ELECTIONS
LE PANACHAGE PROVOQUE DES EFFETS DE SURPRISE DEPASSANT TOUTES LES PREVISIONS
La première surprise de taille sera l’élection de Boutros Harb qui réalise un score spectaculaire se plaçant en quatrième position parmi les 28 élus. Tout comme Nassib Lahoud a réussi à “percer le mur” au Metn Nord, Boutros Harb a réussi avec une liste incomplète à affronter deux listes “fortes” et complètes jouissant de l’appui “fraternel”. Ce fut une belle victoire. Un de ses colistiers, Misbah el-Ahdab, pour le siège sunnite de Tripoli, sera élu. Jeune et bel homme, il a recueilli, dit-on, le maximum de vote féminin. Le deuxième élément de surprise est la réussite de Ahmed Karamé qui obtient beaucoup plus de voix que son cousin ennemi Omar Karamé. Deux autres membres d’une même famille cousins mais adversaires, Nicolas et Fayez Ghosn, siègeront au parlement. Troisième effet de surprise, la défaite des partis politiques du PSNS dans la Koura, du secrétaire général de Baas pro-syrien à Tripoli et la “Jamaa islamya” qui perdent leurs deux sièges. D’où la résurgence du rôle de la famille, des affinités et des intérêts personnels qui, avec l’absence de programmes politiques, de vision d’ensemble, de cohérence entre les membres d’une même liste, expliquent cette frénésie du panachage au Nord. Surprise, aussi, avec le score obtenu par le député alaouite de Tripoli, Ahmed Hbous jusque-là inconnu et qui sort tête de liste. C’est, dit-on, le candidat personnel du président Hafez el-Assad. Quant aux erreurs multiples dans les listes d’électeurs, aux abus de pouvoir, à l’influence des nouveaux naturalisés sur le scrutin, ils semblent devoir constituer une constante immuable des législatives de 1996. Les listes “piégées” ou “truquées” l’incapacité pour l’électeur de pouvoir faire un véritable choix libre et démocratique des 28 candidats représentant le mohafazat du Nord, conforte largement la thèse de ceux qui réclament des élections sur la base du caza. Reste le rôle des Syriens dans ces élections. Le vice-président Abdel-Halim Khaddam, recevant le président de l’Ordre des journalistes libanais, Melhem Karam, résume ce rôle en affirmant: “ceux qui ont réussi sont nos amis et ceux qui n’ont pas eu de chance le sont aussi”. On peut en déduire qu’à quelques exceptions près, les élus sont dans leur majorité sous la même ombrelle.
Par Nelly HELOU.
CAZA DE BATROUN:
BOUTROS HARB LA GRANDE SURPRISE

L’ex-député et candidat Boutros Harb suivant au cellulaire, à la seconde, le déroulement du vote. Sa victoire sera spectaculaire.
La ville de Batroun sera la première étape de notre tournée électorale en ce dimanche 25 août, journée consacrée aux élections au Liban-Nord. Tôt le matin, l’animation est encore assez réduite mais se fera plus vive au fil des heures. L’enjeu de la bataille se fera entre des candidats d’une même famille et entre les leaderships traditionnels. Pour deux sièges maronites à pourvoir, neuf candidats sont en lice: Sayed Akl, député, sortant fils de Batroun et Georges Saadé, leader des Kataëb, ancien parlementaire originaire de la région médiane du caza, sont sur la “Liste de la Solidarité nationale” présidée par MM. Omar Karamé, Sleiman Frangié et Issam Farès. Georges Daou, lui aussi, fils de Batroun, appartenant à une famille qui a toujours fait de la politique et Baha’ Harb du “jurd” sont sur la deuxième liste, celle du “Développement et du Changement” que président Ahmad Karamé et Mikhaël Daher. Quant à l’ex-député et ex-ministre Boutros Harb, fils de Tannourine, il fait cavalier seul pour le caza de Batroun, sur la troisième liste incomplète celle de la “Décision nationale” groupant 14 candidats. Sur la liste incomplète du “Choix différent” présidée par Nawaf Kabbara et Samir Frangié figurent deux candidats pour Batroun: Chawki Dagher et Georges Chahine, alors que Samir Abi-Saleh et Youssef Nader sont sur une cinquième liste celle “du Salut”, elle aussi incomplète.
