ELECTIONS
Scrutin De Beyrouth
PAS D’EXCLUSIVE DANS LE LEADERSHIP DE LA CAPITALE
VOTE ENTACHE DE FRAUDES ET D’IRREGULARITES
HARIRI A LA RECHERCHE DE LA CONSECRATION POLITIQUE
Qualifié d'avance de “bataille des batailles”, le scrutin électoral de Beyrouth a revêtu un cachet spécifique, puisqu’il s’est placé sous le “haut plafond” de la conquête exclusive du leadership de la capitale. Un enjeu de taille. Ce leadership ne sera pas pour autant réellement l’apanage d’une seule personne, car malgré sa victoire - le plus grand nombre de voix et 14 de sa liste élus sur 17 - le premier ministre Hariri devra tenir compte de la réussite de Salim Hoss, Tammam Salam, Najah Wakim et Mohamed Youssef Beydoun. De fait, à travers cette bataille, l’homme qui a brillamment réussi dans le monde des affaires, assumant par la suite depuis quatre ans la troisième présidence de la République, recherchait une réelle consécration politique. Bien sûr, le citoyen libanais épris de liberté et d’authenticité aurait de loin préféré que cette reconnaissance populaire pût être octroyée à Rafic Hariri dans le cadre d’une véritable bataille démocratique non entachée de tant de fraudes et d’irrégularités, où le rôle du pouvoir et de l’argent ne serait pas omniprésent. La victoire aurait été, alors, réellement méritoire. On se demande, par ailleurs, sur quoi s’est basé le “jeune” administrateur de Beyrouth pour affirmer avec tout d’assurance que “les élections de Beyrouth étaient exemplaires”, alors que tout prouvait le contraire? Marquée par une campagne électorale courte mais “acharnée et féroce” entre Hariri et le pouvoir qu’il incarne, d’une part; l’ancien premier ministre Hoss, le député frondeur Najah Wakim et le “Hezbollah”, d’autre part, la bataille de Beyrouth a connu la hantise du panachage qui s’était affirmé en force au Nord. Pour cela, d’ailleurs, le mot d’ordre du premier ministre et de ses fervents supporters, dont Berri et Joumblatt, était: “Votez liste”. L'élément-surprise de cette bataille sera le faible taux de participation (autour de 32%) comme si, connaissant presque les résultats d’avance, les Beyrouthins, surtout ceux de l’Est, se sont quelque peu désintéressés du vote. Quant à l’échec du Hezbollah après sa défaite à Baabda, il présage d’une bataille serrée au Sud et dans la Békaa, à moins d’un compromis de dernière heure. Après ce troisième scrutin, 82 députés ont déjà été élus sur les 128 que compte l’Assemblée. Quelle sera la configuration du futur parlement? A voir les colistiers élus de Hariri, on est en droit de se demander s’il ne sera pas dominé par le monde des affaires et le pouvoir de l’argent?
Par Nelly HELOU.
Le président Salim Hoss se rendant au bureau de vote.
La première image qu’offre Beyrouth, en ce matin du dimanche 1er septembre est celle d’une présence militaire massive qui quadrille la capitale d’Est en Ouest. Du rond-point Tayyouné à la place du Musée, de Corniche Mazraa au bord de mer, c’est le même spectacle: blindés et transports de troupes, soldats en tenue de campagne déployés en force. Ajouter à cela, la phobie qu’ont les militaires pour la photo: dès qu’ils voient arriver de loin un cameraman de la TV ou un reporter-photographe, ils font de grands gestes pour signifier leur refus. Dès les premières heures de cette journée électorale, les carrefours, rues et grandes artères de la capitale vont connaître une animation, si peu habituelle le dimanche à Beyrouth où la circulation est plus que fluide comme si l’on était, notamment dans certains secteurs, en pleine semaine de travail. A plusieurs reprises entre 7 et 17 heures, je serai prise dans des embouteillages à la place Sassine, au carrefour Béchara el-Khoury, du côté de Tarik el-Jadidé...
Le Premier ministre Hariri déposant son bulletin de vote à Ras-Beyrouth. A ses côtés, son épouse Nazek.
Le Premier ministre Hariri déposant son bulletin de vote à Ras-Beyrouth. A ses côtés, son épouse Nazek.
