LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Le chef du gouvernement s’était fixé pour objectifs en posant sa candidature aux législatives à Beyrouth, “de récupérer la décision de la capitale et de l’unifier, tout en relevant le niveau de sa représentation, place de l’Etoile”. Les résultats du scrutin montrent qu’il n’a pas atteint ce triple objectif. M. Hariri doit compter avec trois pôles de l’opposition beyrouthine représentée par MM. Salim Hoss, Tammam Salam et Najah Wakim.

BEYROUTH N’A PAS LAISSE ACCAPARER SA DECISION…

“Récupérer la décision de Beyrouth et l’unifier”, tel était le slogan électoral du chef du gouvernement. Qui accaparait donc la décision de la capitale et M. Hariri pouvait-il la récupérer et, surtout, l’unifier avec la “Liste de la décision” dont les membres manquaient d’homogénéité, la plupart d’entre eux étant novices en politique? En fait, sa bataille électorale n’a pas été aussi exaltante qu’il le souhaitait. Il n’y a pas eu de ras-de-marée, le tiers des électeurs seulement s’étant rendus aux urnes. Sans doute parce que les deux précédents rounds des législatives et les conditions conformément auxquelles ils s’étaient déroulés au Mont-Liban et au Liban-Nord ont eu pour conséquence de décourager l’électorat et, aussi, de dissiper ses ultimes illusions… Procédant à une analyse des résultats de la consultation populaire, le président du Conseil a dénoncé l'extrémisme, disant que “le pays ne peut vivre que par la modération”… même lorsque celle-ci frise l'indécision?, comme il l’a soutenu les derniers jours de sa campagne, dans une allusion à peine voilée au président Salim Hoss qu’il n’a cessé de harceler, décochant ses flèches empoisonnées dans sa direction! Et pourquoi? Parce que le brave M. Hoss n'a pas accédé à son désir de former une liste de coalition, parce qu’il ne veut pas finir sa carrière politique à la traîne d’un homme dont il ne partage pas les idées? Puis, M. Hariri a tenté de dissiper la tension caractérisant ses rapports avec le “Hezbollah” qu’il n’a pas manqué de prendre à partie, disant qu’il ne fallait pas restreindre la résistance à une fraction déterminée de notre peuple… “Et si des Hezbollahis ont échoué aux élections, il n'est pas logique d’en faire endosser la responsabilité au parti de Dieu”… Autre point développé par le chef du gouvernement: “Les Beyrouthins ont voté dimanche pour un style et une méthode de travail, non pour des personnes”. S’il en est ainsi, pourquoi tous ses colistiers n’ont-ils pas été “plébiscités” (!) comme lui? Comment explique-t-il le grand écart entre les suffrages obtenus par chacun d’eux et leur chef de liste et, surtout, la percée de cette dernière par plusieurs candidats? Enfin et pour en revenir à la décision de Beyrouth, M. Hariri n’a pu expliquer comment et de quelle manière il compte l’unifier, maintenant que la capitale est partagée entre quatre pôles autant représentatifs les uns que les autres: le président Hoss, MM. Tammam Salam, Najah Wakim et Hariri lui-même? Conclusion pratique: au lieu d’unifier la capitale, celui-ci a semé dans ses murs les semences de la zizanie qui ne manqueront pas de germer à plus ou moins brève échéance… On pourra, alors, dire: Qui sème le vent, récolte la tempête!

Avait-on besoin de l’attestation d'un député (arménien) réélu pour constater que l’électorat de sa communauté avait honoré ses engagements aux élections générales? En dépit de l’exhortation du président Hoss qui leur avait demandé “de proclamer leur allégeance à la patrie et non au Pouvoir”, les électeurs arméniens ont voté en vrac pour les listes officielles au Metn-Nord et à Beyrouth. Il en sera de même à Anjar (Békaa).