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Mme Elham Doueihy Hajj, caïmacam de Batroun, nous confie en début de matinée: “tout se passe normalement et les erreurs sont vite corrigées.” |
Dans le caza de Batroun, les femmes se sont rendues, nombreuses, aux urnes. |
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Les vieux ont tenu à voter. |
A Tannourine el Fawqua les gens se pressent devant sa maison. |
ENTENTE CONVIVIALE ENTRE DELEGUEES
Après avoir visité un bureau de vote pour les hommes où, à 9 heures du matin, il y a déjà eu 45 votants sur 553 inscrits et quelques erreurs dans les listes électorales, nous nous rendons au siège du caïmacamat où arrivent les électeurs pour rectifier les erreurs. Aimable et détendue, le caïmacam, Mme Elham Doueihy Hajj affirme: “Tout se passe normalement; les bureaux de vote ont été ouverts, comme prévu, à 7 heures et on n’a relevé aucune absence concernant les chefs des bureaux ou les greffiers. Jusqu’à l’heure, nous n’avons reçu aucune plainte, tout semble se dérouler sans problèmes et s'il y a de petites erreurs dans les listes électorales ou les extraits de naissance, la commission chargée de les rectifier est sur place, pour le faire”. Elle précise, aussi que, dès l’après-midi du samedi 24, veille du scrutin, tous les chefs et greffiers des bureaux de vote avaient reçu les urnes et enveloppes et répartis dans les différents centres de vote du caza, pris en charge dans chaque localité pour leur logement et nourriture afin qu’ils soient sur pied d’œuvre, dimanche matin. A l’intérieur des bureaux de vote, comme partout dans les différents centres électoraux du Liban-Nord, on note une entente conviviale entre les délégués des listes et des candidats. De même, on relève partout un déploiement des services de sécurité et de renseignements de l’Etat, en tenue de mission ou en civil: F.S.I., Sûreté générale, Sécurité de l’Etat, deuxième bureau militaire. Les effectifs de l’armée libanaise et les forces militaires syriennes sont massivement présents sur l’ensemble de la circonscription. A Batroun, comme ailleurs, le panachage est maître des lieux. Toutes sortes de listes circulent et sont placées dans les urnes, faisant planer un véritable suspense sur les résultats du vote concernant, notamment, les deux sièges maronites de ce caza. D’autant plus que la présence de deux candidats sur une même liste ne reflète pas un choix politique, mais une simple alliance d’intérêt électoral, sans plus.