FRENESIE ELECTORALE MAIS FAIBLE TAUX DE VOTE
Une véritable frénésie électorale s'était donc emparée de la capitale mais, fait étrange, avec la publication des résultats, on constate qu’il y a eu un taux de vote plutôt faible ne dépassant pas les 32%, bien moins qu'aux deux scrutins précédents de Mont-Liban et du Nord. Cette agitation et tout ce remue-ménage, n’étaient donc pas tant dûs à l’afflux des électeurs, qu'à ces “machines électorales” mises en place par les têtes de listes et les candidats les plus influents. Une terminologie qui figure, désormais, en force dans le jargon électoral de 1996. Autrefois, on parlait de “clés électorales”. Aujourd’hui, on parle de “machines” bien “huilées”, ce qui s’est traduit concrètement sur le terrain à Beyrouth par des bureaux électoraux installés dans tous les secteurs et quartiers de la capitale. Des délégués en masse en position devant les centres de vote, chacun ayant sa tenue vestimentaire distribuant sa propre liste. Autre phénomène qui caractérisera le scrutin de Beyrouth: la masse impressionnante de photos des candidats collées partout ou en guirlandes, de posters géants pour le Premier ministre Hariri et plein de calicots. Lors des élections des 18 et 25 août, nous n’avions rien vu de pareil. De même, dès l’ouverture des urnes, les rues étaient déjà jonchées de paperasses avec toutes sortes de slogans. Il faudra du temps et beaucoup d’efforts pour que Beyrouth retrouve un aspect net et propre. Un véritable “lifting” s’impose d’urgence. Quant au panachage des listes, n’en parlons pas.
Najah Wakim montrant au cours d’une conférence de presse, les enveloppes mises en circulation.
ERREURS, FAILLES ET FALSIFICATIONS
On savait d'avance, par expérience, que les listes électorales étaient truffées d’erreurs et comportaient bien des failles, mais on ne se doutait pas qu’elles le seraient davantage encore à Beyrouth et dans une si forte proportion, tel que nous avons pu le constater dans différents bureaux de vote. Un autre phénomène bien plus grave va entacher le scrutin du 1er septembre: la falsification d’extraits de naissance. La justice a réussi à mettre la main sur sept individus munis de faux extraits et qui, comme par hasard, auraient reçu ces papiers d’un des bureaux du candidat du “Hezbollah” - Mohamed Berjaoui. L’Etat qui joue la carte de la modération, face aux courants intégristes, avait tout intérêt à démasquer une telle fraude. Mais il y a eu beaucoup d’autres qui sont venus voter avec de faux papiers à la place des… morts, des absents et des présents aussi et qui se sont volatilisés dans la nature… Le subterfuge n’était, en fait, démasqué que lorsque le véritable porteur du nom arrivait avec ses papiers authentiques, pour déposer son bulletin et constatait, ahuri, qu’on avait voté à sa place. Il suffit de citer à ce propos le cas de M. Michel Khadige, fils d’un des candidats maronites de Beyrouth, Me Georges Khadige. Dans l’un des bureaux de vote d’Achrafieh, quelqu’un avait voté à sa place.
Au tour de Tammam Salam de voter.
L’ENIGME DES “ENVELOPPES BRUNES”
Reste, aussi, à élucider l’énigme des “enveloppes brunes” qui, en principe, sont remises à chaque électeur par le chef du bureau de vote pour qu’il y place son bulletin. Or, quelques jours avant le scrutin, l’ex-premier ministre, M. Salim Hoss, avait fait état de ces enveloppes portant le cachet du ministère de l’Intérieur et qui auraient été remises à des centaines d'électeurs par la machine électorale du président Hariri, qui y avaient placé sa liste. Cette accusation avait été vivement démentie. Le jour même du scrutin, les candidats Najah Wakim et Mohamed Berjaoui dénonçent cette fraude au cours de conférences de presse et montrent les enveloppes aux citoyens.
