VIETRI-SUR-MER

Le départ de Vietri-sur-mer donne un avant-goût des couleurs de la côte amalfitaine. Vietri, antique Marcina qui connut le règne étrusque, a un nom brillant, qui semble verni comme ses célèbres céramiques. On croit déjà que sa succession de boutiques débordant d’assiettes aux motifs floraux et végétaux verts ou bleu clair, se répètera dans toutes les villes de la côte. Mais Vietri est unique, comme chacune des villes qui suivront. Poursuivant la route tortueuse, on atteint la vallée de Cetara. Ville orgueilleuse de ses marins, Cetara vit paisiblement de sa vieille tradition de pêche en haute mer. Son nom signifie d’ailleurs “madrague”, commerçant de gros poissons comme le thon et autres semblables. Se succèdent, ensuite, Erchie aux origines religieuses avec son attrayante “plage des rêves”, Maiori offrant la plage la plus longue de la côte due aux dépôts de l’impétueux torrent Reginna; puis, Minori, ancienne demeure favorite des patriciens romains, pour la douceur de son climat.

A Furore, près de la plage de Praia. La mer écume, s’élève dans une furie incessante, ce qui a peut-être fini par donner son nom au village.

RAVELLO LA CONTRASTEE

En atteignant Ravello, on arrive sans doute au plus beau belvédère de la côte amalfitaine. Ravello commence à 350 mètres au-dessus du niveau de la mer et dégringole presque à pic sur le golfe de Salerne. C’est à partir de sa célèbre villa Rufolo que l’on saisit le mieux le contraste entre sa position rupestre et la mer qui l’accueille. A Ravello, le style arabo-sicilien des maisons domine, rappelant que la ville fut jadis éprise de Sicile et d’Orient, avec lesquels elle entretenait des relations commerciales étroites.

“Le nom d’Amalfi me rappelle les premières visions de beauté de ma vie, des visions qui sont restées imprimées dans mon âme et qui m’ont rendu tolérable toute la laideur de ce monde”. (E. Scarfoglio).

AMALFI AU PARFUM DE FEMME

Atrani suit avec sa structure médiévale typique. Quelques centaines de mètres plus loin surgit la ville-princesse de la côte. Amalfi est aussi la plus ancienne république marine d’Italie. Que de poètes et d’écrivains illustres ne l’ont-ils pas adulée. Cette ville ensoleillée a d’ailleurs un parfum de femme aimée. La mythologie veut en outre qu’à cet endroit, Hercule enterrât la splendide Amalfi qu’il aimait. Et pour l’immortaliser, le héros construisit la ville à laquelle il donna le nom de sa maîtresse. Fucini n’écrivait-il pas que le jour du jugement serait un jour comme les autres pour les Amalfitains qui iraient au Paradis? Amalfi l’enchanteresse a des origines qui remontent à l’an 533. Le monument qu’on y a consacré à Falvio Gioia, le célèbre inventeur amalfitain de la boussole, rappelle la tradition célèbre des Amalfitains comme de grands navigateurs. Ces premiers utilisateurs de la boussole et de l’aimant en Europe furent aussi les premiers à y introduire l’art de la fabrication du papier. L’industrie du papier datant du Moyen-Age y existe, encore de nos jours, comme en témoignent les papeteries toujours en activité dans la vallée des moulins d’Amalfi. Une simple promenade dans les ruelles bordant la côte et le charme opère. Géraniums, jasmins étoilés, sombres bougainvillées, presque noires à force d’être violettes, constituent le plus bel ornement d’Amalfi. Les odeurs chaudes de la flore montent jusqu’à la cathédrale Saint-André, unique sur la côte avec son dôme arabo-normand, sa porte d’entrée en bronze fondue à Constantinople, son cloître du Paradis.

“Celui qui n’a pas vu Amalfi n’a pas vu l’Italie” (O. Sitwell).

LA GROTTE DE L’EMERAUDE

Grisé, envoûté, on peut tenter de fuir l’emprise d’Amalfi en humant l’air marin. Poursuivant sur la côte en direction de la péninsule sorrentine, on peut s’arrêter à Conca dei marini, ou cuvette des marins et y visiter sa célèbre grotte à l’Eméraude. Sur la barque glissant entre stalactites et stalagmites de calcaire, on se laisse éblouir quand le guide réveille sur l’eau, d’un coup de rame, des reflets de cobalt. Viendront encore Furore et ses petits escaliers secrets reliant les terrasses des habitations à la mer; puis, Praiano, ancienne résidence d’été des Doges. Positano se reconnaît au rassemblement désordonné de ses maisons s’appuyant l’une sur l'autre, sur une colline abrupte, ouverte à la mer du golfe. Le centre le plus élégant de la côte, qui cache des artistes renommés, a gardé intact son côté village de pêcheurs. “Lorsqu’il vous arrive de découvrir un endroit aussi beau que Positano, écrivait John Steinbeck, votre première impulsion est presque toujours de garder pour vous votre découverte”. C’est peut-être grâce au pacte établi entre le secret et la renommée que Positano est resté tel quel. Je suis arrivée le soir, très tard, à Sorrento. Penchée au balcon de Caruso, j’ai vu les lumières de Naples trembloter telles un mirage lointain. J'ai alors pensé que la côte la plus belle du monde existait. Et que je venais de la découvrir.

NADA SKAFF

Arcs entrecroisés, carreaux de faïence, la cathédrale Saint-André au centre d’Amalfi présente un dôme de style arabo-normand.