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Ce jeune scrutateur a senti un malaise. |
Devant la place du sérail de Batroun notre consœur de T.L. Nada Saliba, transmettant une nouvelle en direct. |
L’EVEIL DU CITOYEN
N’empêche que les candidats pour ce caza vont démentir les informations disant qu’ils se prêtent au jeu du panachage vis-à-vis de leur propre colistier, affirmant qu’ils sont entre eux solidaires et qu’il ne s’agit que de rumeurs visant à semer la confusion. Mais sur un autre plan, il faut reconnaître qu’il y a un éveil de plus en plus grand chez le citoyen qui désire, désormais, faire son propre choix, refusant le principe des listes surfaites. D’autres rumeurs ou fausses informations circulent. Devant le caïmacamat de Batroun, on entend, par exemple, notre consœur de “Future télévision” transmettre en direct que le courant aouniste a renoncé à son boycott et encourage ses partisans à voter en faveur de Boutros Harb. Ce même courant se hâtera de publier un communiqué démentant cette information et réaf-firmant son attachement à la décision du boycott des élections. L'appel au boycott sera suivi, certes, pas comme en 1992 et on note que les plus enthousiastes à refuser de se rendre aux urnes, seront les jeunes, manifestant leur attitude en portant des tee-shirts sur lesquels était dessinée la carte du Liban. A Chibtine, village de Georges Saadé, le leader des Kataëb a voté tôt: “Les Libanais, affirme-t-il, attendaient avec impatience ce jour pour s’exprimer, mais je ne m'attends pas vraiment à ce que ces élections soient réellement libres et démocratiques”. A Tannourine, cette journée électorale sera particulièrement animée et l’afflux aux urnes élevé, du fait même, de la présence de trois candidats, de ce gros bourg de montagne, en lice, sur trois listes différentes. Mises à part les erreurs dont sont truffées les listes électorales, le scrutin au caza de Batroun, s’est déroulé dans le calme et 51430 électeurs ont été répartis sur 115 bureaux de vote. Lundi matin, alors qu’on commençait à prendre connaissance des premiers résultats du vote, un élément de surprise semblait se confirmer: la victoire de Boutros Harb qui a réussi sur une liste incomplète à percer les deux autres listes dites “fortes”. “Aujourd'hui est un jour de vérité et de liberté”, avait-il déclaré dans la matinée.
CAZA DE TRIPOLI:
PANACHAGE A OUTRANCE

L’ex-premier ministre Omar Karamé, avec à ses côtés le député-candidat Mohamed Kabara, se dit confiant en l’issue du scrutin.
A Tripoli, la bataille s’annonçait d’avance serrée, du fait même que deux cousins s’affrontaient, prési-dant chacun une liste complète: d’un côté l'ancien premier ministre, Omar Karamé et, de l’autre, son cousin, Ahmad Karamé. La multitude de candidats, pour huit sièges à pourvoir (cinq sunnites, un maronite, un grec-orthodoxe et un alaouite) rendra le panachage omniprésent. 143.441 électeurs ont été appelés aux urnes, répartis sur 360 bureaux de vote installés dans les différents quartiers de la ville. Nous entamons notre tournée à Tripoli par un arrêt au sérail. La porte de l’administrateur, M. Khalil Hindi est fermée, car il a décidé de ne recevoir aucun représentant des médias, occupé à suivre le déroulement du scrutin. Par contre, devant le bureau du registre civil, la bousculade est indescriptible. Des dizaines d’électeurs se pressent pour, soit obtenir leur extrait de naissance, soit rectifier les erreurs qui y figurent. Ce qui révèle à quel point les listes d’électeurs étaient mal faites, à la va-vite, n’en déplaise au ministre de l’Intérieur, qui cherche à faire assumer à d’autres une responsabilité qui incombe à son département. Nous nous rendons, alors, dans les bureaux de vote; l'affluence est grande et partout on constate, une présence massive militaire et des services de sécurité. Dans le quartier el-Tall, sept bureaux de vote pour hommes ont été placés dans l’école officielle des filles. A l’entrée, chaque fois qu’un électeur arrive, les délégués des candidats tendent les listes. Les uns les prennent pour les chiffonner et les jeter un peu plus loin; d’autres remercient disant, nous avons notre propre liste; d’autres, enfin, les conservent. Les délégués de Misbah el-Ahdab et Maurice Fadel affirment avec assurance: “Le panachage bat son plein et nous espérons avec notre liste incomplète percer les deux autres”.
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Le bâtonnier Samir el-Jisr déposant son bulletin. |
Devant les bureaux de vote, les jeunes s’activent à distribuer à qui mieux mieux les listes des candidats. |
LE PANACHAGE DANS L'INTERET DU CITOYEN?
