L’ARCHITECTURE D'AVANT-GARDE AVEC LE CORBUSIER

Le Corbusier dans son atelier parisien.

Dans l’histoire de l’architec-ture, Le Cor-busier marque un jalon à la fois hardi et novateur. Son vrai nom est Charles Edouard Jeanneret, mais il avait pris ce surnom pour se distinguer de son cousin Pierre Jeanneret avec lequel il travailla à ses débuts. D’ori-gine suisse, il est né à La Chaux-de-Fonds en 1887. De son père émailleur de boîtiers de montre et de sa mère pianiste, il hérita le goût des arts en étant à la fois architecte, peintre, sculpteur et écrivain de talent. A vingt-deux ans, au cours d’une conférence donnée aux étudiants de l'école des Beaux-Arts, il se fait huer en parlant du béton armé. Son auditoire est persuadé que ce nouveau matériau n'est bon que pour construire des barrages et des ponts. Outré par ce chahut, Le Corbusier est décidé malgré tout à lutter contre leur ignorance. A ses yeux, le béton armé est idéal pour être coulé et façonné à volonté, d’autant plus qu’il est plus dur que la pierre et aussi résistant aux tractions que l’acier.

LE SYSTEME DOMINO

La fin de la Première Guerre mondiale va permettre au jeune architecte de pré-senter son premier projet. Voulant évi-ter que l'on recons-truise, laborieusement, en pierre et en brique, les maisons détruites par les bombardements, il proposa d’édifier des structures préfabriquées, composées de planchers portants et d’une ossature de béton armé. Leurs propriétaires pourraient les habiller à leur gré de fenêtres, portes et cloisons. Ce nouveau système d’habitation sera bréveté sous le nom de Dom-Ino, parce qu’il est possible de combiner ses éléments à loisir et de les assembler en diverses séries. Considéré comme la fantaisie d’un jeune rêveur de vingt-sept ans, ce projet sera rejeté. La France allait attendre encore quinze ans avant d’accepter l’idée d’une maison préfabriquée. “Nul n'est prophète en son pays”, dit le proverbe et le célèbre architecte, naturalisé français, est maintes fois dénigré par ses compatriotes. Il n’est qu’à citer l'exemple de la chapelle de Ronchamp qui est fortement critiquée lors de sa création. Construite sur une colline, non loin de la frontière suisse, elle est dédiée au mystère de la Passion. Son plan asymétrique est doté d’une tour au toit incurvé. A l’intérieur, les murs peints en rouge plongent l'autel dans une lumière carminée.

“LA CITE RADIEUSE”

Pour Le Corbusier, l’architecture doit s’exprimer en fonction de la vie sociale. C'est ainsi qu’il se préoccupe déjà en 1930 de la pollution de l'air et des conséquences désastreuses de l'expansion industrielle. Il s’en inquiète tellement qu’il compare le citadin à “une plante vivant dans une cave obscure”, forcée de respirer les émanations novices dégagées par les usines. Toujours est-il que Le Corbusier est le premier à concevoir un immeuble à usage de bureaux en forme de losange autour d’un noyau central d'ascenseurs. Il anticipait ainsi de plus de vingt-cinq ans sur le gratte-ciel new-yorkais de la Pan Américan ayant cette forme. Son chef-d’œuvre, créé en 1946, est la “cité radieuse”, comme il aime l’appeler. Construite à Marseille, elle est destinée à abriter une collectivité de mille six-cents personnes. Ses trois-cent trente appartements se composent d’une salle de séjour qui donne sur des pièces plus petites auxquelles on accède par un escalier intérieur. En y ajoutant une salle de gymnastique sur le toit, une garderie d'enfants et des cheminées sculptées pour évacuer les fumées de chauffage et les vapeurs de cuisine, son génial créateur voulait prouver qu’un vaste immeuble collectif peut être conçu avec l’élégante économie d’un paquebot.

La chapelle de Ronchamp vue de sa façade sud-est.

UNE ŒUVRE IMMENSE

Le 27 août 1965, Le Corbusier est terrassé par une crise cardiaque. Il se trouvait dans son cabanon à Roquebrune-Cap-Martin, pas plus grand qu’une cellule de moine. On ramena son corps à Paris pour lui rendre des honneurs officiels. André Malraux, ministre des Affaires culturelles à cette époque, rendit hommage à “l’homme qui a changé l'architecture en lui donnant un vocabulaire visuel universel.” Le Corbusier laisse derrière lui quatre-vingts bâtiments, une quarantaine de tapisseries, une cinquantaine de sculptures, plus de cinq-cents toiles et de nombreux ouvrages spécialisés. En plus de cela, sept mille projets sont réunis au centre de la fondation Le Corbusier à Paris.

GLADYS CHAMI