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A Karm el-Zeitoun (Achrafieh): plus de monde que d’électeurs. |
Michel Sassine en train de voter. |
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Des embouteillages comme en pleine semaine. |
Le président Salim Hoss a suivi de près le déroulement du scrutin. |
ACHRAFIEH ET SECTEUR EST: FAIBLE TAUX DE PARTICIPATION
En dépit des embouteillages, place Sassine, qui a pris un aspect de fête avec des photos “en veux-tu en voilà”, des calicots accrochés en travers des rues, des paperasses jonchant le sol. Achrafieh et l’ensemble des quartiers Est de la capitale qui avaient boycotté le scrutin de 1992, n’iront pas, cette fois aussi, voter en masse. Le taux de participation ne dépassera pas, globalement, 20 à 25%. Le centre de vote situé à l’école officielle Ali Ben Abi-Taleb, près de la mosquée Beydoun à l’entrée-Ouest d’Achrafieh, sera le plus animé du secteur. Une foule de supporters des candidats se pressent à l’extérieur distribuant les listes. A l’intérieur, l’affluence aux urnes est inégale. Vers midi, elle est encore faible dans les bureaux destinés aux minorités: 22 bulletins sur 450 inscrits: plus fortes dans ceux des sunnites (27%) qui, pour la plupart, arrivent des secteurs-Ouest. Un chef de bureau nous indique des natifs de 1900. Viendront-ils voter? “Il y a de même, confie-t-il, de multiples erreurs dans les noms. Ceux qui ont été les rectifier ne sont pas revenus jusqu’à l’heure”. Si certains affirment voter pour la liste Hariri disant: “Nous avons confiance en Dieu et en lui”, beaucoup d’autres manifestent leur préférence pour le panachage: “Nous préférons choisir nos candidats”. Je croise un groupe de dames avec qui j’avais participé à la quatrième conférence mondiale de la femme à Pékin qui me disent: “Il faut absolument mettre le nom de Mme Linda Matar, (présidente du Conseil féminin libanais) candidate arménien-orthodoxe, afin d’encourager la présence féminine au parlement. Ailleurs, à Salma Sayegh, Zahret al-Ihsan, Ibrine, Karm el-Zeitoun ou place du Musée, l’affluence demeurera réduite et l’ambiance assez calme, même si l’ex-ministre et député Michel Sassine, qui se présente en tant que candidat indépendant, considère que “la pléthore des candidats, incitera les citoyens à se rendre aux urnes.
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Un nombre impressionnant de délégués dans ce bureau de vote. |
A Ras-Beyrouth, un peu avant 17 heures: toujours de l’affluence. |
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Michel Pharaon suivant sa campagne au moyen du téléphone portatif. |
Le candidat du “Hezbollah”, Mohamed Berjaoui. |
LE VOTE DES ARMENIENS
Au Metn-Nord, le vote des Arméniens avec celui des naturalisés de fraîche date avait déterminé l’issue du scrutin. On savait qu’il en sera de même à Beyrouth qui compte quatre députés arméniens sur les 19 qui la représentent au parlement. Le mot d’ordre était de voter pour la “Liste de la décision” du président Hariri. Cette consigne fut largement suivie, même si certains ont voulu manifester leur libre choix en votant pour des candidats arméniens indépendants ou se trouvant sur d’autres listes que celle du pouvoir. Cette attitude de l’électorat arménien a fini par provoquer une réaction chez les Libanais qu’un jeune commerçant de l’Ouest de la capitale résume en ces termes: “Puisque les Arméniens suivent un même mot d’ordre et que leur vote influence l’issue du scrutin, ne ferait-on pas mieux de les regrouper tous ensemble à l’échelle du pays pour qu’ils choisissent leurs propres candidats et laissent aux Beyrouthins et fils des autres régions la liberté de choisir leurs députés?” Au siège de l'E.D.L. (Electricité du Liban) où avaient été installés plusieurs bureaux de vote pour la communauté arménienne, certains délégués cherchent à briser cette consigne en faisant passer d'autres candidats que ceux de la “liste du pouvoir”, dont le nom de Karim Pakradouni. Mais la tâche n'est pas facile. Une mère et sa fille qui viennent de voter affirment: “Nous avons mis la liste complète remise par le parti”. Dans les bureaux de vote, on fait état de listes incomplètes et truffées d’erreurs. Dans l’un de ces bureaux, 75 noms ne figurent pas sur les listes d’électeurs. Dans un autre, on fait état de noms inscrits natifs de 1830 - 1873 ou 1893… L’afflux des électeurs demeure malgré tout assez faible.