Dans l'un des bureaux de vote de ce centre, à 10h30 du matin, 78 électeurs ont voté sur 433 inscrits et le chef du bureau affirme: “Tout se passe dans l’ordre et nous exigeons de l’électeur de se rendre dans l’isoloir”. Dans un autre bureau, 88 électeurs sur 424 inscrits ont déjà voté. Les éléments des F.S.I., qui étaient en poste le dimanche précédent pour les électeurs au Mont-Liban, nous confient qu’il y a à Tripoli une plus grande participation. Le délégué d’un candidat sunnite, indépendant Fouad Fawal nous confie: “Le panachage auquel on assiste est un signe d’éveil chez le citoyen, et on s’attend à des surprises”. Candidat orthodoxe sur la liste “l’autre choix” de Samir Frangié et Nawaf Kabbara, Nadim Haïdar émet cette réflexion: “Bien sûr, on s’attend à un très fort panachage qui est dans l'intérêt du citoyen".

Une islamiste déposant son bulletin sous le regard des déléguées installées comme des élèves en classe.
DES LISTES PIEGEES
Arrivant devant le bureau de vote des femmes à Remmaneh, on assiste à une vive altercartion entre les différents délégués qui se pressent devant l’école officielle où sont installées les urnes. La cause de cet incident revient au fait que la déléguée de la liste de Omar Karamé a démasqué des “listes piégées” se réclamant de ce même groupement. A titre d'exemple, sur la liste de Omar Karamé le nom de Amine el-Hafez a été tout simplement remplacé par celui du candidat des Ahbache Taha Naji. Evidemment, ce truquage des listes est dangereux, surtout par rapport aux gens qui prennent la liste telle qu’on la leur remet, sans prendre la peine de vérifier chaque nom se contentant de celui de la tête de liste. Tout au long de la journée, à Tripoli comme dans les autres cazas, on entendra parler de listes piégées, de différentes manières et formules. Ceci confirme un point essentiel: à quel point le vote au niveau du Mohafazat est artificiel et combien il serait préférable de revenir à la formule du caza. L’affluence des femmes est grande. Celles qui se réclament de la “Jama’a islamiya” se distinguent par leur foulard. A midi, dans l’un des bureaux, il y a déjà 90 voix sur 447 inscrites. Ici, comme ailleurs le chef du bureau, le greffier, tout comme les déléguées des candidats des listes d'électeurs pleines d’erreurs et remontant à 1992.

Il est venu voter sur sa chaise roulante. Chacun veut lui remettre une liste, mais il a sa propre liste prête déjà dans sa poche.
OMAR KARAME: “NOUS SOMMES COUSINS UNIQUEMENT SUR LA CARTE D’IDENTITE”
Le domicile de l’ancien premier ministre, Omar Karamé, est archi-comble: candidats de sa liste, électeurs, partisans, c’est un va-et-vient continuel. “Le climat d’ensemble, nous confie-t-il, est calme et les incidents qui se produisent sont de routine propres à toute élection. Par contre, ajoute-t-il, beaucoup de noms manquent sur les listes d’électeurs et des milliers de personnes n’ont pas reçu leurs extraits de naissance. De même, de nombreuses listes falsifiées et truquées circulent partout et nous avons déjà mis en garde contre cette pratique inadmissible”. Interrogé sur le recours en masse au panachage, Omar Karamé répond: “Cela fait quelques jours déjà que l’on entend parler de panachage dans les médias, en vue d’orienter, volontairement, les électeurs dans ce sens. Pour ma part, j’affirme que nous formons une liste solidaire et les rumeurs qui circulent ne visent qu’à semer le doute. D’ailleurs, le but de la deuxième liste n'est pas de gagner, mais de percer la nôtre”. Quant à la candidature de son cousin germain, Ahmad Karamé, face à la sienne l’ancien premier ministre confie: “Dès les années cinquante, le père d’Ahmed Karamé s’était présenté contre feu mon frère Rachid et depuis il y a eu rupture entre nos deux familles. Nous ne sommes donc cousins que sur la carte d’identité. Rappelez-vous, d’ailleurs, le proverbe qui dit: on choisit ses amis, mais on subit ses parents”. Il conclut en se disant optimiste quant à l’issue du scrutin.