LISTES “OFFICIELLES” ET ELECTORAT ARMENIEN

"Les Arméniens ont honoré leurs engagements”. Nous n’avions pas besoin de cette affirmation de M. Khatchig Babikian, député réélu de Beyrouth, pour nous en convaincre. En revanche, nous ne prenons pas pour de l’argent comptant le fait pour ce parlementaire - qui plaide pour sa paroisse - de démentir que les mêmes Arméniens aient contribué à déterminer le sort politique de la capitale le 1er septembre. Pourtant, c’est un secret de Polichinelle. Tout le monde sait qu’à la manière des moutons de Panurge, des milliers d’électeurs arméniens ont accordé leurs suffrages en vrac à la “liste Hariri”, auxquels sont venus s’ajouter 12 à 15.000 nouveaux naturalisés... Après cela, M. Babikian a l’outrecuidance de qualifier “d’excellente” l’opération électorale de dimanche dernier. “En dépit de certaines erreurs dans les listes d’électeurs, soutient-il, le scrutin s’est déroulé dans une ambiance d’entente” (sic). On ne peut être plus cynique! Le même Panurgisme s’est manifesté aux élections du Metn et les candidats békaaiotes ne figurant pas sur les “listes du Pouvoir” en pâtiront le 15 septembre prochain, car il leur faudra compter avec l’électorat arménien d’Anjar... Cela dit, on s’interroge sur les raisons qui incitent les Arméniens à se ranger en bloc au côté de l’Autorité et à tourner le dos à bien des formations politiques, dont l’unique tort est de ne pas souscrire, aveuglément, à toutes les initiatives du “sultan”. Fait curieux: d’aucuns ont rappelé que le chef de la “Liste de la décision” a été le seul chef du gouvernement à avoir effectué une visite officielle en Turquie - après feu Sami Solh, depuis l’avènement de l’indépendance en 1943 - ce pays étant mis au ban de la société arménienne pour la raison que l’on sait, depuis le génocide! Les Arméniens ont feint de n’avoir rien entendu. Le brave président Salim Hoss a cru pouvoir les ramener à la raison, en les exhortant “à ne pas accepter d’être un instrument servant à paralyser la volonté des autres” et en attirant leur attention sur ce que “l’allégance devrait aller à la patrie et non au pouvoir”... “Comment, leur a-t-il demandé, pouvez-vous accepter d’être exploités pour imposer à vos partenaires dans ce pays des choix qui peuvent ne pas être les leurs?” L’exhortation de M. Hoss, pourtant judicieuse et logique, s’est perdue comme un cri dans le désert. Et c’est bien dommage! Disons-le en toute franchise: le comportement de l’électorat arménien, suscite un vif ressentiment préjudiciable aux bonnes relations devant exister entre les fils d’une même patrie. Ceci étant, un courant se dessine en faveur d’une campagne intensive - des lecteurs nous ont fait part de leur intention à ce sujet - visant à obtenir la révision de la loi électorale, de telle manière que les Arméniens ne puissent plus élire que leurs propres représentants à la Chambre comme s’ils vivaient dans un... ghetto! Qu’en pensent les maîtres à penser de cette communauté et leurs guides spirituels et politiques?

La crise irako-US rebondit: les Américains ont repris leurs frappes au moyen des “B-52" contre l’armée de Saddam et élargi la “zone d’exclusion aérienne”. Les missiles téléguidés prennent pour cibles les positions irakiennes, non seulement dans le Kurdistan, mais à Bagdad. Dans le même temps, le Conseil de Sécurité maintient ses sanctions contre l’Irak,, ce qui risque d’affecter l’accord “pétrole contre nourriture” et, partant, de perpétuer la détresse du peuple de ce pays.

LA CRISE IRAKO-US AFFECTE L’ACCORD “PETROLE CONTRE NOURRITURE”