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S.B. Mgr Antoine II Hayek, patriarche syriaque-catholique, déposant son bulletin. |
Adnane Traboulsi joue la carte de la modération. |
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Cheikh Mohamed Kabbani, mufti p.i. de la République, déposant son bulletin. |
Fidélité à Zouheir el-Obeidi. |
SECTEURS OUEST: GRANDE AFFLUENCE ET BEAUCOUP D’AGITATION
Sur la corniche du bord de mer, un détachement de la 3ème brigade d’intervention de l’armée est déployé près de la mosquée de Ain el-Mreissé, non loin des bureaux de vote où on constate une affluence chiite massive, dont beaucoup de femmes en “tchador”. Pour le “Hezbollah”, la bataille est serrée. En contraste avec cette fièvre électorale qui caractérisera certains centres de vote de l’Ouest, les promeneurs sur la corniche se font rares et seuls quelques téméraires de la pêche à la ligne sont indifférents à tout ce branle-bas électoral. On est particulièrement frappé par cette “foire aux portraits” qu’est devenue cette belle promenade du bord de mer. Du côté du boulevard de Mazraa, des convois de supporters des candidats sillonnent les rues dont l'arterie principale offre un spectacle inoui. Je m'arrête un instant à la rue Abou-Chaker où on se croirait dans une fête forraine: photos, calicots, bureaux de campagne électorale, tout y est concentré avec une agitation fébrile et de la musique à tue-tête. Au carrefour Béchara el-Khoury à deux heures de l’après-midi, l'embouteillage est semblable à ceux des heures de pointe d’une journée ouvrable. La distribution des listes bat son plein et on relève une grande affluence dans un centre de vote, installé dans une école officielle non loin du carrefour. Mais malgré toute cette agitation, le taux de vote ne dépassera pas 32%.
Du côté de Sodeco: Embouteillages et photos.
SALAM: “JE COMPTE SUR LE VOTE DES GENS HONNETES”
Une heure avant la fermeture des bureaux de vote, le candidat indépendant de Beyrouth, Tammam Salam calmement installé dans le salon du rez-de-chaussée de sa résidence à Mousseitbé et entouré de quelques amis et proches, suit le déroulement du scrutin sur le petit écran, tout en recevant les rapports de son bureau électoral. En 1992, il avait choisi de boycotter les élections. Cette fois, il a décidé de s’engager dans la bataille à titre individuel laissant aux Beyrouthins, tel qu’il l’a affirmé à maintes reprises, “la liberté de former leur propre liste”. Son objectif: reprendre le flambeau politique de son père l’ancien premier ministre et leader beyrouthin, Saëb Salam. Considérant qu’il est prématuré de faire des pronostics, il affirme que le déroulement du scrutin était acceptable en relevant, toutefois, les failles au niveau de l’organisation et des listes électorales. “Si l’on avait adopté la carte électorale, on aurait évité toutes ces erreurs”. Il affirme que “sa machine électorale fonctionne bien, mais nos possibilités financières sont limitées”. Il compte sur le vote des “gens honnêtes” qui, à son avis, “représentent 95% des citoyens”. A la question: quelle liste, croyez-vous pouvoir percer?, il répond: “Aucune, puisque sur celle de Hariri, il y a un sunnite qui manque et deux sur celle de Hoss.”
Distribution des listes électorales.
HOSS: MA LISTE EST FORTE
Dans les centres de vote près du Patriarcat, à Ras-Beyrouth, à Bourj Abi-Haïdar et Tarik el-Jadidé, l’affluence des électeurs se maintiendra jusqu’à la fin. L’enjeu de la bataille est serré. Il y va du leadership de la capitale, que M. Hariri voudrait unifier sous sa bannière. Mais l’ancien premier ministre, Salim Hoss, ne l’entend pas de la sorte, d’où d’ailleurs, la confrontation. M. Hoss réagit, vivement lorsqu’on lui demande s’il va “percer” la liste Hariri affirmant: “Nous avons notre liste; elle est forte et espérons qu’elle passera”. Pour le “Hezbollah”, qui a déjà perdu un siège au caza de Baabda et pour les islamistes sunnites qui ont perdu au Nord, la bataille de Beyrouth n’était pas moins vitale. D’autant plus que Hariri s’est exprimé avec beaucoup de clarté “en faveur de la modération contre tout courant extrémiste”. La défaite de ces mêmes courants à Beyrouth laisse présager d’une bataille serrée pour le “Hezbollah” au Liban-Sud et dans la Békaa. Quant au “député frondeur”, Najah Wakim, il n’aura de cesse tout au long de la journée de dénoncer les erreurs, failles, falsification, abus de pouvoir et d’argent. Il annonce, d’ailleurs, qu’il intentera un procès à l’encontre de la “Liste de la décision”, qu’il parviendra à percer, marquant ainsi sa popularité dans la capitale. Certes, quatorze des 17 noms de la "liste Hariri” ont passé. N’empêche qu'en dépit du vote des Arméniens, des Kurdes et des nouveaux naturalisés, qui ont suivi un même mot d’ordre, en dépit des falsifications, trucages et failles, quatre noms ont réussi à la percer: Salim Hoss, Tamman Salam, Najah Wakim et Mohamed Youssef Beydoun. Ce n’est pas peu.