QUERELLES FAMILIALES ET INTERETS PERSONNELS
A part ce conflit entre les “cousins ennemis”, la bataille du panachage à Tripoli était serrée entre le candidat et député sortant, Selim Habib et Maurice Fadel qui brigue ce siège des grecs-orthodoxes. Même situation pour le siège maronite entre le député candidat Jean Obeid et notre confrère directeur d’Al-Diar, Charles Ayoub. Pour le siège alaouite, Ali Eid n’est pas plus sûr non plus de revenir, place de l’Etoile, devancé selon les pronostics par Ahmed Hbous. Du côté de la Jamaa islamiya, les cartes sont brouillées et l’épouse du guide de ce mouvement, Mme Mona Haddad Yakan a tenu à se présenter en son nom propre, faisant cavalier seul. Un électeur qui, de toute évidence, n’a aucune sympathie pour elle, nous dit: “Elle est imbue d’elle-même et a tenu envers et contre tous à se porter candidate. Personne ne l’appuie, même pas sa propre famille”. Sirotant un café après avoir rempli tôt le matin leur devoir électoral, un groupe d’hommes d’âge mûr, résument en ces termes la bataille à Tripoli: “S’il s’agit d’une épreuve de force où entrent en jeu les querelles familiales, tribales et d’intérêt personnel. Aucun programme politique n’est vraiment proposé à l'électeur; pour cela le panachage est roi”.
CAZA DE ZGHORTA:
LES MEMES SERONT REELUS SOUS L’INFLUENCE DES GRANDES FAMILLES

Très populaire, Nayla Mouawad était tête de liste en 1992 et arrive aujourd’hui en deuxième position.
Le bâton de dynamite qui a explosé dans un terrain vague juste derrière un centre de vote où l’ex-ministre Sleiman Frangié venait de déposer son bulletin en début de matinée, n’a nullement échauffé les esprits. Le climat électoral est demeuré calme tel que nous le confirme le caïmacam du caza, Anwar Hakmé, affirmant que les erreurs dans les listes et extraits de naissance sont habituelles et classiques. A l’ombre d’une présence militaire et sécuritaire massive, le caza de Zghorta-Zawiyé a été appelé à choisir trois députés maronites pami onze candidats, les électeurs étant au nombre de 59.610 répartis sur 138 bureaux de vote. Le député-candidat Sleiman Frangié, détendu et sûr de sa victoire, résume sans doute le mieux le climat électoral dans sa région et dans l’ensemble du Nord en affirmant: “L’Etat est à égale distance de toutes les listes et candidats et nous sommes tous sous le même toit”. A partir de cet état de fait, la bataille va revêtir davantage un caractère de lutte entre familles et clans. D’ailleurs, on relève la présence de plus d’un candidat au sein d’une même famille dans des listes adverses: Sleiman et Samir Frangié, Nayla, César et Toufic Moawad, Farès et Robert Boulos, Salim Karam, un Doueihy face à un autre. On est loin du temps où les familles faisaient un front commun et solidaire. On dirait qu’aujourd’hui, après que les forces de facto aient affaibli les partis politiques, elles cherchent à effriter les clans familiaux. Diviser pour régner est une devise en or appliquée de tout temps et en tout lieu.