Une fois de plus, Irakiens et Arméricain s’affrontent dans la région du Golfe, Washington ayant ouvert les hostilités contre l'Irak, à titre de représailles à l’incursion de l’armée irakienne dans la ville d’Erbil, capitale du Kurdistan. Bien que M. Tarek Aziz, vice-président irakien, ait annoncé mardi le retrait des troupes, après avoir confié le contrôle sur le terrain au parti démocratique de Massoud Barazani. Un responsable du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), arrivé le même jour à Bagdad, l’a confirmé, en assurant avoir vu une file de chars et de véhicules militaires se diriger vers le Sud. Cependant, la Maison-Blanche a qualité ce retrait “d’insuffisant’ et le Pentagone en a tiré prétexte pour déclencher une offensive contre les stations-radar et les bases aériennes proches de Bagdad qui a été survolé par des bombardiers type “B-52". Dans le même temps, 23.000 “Marines” étaient maintenus en état d'alerte maximale et décision a été prise par le président Clinton d’élargir les “zones d’exclusion aérienne’ pour protéger les populations civiles. Mais le président Saddam Hussein ne s’est pas laisser intimider. S’adressant à l’armée irakienne, il a dit que son gouvernement ne reconnaissait plus les “zones d’exclusion”, les qualifiant de “lignes rouges fictives”… Le chef de l’Exécutif US a justifié son opération militaire par le fait que “rien ne confirmait l’évacuation du Kurdistan par les troupes de Saddam”. La nouvelle crise irako-US a suscité diverses réactions, allant de l’approbation, à l’appui réservé et à la condamnation. La Ligue arabe s’est élevée contre toute attaque visant l’un de ses Etats membres et la Syrie craignait pour l’unité de l’Irak. L’Allemagne, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Italie et l’OTAN approuvaient l'initiative américaine. En revanche, la France et la Russie à un degré moindre, exprimaient leurs regrets et qualifiaient l’attaque d’inopportune. Le Liban officiel, lui, ne cachait pas son inquiétude et exprimait, par la voix du chef de sa diplomatie, ses craintes “de voir les événements d’Irak déboucher sur une nouvelle guerre dans la région”. L’Iran estime qu’il s’agit “d’une opération politique à connotation électorale, entreprise `a l’approche des présidentielles américaines”. Nous pensons, quant à nous, au peuple irakien, en particulier à ses enfants sous-alimentés qui meurent par dizaines chaque jour faute de médicaments, de denrées alimentaires et de soins. Une émission télévisée montrait, récemment, toute la détresse de cette enfance squelettique, minée par la famine et la maladie. Fait encore plus dramatique: cette nouvelle crise va retarder, nécessairement, l’application de l’accord “pétrole contre nourriture”, accord conclu sous l’égide de l’ONU en vertu duquel l'Irak pourra réexporter son or noir, pour se procurer en contre-partie des matières comestibles et des produits pharmaceutiques. Le drame du peuple irakien paraît donc appelé à se perpétuer, d’autant que la communauté internationale semble l’avoir abandonné à son triste sort.

ECHOS ET REFLEXIONS

DEUX POIDS ET DEUX MESURES...

L’objectivité n’est pas la qualité dominante du Pouvoir chez nous. Bien des faits enregistrés au cours des trois premiers rounds des législatives - au Mont-Liban, au Nord et à Beyrouth - le prouvent. Pour nous en tenir au scrutin de dimanche dernier, signalons qu’il a été entaché par maintes irrégularités et les deux infractions suivantes: d’abord, des extraits falsifiés de l’état civil ont été saisis, au moyen desquels des personnes ont voté à la place d’autres et à leur insu. Ensuite, des enveloppes, par centaines, portant le cachet du ministère de l’Intérieur et contenant la “liste Hariri” ont été interceptées et présentées à la télévision par le député du “Hezbollah, Mohamed Berjaoui, qui a notifié l’Intérieur de cette “prise” de taille... Qu’est-ce qui s’est passé par la suite? Les téléspectateurs ont eu le “privilège” d’assister sur le petit écran, - fait très rare - à l’interrogatoire en direct par le procureur général de Beyrouth, de cinq jeunes gens trouvés en possession des extraits de l’état civil falsifiés.. Et ayant “avoué” les avoir reçus d’un responsable du bureau du député Berjaoui... Quant aux “enveloppes”, elles ont été passées sous silence... Il a fallu attendre 23 heures, pour entendre le ministre de l’Intérieur dire: “Il ne nous a pas été possible d’agir, parce que le parlementaire ayant soulevé cette affaire et un de ses collègues, ne nous ont pas fourni le ou les noms des personnes qui leur ont remis les enveloppes... ... N’empêche que nous en avons confié le dossier au Parquet pour les besoins de l’enquête”. Pourquoi cette hâte dans le premier cas et l’interrogatoire télévisé des prévenus, alors que dans l’autre, le ministre a pris son temps avant de parler d’un scandale aussi compromettant?

Edouard BASSIL.