QUID DES MARONITES?
Reste un point crucial à soulever: la représentation maronite. Indépendamment de la personne du député sortant et réélu, M. Ghassan Matar, membre du PSNS (ex-P.P.S.), on se demande dans quelle mesure ce parti représente les maronites de Beyrouth? Sur sa liste, Hariri n’avait même pas pris la peine de prendre un candidat maronite, comme si la représentation de cette communauté était négligeable, alors qu’autrefois les grandes familles maronites de Beyrouth étaient en tête de liste. Il est grand temps de réagir et de ne pas se laisser imposer un représentant par qui l’on sait. Les résultats du scrutin ont révélé, par ailleurs, que le panachage a fonctionné tout au long de la journée du 1er septembre. Peut-être pas dans la même proportion qu’au Liban-Nord. Toutes sortes de listes panachées ont circulé et d’un bureau de vote à l’autre, en recueillant les listes que me tendaient les supporters des candidats, j’ai pu repértorier non moins d’une quinzaine de listes panachées de façons différentes.
A KORAYTEM, ON ATTEND LES RESULTATS
A cinq heures du soir, j’achève ma couverture électorale à Koraytem. Les représentants des médias sont nombreux dans les jardins de la résidence Hariri à l’affût de la moindre information. Il y a, aussi, un va-et-vient continu de députés de ministres et de proches. Au cours de la journée, après avoir rempli leur devoir électoral au bureau de vote de Ras-Beyrouth, le Premier ministre et son épouse avaient fait une longue tournée dans les différents centres électoraux de tous les secteurs de la capitale. En cette fin d’après-midi, juste après la fin du scrutin, le président Hariri rencontre les médias sur le perron de sa résidence pour un bref dialogue affirmant qu’il est encore prématuré de déclarer quoi que ce soit, qui ne serait pas basé sur des preuves concrètes. Pour lui, l’essentiel était de passer avec sa liste formée davantage d’hommes d’affaires que de politiciens, afin de constituer au parlement un bloc compact, capable d’imposer son programme d’action.
TOUT EST RENTRE DANS L’ORDRE
Au crépuscule, Beyrouth avait retrouvé son calme, la fièvre électorale, l’agitation ayant cédé la place à l’expectative et à l’attente angoissée des résultats. Chacun avait réintégré son domicile et on notait un peu présence encore devant des bureaux de vote et de campagne électorale. Mais la fumée blanche (officielle) ne sortira que lundi soir, de la Faculté de droit de l’U.L. à Sanayeh. Tout au long de la journée du dimanche, on note aussi que la rue Hamra restera impassible puisqu’aucun bureau de vote n’y était installé. Seuls les portraits et calicots indiquaient l’existence du scrutin. Il lui faudra un sérieux nettoyage. La dernière image de cette longue journée électorale, sera celle d’un convoi des partisans du général Michel Aoun sillonnant les rues d’Achrafieh. Puis tout est rentré dans l’ordre...