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Il dépose son bulletin. |
L’épouse de Sleiman Frangié en tournée aux bureaux de vote. |
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Le ministre, député et candidat, Estephane Doueihy venu s’acquitter de son devoir électoral. |
Le député et ex-ministre Sleiman Frangié se rendant aux urnes, entouré de ses partisans. |
LES RAISONS DU PANACHAGE
A Zghorta, la résidence de Nayla Moawad ne désemplit pas et incontestablement Mme le député jouit dans sa région et dans l’ensemble du Nord d’une forte popularité. Aux législatives de 1992, elle avait été tête de liste, obtenant le nombre le plus élevé de voix. Place de l’Etoile, elle a su s’affirmer comme député et rendre de multiples services aux fils de sa région. Vers 13 heures, elle quitte sa résidence pour une tournée à Tripoli, mais ses sœurs Tania et Danielle tiennent absolument à nous retenir à déjeuner et on partage leur repas avec d’autres journalistes présents, tout en écoutant les com-mentaires sur place et en suivant les rapports des cor-respondants dans l’ensemble du Nord sur le petit écran. Un fervent supporter de Nayla Moawad explique les raisons du panachage qui est la caractéristique essentielle du scrutin au Liban-Nord: “Tant que les listes ne sont pas formées sur la base d’un parti politique, d’un programme défini, ou du moins d’une vision politique, tant que ces listes ne sont que de simples alliances électorales, le panachage prédomine, indépendamment de la volonté du candidat. “Par ailleurs, le panachage est utilisé de la part des candidats indépendants qui ont intérêt à semer la confusion au sein d’une liste unifiée et forte dans l’espoir de la percer”. Mon interlocuteur qui préfère garder l’anonymat poursuit: “En l’absence d’un véritable stimulant politique, l’acte électoral devient beaucoup plus un jeu de personnes, chacun votant selon ses propres affinités. Je peux vous affirmer, ajoute-t-il, que compte tenu de son authenticité, de sa sincérité vis-à-vis d’elle-même et des autres, Nayla Moawad insiste de façon absolue pour un vote de liste, mettant en garde contre la confusion qui pourrait découler d’un marché populaire électoral”. Ailleurs, à Zghorta, M. Samir Hamid Frangié qui a formé une liste incomplète, celle de “L’autre choix” groupant des intellectuels, dans l’espoir de susciter un changement qualitatif chez l’électeur, s’insurge vivement contre les multiples failles, et abus du scrutin. Il dénonce l’influence du pouvoir en faveur des deux listes complètes, les erreurs monumentales dans les listes d’électeurs, le rôle de l’argent et l’influence des naturalisés qui constituent, d’après lui, 15% de l’ensemble de l'électorat au Nord. En quittant le caza, il nous semblait quasi-évident qu’il n’y aurait pas de changements concernant les trois députés qui le représentent.
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A la résidence de Nayla Mouawad. |
Armée, F.S.I., Défense civile devant le sérail de Zghorta. |
CAZA DE BECHARRE:
PARTICIPATION SANS ENTHOUSIASME, BKAAKAFRA BOYCOTTE

Les listes électorales sont ô combien incomplètes et truffées d’erreurs.
Dans le caza de Bécharré, cinq candidats se disputent deux sièges (maronites). Les deux députés sortants: Kabalan Issa el-Khoury et Habib Keyrouz sont sur la liste de la “Solidarité nationale” présidée par Omar Karamé et Sleiman Frangié. L’ex-député Gébrane Tok et l’avocat Boutros Succar se présentent sur la deuxième liste complète d’Ahmad Karamé; le cinquième candidat, Me Boulos Tok, est indépendant. Les électeurs sont au nombre de 40129 répartis sur 28 bureaux de vote. Les cinq candidats sont tous originaires de la ville de Bécharré qui sera de ce fait, plus animée que les autres localités: l’animation y sera particu-lièrement plus vive devant les maisons et bureaux des candidats. Ce caza, qui avait massivement boycotté les législatives en 92 avec un faible taux de participation de 8%, se rendra aux urnes cette fois, mais sans trop d’enthousiasme. A Bka’akafra, toutefois, village natal de Saint Charbel, l’appel au boycott sera suivi presqu'à 100%. Sur les murs de cette localité la plus élevée du Liban, on pouvait lire, inscrit en caractère rouge la lettre “la” en arabe qui signifie “non”. L’appartenance familiale jouera un rôle prépondérant dans le vote et ici comme ailleurs, le panachage est actif, les noms des candidats passant d’une liste à l’autre, pas toujours tels qu’ils se présentaient initialement. Ceci favorisera l’élection de l’ex-député Gebrane Tok (qui avait boycotté le scrutin en 92), avec Kabalan Issa el-Khoury. Les critiques et reproches à l’encontre du scrutin seront les mêmes que dans les autres cazas, notamment des listes d’électeurs incomplètes et truffées d’erreurs.

