SATURNALES
“MUNDUS VULT DECIPI DECIPIATUR ERGO”
“Le monde veut être trompé, alors trichez.” Et tout le monde au Liban triche sans vergogne. Deux dimanches électoraux ont passé. Où en sommes-nous? Où prétend-on nous mener? Si peu d’illusions que l’on conserve sur les mœurs de nos politiciens, on n’aurait jamais pu penser que la chronique électorale pourrait nous offrir un tableau aussi effarant que celui auquel nous assistons depuis quinze jours. Qu’appelle-t-on l’union sacrée? Une étiquette sous le couvert de laquelle, des exclusives sont lancées, des mariages contre nature ont lieu pour permettre à certaines personnes soit de rester au parlement, soit d’empêcher certaines autres d’y accéder. Comment d’honnêtes citoyens ont pu un moment se laisser prendre à une aussi grossière mystification? On a vu des gens que rien, mais absolument rien ne rapproche, faire liste commune rien que pour accéder au pouvoir. Comment les rendez-vous de Damas sont-ils organisés? Comment accepte-t-on ces étranges ingérences - qu’on ne prend même plus la peine de dissimuler - dans la politique intérieure du Liban? C’est en vain que l’on veut couvrir ces tractations de nobles étiquettes: fraternité, consultations avec la “sœur bien-aimée”, synchronisation d’efforts pour la paix, etc... Qui trompe-t-on? Si au bout de 53 ans, l’INDEPENDANCE NATIONALE c’est cela, c’est que le Liban est bien malade, plus malade même que nous l’imaginons!
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VOTER C’EST CHOISIR
“Il y a peu de choix parmi les pommes pourries” écrit Shakespeare, dans “La Mégère apprivoisée”. On demande aux Libanais de voter. Or, voter c’est choisir, c’est comparer, c’est constater une différence. On vote pour quelque chose et on vote contre quelque chose. On vote pour quelqu’un, on vote contre quelqu’un. Mais dans cette salade de centaines de noms qui est offerte, il est difficile au citoyen moyen de voir le pour et le contre. L’effrayant dans cette compétition est qu’il est difficile de discerner l’enjeu. La seule chose sûre c’est que le candidat veut accéder au pouvoir. Mais son programme? On l’ignore. La plupart d’entre eux parlent de grand nettoyage administratif. Une rengaine bien connue, qui n’engage rien, ni personne. Le scrutin de liste groupe les noms les plus divers. Le meilleur et le pire y fraternisent dangereusement. On comprend l’embarras de l’électeur. Le mot “démocratie”, le mot “liberté”, sommes-nous encore sûrs de ce qu’ils signifient? Dans ces pseudo-programmes, où a-t-on placé la “personne humaine”? Où a-t-on placé l’Education? Où a-t-on placé le Social? Qui a énoncé un programme cohérent de mesures? De lois? Toujours la même rengaine de la “libération du territoire”, de la “425", de la “Résistance à outrance”, jusqu’au dernier Libanais! Et dans ce dernier cas, cela ira mieux, car on n’aura plus besoin de programme!
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DES ACCIDENTS A LA PELLE
Cela fait plus de trois semaines, que les chaînes de télévision libanaises se disputent la douteuse course aux accidents d’avion… Non contentes de la triste réalité, ces chaînes se déchaînent pour présenter des films d'accidents aériens. Nous avons eu droit à trois films de ce genre sur trois chaînes différentes. A croire que ces irresponsables de la TV oublient que c’est la période de la plus haute fréquence aérienne en raison des congés, de la rentrée des classes et des universités etc… A croire que pour créer une diversion à la politique, ils choisissent de flanquer la trouille aux voyageurs. Du sang, des meurtres, de la violence, intercalés de publicité pour une lessive ou des serviettes hygiéniques, voilà ce que nous réservent nos chaînes de TV. Que font pendant ce temps les membres de la Commission de l'audio-visuel? A parier qu’ils sont branchés sur un “dish”, un câble, ou une antenne parabolique, ou un C.D. film! Le reste, ils s’en moquent. “FRANBANAIS” ET CHAINE CULTURELLE Jusqu’à présent pas de chaîne culturelle au Liban. De temps en temps un jeu dit culturel, mais pas de véritable programme pédagogique qui supplée aux leçons particulières, comme dans tous les autres pays. On n'enseigne pas les matières sérieuses: histoire, géographie, sciences naturelles, physique, chimie, langues à la Télé. Or, combien cela faciliterait la vie de centaines de milliers de Libanais! Que les programmes soient en français, en arabe ou en anglais, peu importe. Il faut absolument que l'on introduise l’enseignement à la Télévision. Or, non seulement on n’enseigne pas à la Télé, mais on rate l’occasion de le faire. A titre d’exemple durant l’”Euro 1996”, avant chaque match de football, on entendait l’”hymne européen”, qui est l’hymne à la Joie de la IX Symphonie de Beethoven. Pas une seule fois, le commentateur ne s’est donné la peine de le signaler. Tout récemment encore, une des questions posées par l’animateur Serge de l’émission “Surtout n’oubliez pas” (Ouàa Tensa) posait cette question aux candidats, tous universitaires. Aucun d’entre eux n’a su répondre. Et tous étaient des fanas de football, donc avaient dû assister aux matchs. Mais l’Hymne à la Joie? ni vu, ni connu!… C'était plutôt un hymne à l’ignorance que l’on jouait au Liban. Par ailleurs, le “franbanais” ou l’”anglobanais” sévit sur nos chaînes. Nous sommes pour le bilinguisme, le trilinguisme. Nous sommes pour la traduction instantanée. On devrait absolument éviter l’alternance des mots français, anglais et arabe dans une même phrase. Or, cela a lieu dans presque tous les programmes, même ceux qui ne sont pas transmis en direct. Qu’on supprime ces mots français ou anglais à pluriel arabe, plus de cette succession d’un mot français, un autre arabe, un troisième anglais. Qu’on utilise une seule langue, mais bien!
ET SI SI L’ON OUBLIAIT LA REALITE LIBANAISE?
Tout le monde parle de la politique… Saturation, saturation et encore saturation. Cherchons ailleurs. Pourquoi entrechoque-t-on les verres pour trinquer? Autrefois, on pensait que le Diable était de toutes les fêtes, mais que le son des cloches réussissait à l’éloigner. En faisant tinter leurs verres, les convives évoquaient ainsi le carillon des églises pour chasser le Malin!
MARY YAZBEK AZOURY.