EDITORIAL

Par Melhem KARAM

PROCHE-ORIENT: INTENSIFICATION DE L’INCONSEQUENCE ET DU NEGATIVISME

Ni Madrid. Ni Oslo. Ni Washington. Ni Le Caire et Wadi Araba… Toutes les étapes de la paix n’intéressent pas le gouvernement du Likoud. Comme si ces pactes étaient destinés à un autre monde dont le monde juif ne reconnaît pas l’existence… le monde des élections du 29 mai 1996. C’est un monde nouveau… celui d'après le 29 mai 96. Un monde juif rejetant tout, parce que dès le départ il rejette la paix. Nul n’a confiance dans les paroles selon lesquelles le facteur temps est une étape nécessaire au chef du gouvernement du Likoud, pour qu'on oublie ce qu’il a promis aux électeurs, comme si ceux-ci pouvaient être traités différemment que les autres citoyens. Le président américain a défini des positions à la convention du parti démocrate qui a consacré sa candidature pour un nouveau mandat le 4 novembre prochain: Jérusalem, capitale d’Israël, Parce qu’aujourd’hui Bill Clinton s’adresse à des électeurs, il prendra son temps le jour où il retrouvera sa qualité de gouvernant, alors qu’ils resteront de simples citoyens, pour leur faire oublier ce qu’il promet maintenant, au moment où il cherche à amadouer l’électorat juif? Combien long êtes-vous, processus de paix! Surtout le jour où vous êtes exposé au jeu de la versatilité entre le candidat et le gouvernant, comme au jeu du changement entre les électeurs et les citoyens. Dans le passé, la sécurité était l'obsession de l'Etat hébreu. Yitzhak Rabin disait au cours des pourparlers d’Oslo: Pas de concessions à propos de la sécurité. Et aujourd’hui? Pas de concession en quoi que ce soit… Concession, disons-nous? Plutôt restitution de ce qu’il leur revient aux ayants-droit, même d’une manière incomplète. Cela même est rejeté et Israël ne l'accepte pas. Même le jour où Yasser Arafat frappe les siens avec la matraque de sa police, afin d'empêcher les siens de frapper Israël. Et même quand Arafat lui-même interdit les livres d'Edouard Souaid, parce qu’il y consigne des faits sur Israël connus de tous. Ori Savir disait au temps où il était directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères: La sécurité des frontières constitue le principal souci d’Israël. Ce que les accords d’Oslo appellent “sécurité extérieure” doit relever de la responsabilité israélienne absolue à laquelle nul ne peut s’associer, parce qu’il n’est pas permis de partager la sécurité. Yitzhak Rabin disait plus: la sécurité extérieure doit rester israélienne. Il voulait disposer du droit de veto contre l’entrée des territoires où est exercé le régime d’autonomie… mû par l’obsession de la sécurité, d’une part; et par l’obsession de l’afllux des Palestiniens ayant pris le chemin de l'exode en 1948 et en 1967, d’autre part, parce que ceux-ci revendiquent le droit au retour. Mais ceci n’était pas gratuit. Il devait entraîner une rencontre peu importante, parce que non à la dimension de son interlocuteur. Il s’agit pour Arafat de sauver la face. Des lignes prenant en charge à l'arrière le contrôle après le contrôle de “Tsahal”, une garde spéciale devant être affectée aux personnalités palestiniennes arrivant dans les territoires du régime autonome. Abou-Ammar y consent, lui qui a tout accepté… Jusqu’au moment où, excédé, il appelle à la grève et à prier à la mosquée Al-Aqsa. Il a été sévère à l’égard de Benjamin Netanyahu, sans pour autant renier les mérites de ce dernier. Il a fait tout cela, en étant persuadé que l’arrêt de la colonisation et de la judaïsation est plus important qu’une grève, qu'une prière, que des discours virulents et que la dénonciation. Que se passera-t-il après ce qui s’est produit ces derniers jours? Israël se comporte comme s'il appelait les autres à répliquer au défi… s’ils ne peuvent le relever. Car L’Etat hébreu sait que les Arabes ne riposteront pas. L’Egypte n’annulera pas la conférence du Caire prévue pour novembre prochain. La menace du président égyptien d’annuler ces assises paraît n’être qu’une tentative de pression sur Israël par l'entremise américaine, étant donné l’intérêt manifesté par Washington à la tenue de la conférence. Et qu’en est-il des Palestiniens? L’excès de répression engendre des réactions forcement extrémistes, comme la répression elle-même. Naturellement, nul n’incite au terrorisme. Mais en même temps, nul ne doit agir aux fins d’entraver le processus de paix. Tout ce qui s’est produit jusqu’ici dans l’étape pacifique est rejeté par Israël. Comme si ce qu’écrit le monde pouvait être effacé par le Likoud. Nous le disons une fois de plus, car rien jusqu’ici n’a changé dans l'image défigurée et perturbée de la paix… hormis l’inconséquence et le négativisme.