Le respect de l’isoloir pour assurer la liberté du vote.
CAZA DU KOURA:
DEFAITE DU PSNS, PARTI TRADITIONNELLEMENT FORT

Le député du PSNS Sélim Abdallah Saadé ne retrouvera pas son siège place de l’Etoile.
Dans l'après-midi du dimanche, les villages de Koura qui s’étalent et se suivent au milieu des champs d’oliviers, offraient un aspect paisible et on ne se doutait du déroulement du scrutin qu’en arrivant devant les bureaux de vote. Au Sérail d’Amioun, les électeurs se pressent afin de corriger les erreurs figurant dans leurs extraits de naissance, dont de nouveaux naturalisés. Amioun est la ville natale du député-candidat du P.S.P., Salim Abdallah Saadé et ses électeurs affirment qu’ils votent pour la liste de la “Solidarité nationale” sur laquelle il figure, sans aucun panachage, conformément aux directives du parti, fort dans ce caza. A Kousba, la bataille ne sera pas aisée entre les deux cousins germains, Nicolas et Fayez Ghosn se présentant sur deux listes rivales. A Enfé, petite ville pittoresque de la côte, recelant des vestiges historiques, le ministre Farid Makkari, qui en est originaire, affirme avoir donné des directives à ses électeurs pour l’ensemble de la liste sans panachage… Mais les fils de Koura, connus pour leur haut niveau culturel et de prise de conscience politique, voteront en fin de compte selon leurs affinités partisanes, personnelles et les liens de famille et ne se conforméront pas à la liste. Les 51658 électeurs répartis sur 124 bureaux de vote, étaient appelés à choisir trois députés orthodoxes parmi 13 candidats. Les trois députés sortant: Farid Makkari, Fayez Ghosn et Salim Saadé, à nouveau candidat étaient sur la liste de Omar Karamé. Trois autres candidats: Nicolas Ghosn, Najib Philippe Boulos et Hanna Inati étaient sur la deuxième liste présidée par Ahmad Karamé. Koura a donc voté dans le calme, à l’ombre des blindés de l’armée libanaise, des éléments des F.S.I. et autres services de sécurité, sous l’œil vigilant des forces syriennes, comme partout ailleurs dans le Nord.
CAZA DE MINYE - DENNIYE
LA “JAMAA ISLAMIYA” N’ARRIVE PAS A S’IMPOSER”
Dans ce caza, 60586 électeurs répartis sur 172 bureaux de vote ont eu à élire trois députés sunnites, sur 19 candidats, parmi lesquels des représentants de différents courants fondamentalistes sunnites, en désaccord entre eux, de toute façon. Député-candidat de la “Jamaa islamiya” figurant sur la liste de Ahmed Karamé, Assaad Harmouche semblait être sûr de la victoire. Le panachage en a décidé autrement et il a perdu son siège. Les fondamentalistes se réclamant, soit de la Jama’a, des Ahbache ou d’un nouveau courant les “Silfani:, seront très actifs dans ce caza où on assistera à une véritable fièvre électorale. Il y aura par moments et devant certains bureaux de vote, de véritables bousculades et les agents des F.S.I. veilleront à calmer les esprits échauffés, lorsque certaines altercations se produiront entre délégués de différents bords. Le rôle de la famille et du clan sera donc plus fort que celui des courants fondamentalistes sachant, par ailleurs, que l’Etat est déterminé à lutter contre toute forme d’intégrisme au profit des courants modérés. La défaite des députés du “Hezbollah”, Ali Ammar, au caza de Baabda (Mont-Liban) en était déjà une première preuve. De nombreux électeurs ne manqueront pas de relever l’état déplorable de leur région sur le plan des infrastructures et des services: écoles, hôpitaux, dispensaires. Ils espèrent vivement que les nouveaux élus s’occuperont, enfin, de la région. Quant aux failles dans les listes électorales, elles seront multiples et dénoncées par les candidats et les électeurs.