LES RESULTATS DU SCRUTIN DU DIMANCHE 1er SEPTEMBRE
Au niveau des quatre Listes
1ère Liste
sun. Rafic Hariri 78714 ELU sun. Bahaeddine Itani 48652 ELU sun. Sélim Diab 47892 ELU sun. Adnane Arakji 46203 ELU sun. Méhieddine Doughane 41054 chi. Hussein Yatim 40150 ELU chi. Hassan Sabra 39551 dru. Khaled Saab 51599 ELU g-ca.t Michel Pharaon 54571 ELU g-ort. Béchara Merhej 59038 ELU g-ort. Atef Majdalani 47404 a-ort. Khatchig Babikian 55381 ELU a-ort. Hagop Demerdjian 54416 ELU a-ort. Yéhia Djerdjian 50036 ELU a-ort. Hagop Tchoukhadarian 53833 ELU prot. Abraham Dédéyan 52372 ELU min. Jamil Chammas 39636 ELU
2ème Liste
sun. Sélim Hoss 64259 ELU sun. Ahmed Tabbarah 20329 sun. Rouhi Baalbacki 18707 sun. Mohammed Kabbani 18482 chi. Mohammed Y. Beydoun 45762 ELU dru. Issam Naaman 31415 g-cat. Fadi Moghaizel 25807 g-ort. Fouad Habib 10108 a-ort. Megerd Bouldoukian 14930 a-ort. Mehran Séférian 14411 prot. Fouad Issa 10898 min. Riad Abdel-Jalil 9579 mar. Georges Kadige 14683
3ème Liste
sun. Amine Kammouriyé 13010 sun. Hamzé Chatila 10848 sun. Oussama Fakhoury 8151 dru. Nadim Abdel-Samad 10040 g-ort. Najah Wakim 53088 ELU prot. Tony Saad 15901 min. Asmar Asmar 17316
4ème Liste
sun. Adnane Traboulsi 31339 chi. Khalil Chahrour 9175 g-cat. Gilbert Chammas 8745 g-ort. Ziad Kantis 8408 min. Habib Ephrem 14472
Deux autres candidats indépendants ont été élus sun. Tammam Salam 46885 ELU mar. Ghassan Matar 28229 ELU
LES DEPUTES DE BEYROUTH SELON LES VOIX OBTENUES
Rafic Hariri (sun) 78714 - Sélim Hoss (sun) 64259 Béchara Merhej (g. ort) 59038 - Khatchig Babikian (a. ort) 59038 Michel Pharaon (g. cat) 54571 - Hagop Demerdjian (a.ort) 54416 Hagop Tchoukhadarian (a. cat) 53833 - Najah Wakim (g.ort) 53088 Abraham Dédéyan (prot) 52372 - Khaled Saab (dru) 51599 Yeghia Djerdjian (a. ort) 50036 - Bahaeddine Itani (sun) 48652 Sélim Diab (sun) 47892 - Tammam Salam (sun) 46885 Adnane Arakji (sun) 46203 - Mohammed Y. Beydoun (chi) 45762 Hussein Yatim (chi) 40150 - Jamil Chammas (min) 39636 Ghassan Matar (mar) 28229
LES NOUVEAUX VENUS
Sur les 19 élus à Beyrouth, onze font leur entrée pour la première fois au parlement. Sunnites: Rafic Hariri, Tammam Salam, Bahaëddine Itani, Sélim Diab et Adnane Arakji - Grec-Catholique: Michel Pharaon - Druze: Khaled Saab - Minorité: Jamil Chammas - Chiite: Hussein Yatim- Arménien orthodoxe: Hagop Demerdjian- Protestant: Abraham Dédeyan.
ELECTEURS, CANDIDATS ET LISTES
377.632 électeurs étaient appelés aux urnes le dimanche 1er septembre pour élire 19 candidats répartis comme suit: six sunnites, deux grecs-orthodoxes, deux chiites, un maronite, un grec-catholique, un protestant, un druze, trois arméniens-orthodoxe, un arménien-catholique et un minoritaire. 92 candidats étaient en lice dont 43 sur quatre listes toutes incomplètes et 49 indépendants.
1 - La “Liste de la décision” présidée par Rafic Hariri formée de 17 candidats. Deux sièges étaient restés vacants: un sunnite et un maronite.
2 - La “Liste du Salut et du Changement”, présidée par Salim Hoss et groupant 13 membres.
3 - La “Liste du peuple” avec pour candidat vedette Najah Wakim et groupant huit membres.
4 - La “Liste de l’unité nationale” présidée par le candidat des “Ahbache”, Adnane Traboulsi avec 5 membres.
Les candidats individuels représentaient les différentes communautés. Les électeurs étaient répartis sur 846 bureaux de vote.