CAZA DE AKKAR:
UNE BATAILLE SERREE…

Il vient de déposer son bulletin et salue le chef du bureau de vote.
Avec Tripoli, le Akkar est l’un des plus grands des sept cazas du Liban-Nord. Il est représenté au parlement par sept députés, trois sunnites, deux orthodoxes, un maronite et un alaouite. 161.649 électeurs étaient appelés aux urnes, répartis sur 310 bureaux de vote et le nombre des candidats était de 34. Le matin du vote, le rythme semblait encore lent et va s’in-tensifier au cours de la journée jusqu’à la fermeture des urnes à cinq heures. Le panachage et les multiples doléances concernant les listes électorales feront partie du décor, ici comme partout ailleurs dans les cazas du Nord. Parmi les candidats, deux nouvelles figures vont émerger. Tout d’abord, celle de M. Issam Farès (pour l’un des deux sièges orthodoxes), richissime homme d’affaires, proche des Américains, surtout de l’ex-président Bush qui rend bien des services à ses concitoyens en offrant des bourses aux jeunes. Il fait, en quelque sorte, le pendant de Rafic Hariri du côté chrétien. Après sa réussite dans le monde des affaires, il cherche la consécration politique et patronnait la première liste avec Omar Karamé et Sleiman Frangié. L’autre nouvelle figure est celle de Fawzi Hobeiche, fils de Kobeyate, maronite, qui a consacré sa vie à l’administration. Il a démissionné de son poste de directeur général de l’Inspection centrale pour se lancer dans la politique, confrontant Mikhaêl Daher, brillant avocat et parlementaire, lui aussi de Kobeyate, et failli être président de la République. La bataille entre les deux hommes ne sera pas aisée, tous deux appartenant à de grandes familles maronites du Akkar. D’ailleurs, le député Daher va s’insurger contre les pressions exercées par les “forces de facto” sur les électeurs pour influencer leur vote, dont bon nombre de ses partisans. Il dénonce le comportement du ministre de l’Intérieur qu’il n’arrive pas à joindre au téléphone le jour du scrutin pour lui faire part des abus commis un peu partout. Il considère qu’il a été pénalisé pour ne pas avoir voté en faveur de la prorogation du mandat du président Hraoui.
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Au tour de sa femme de voter. |
Issam Farès se rendant aux urnes entouré des membres de sa famille. |
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Le député-candidat Talal Meraabi répondant aux questions de nos consœurs du "Baïrak". |
Grande animation à Halba. |
LES NATURALISES DE WADI KHALED
L’image la plus surprenante, choquante même qu’offrira le scrutin au Akkar, est celle des habitants de Wadi Khaled, fraîchement naturalisés, se rendant aux urnes pour la première fois. Ils paraissent fiers de voter, même si leurs voix sont guidées par qui l’on sait. A voir leurs tenues vestimentaires, leur accent typiquement syrien, on se demande dans quelle mesure on peut les considérer comme des Libanais! On déplore, une fois de plus, le décret de naturalisation qui a été fait vaille que vaille, sachant qu’un peu partout les naturalisés sont en train d’influencer le scrutin. A cause de listes piégées ou falsifiées, une violente bagarre a opposé les électeurs de Wadi Khaled qui s’affrontent à coup de pierres, faisant des blessés avant que les F.S.I. n’arrêtent quelques-uns et imposent l’ordre. Le vote suspendu pour un moment reprendra. Et le tour d’horizon des législatives au Liban-Nord est fait en attendant les résultats qui seront connus officieusement dès lundi soir, avec plein de surprises.

Karim el Racy candidat malheureux.